Les agressions sexuelles à bord de véhicules de tourisme avec chauffeur sont fréquentes.
À Paris comme ailleurs, plusieurs affaires ont éclaté au cours des derniers mois.
De quoi s'interroger sur les mesures en place afin de minimiser les risques.

Il y a cinq ans, le hashtag "#UberCestOver" avait mis en lumière l’ampleur du phénomène, poussant les acteurs du secteur à réagir.  Les témoignages et les affaires se sont multipliés depuis. Encore récemment, un chauffeur VTC de l’application Uber a été mis en examen après avoir été accusé par une passagère de 18 ans d’avoir tenté de la séquestrer et de la violer dans son véhicule, début avril à Paris. La jeune femme avait dû sauter de la voiture en marche pour échapper à son agresseur, relate Le Parisien.

 

La responsabilité des plateformes de mise en relation est souvent mise en cause dans ces affaires. D’Uber à Bolt, en passant par Heetch, tous affirment pourtant faire de la sécurité "une priorité" et assurent prendre ce problème "très au sérieux". Sans pour autant minimiser ces dérives, ils rappellent que les cas d'agressions sexuelles sont minoritaires sur les millions de trajets effectués chaque année. "Notre rôle est de limiter le risque, mais le risque zéro n’existe pas", souligne un interlocuteur au service communication de la branche française d’Uber, dans un échange par mail. 

Contrôle du casier judiciaire

Les autorités procèdent bel et bien à des vérifications avant de délivrer une licence. Lorsqu’un conducteur fait une demande de carte professionnelle, les services de l’État consultent son casier judiciaire pour s’assurer qu’il ne fait pas l’objet de "condamnations incompatibles avec l’exercice du métier". Si tel est le cas, "aucune carte professionnelle ne sera délivrée", peut-on lire sur le site internet de l’administration française. La licence est valable pour cinq ans. Passé ce délai, le chauffeur doit faire une demande de renouvellement, ce qui donne lieu à de nouvelles vérifications. 

Fin 2023, à l'issue d'une réunion du comité d’action de lutte contre les violences sexuelles et sexistes dans les transports, Clément Beaune avait promis un durcissement des mesures en vigueur. Toute personne ayant été condamnée pour violence sexiste ou sexuelle sera exclue de l’accès à la profession. De même, tout chauffeur condamné alors qu’il exerce déjà sera exclu de la profession "avec un dispositif accéléré", avait détaillé l’ex-ministre délégué aux Transports. En parallèle, l’exécutif entend introduire dès cette année une "formation sur les violences à caractère sexuel ou sexiste" à l’examen des chauffeurs. 

Identification en temps réel

Au moment du recrutement, les chauffeurs candidats sont reçus physiquement pour un entretien individuel. Les plateformes procèdent en amont à une série de contrôles de sécurité, dont son casier judiciaire. Par la suite, des contrôles ont lieu tous les ans pour s’assurer que le conducteur continue de répondre aux exigences. Parallèlement, Uber et Bolt ont mis place un système d’identification en temps réel qui permet de vérifier que la bonne personne se trouve derrière le volant, une mesure qui vise à la lutter contre le phénomène dit des "sous-locations de compte".

Concrètement, le chauffeur est invité à prendre un selfie qui est comparé en temps réel à la photo de son dossier. Si la photo ne correspond pas, son compte est immédiatement désactivé. "Ces vérifications sont réalisées de façon aléatoire sans que le chauffeur ne puisse les anticiper", assure Uber, qui précise que "100% des chauffeurs sont ainsi contrôlés chaque semaine".  D’après la compagnie, ce dispositif est particulièrement efficace. "En 2022, nous avons désactivé les comptes de 180 chauffeurs", indique l’entreprise. 

Il est indispensable qu'un chauffeur désactivé pour des faits graves le soit chez toutes les plateformes
Uber France

De son côté, l'entreprise Bolt déclare que les comptes d’"un peu de plus de 200 chauffeurs" ont été désactivés sur la dernière année pour usurpation d’identité. À défaut d'intégrer un tel dispositif, la plateforme Heetch déclare utiliser pour sa part "des clients mystères pour [s’] assurer de l'identité des conducteurs sur la plateforme dans la durée". Une solution qui apparaît néanmoins insuffisante pour répondre à ces dérives. Pour rappel, le fait de sous-louer une carte professionnelle VTC donne lieu à une sanction pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement et 15.000€ d'amende.

Pour aller plus loin, les plateformes demandent la mise en place d’une base de données commune. "Il est indispensable qu'un chauffeur désactivé pour des faits graves le soit chez toutes les plateformes. Les plateformes doivent collectivement travailler sur ce sujet et Uber appelle de ses vœux à ce que les pouvoirs publics définissent un cadre qui permette un échange d'information entre plateformes", assure l’entreprise auprès de TF1info. À l’approche des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, la question de la sécurité à bord des véhicules VTC risque à nouveau d'être posée.


Matthieu DELACHARLERY

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