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Un "crédit social" à la chinoise va-t-il être instauré dans la ville italienne de Bologne ?

Thomas Deszpot
Publié le 25 mai 2022 à 18h27
Cette expérimentation devrait débuter à la fin de l'été, cette année.

Cette expérimentation devrait débuter à la fin de l'été, cette année.

Source : Illustration Manek Singh via Unsplash

Des internautes s'émeuvent de la mise en place annoncée d'une initiative assimilée à un "crédit social" du côté de Bologne, en Italie.
Récompensant les citoyens vertueux, il est comparé à un dispositif mis en place en Chine et fortement décrié.
Si la municipalité de Bologne entend en effet valoriser certains comportements via ce nouveau dispositif, les comparaisons avec la Chine se révèlent abusives.

Durant la crise du Covid, des citoyens se sont élevés contre la mise en place des pass sanitaires et vaccinaux, décrits comme des instruments de contrôle des populations et des entraves aux libertés individuelles. Sur les réseaux sociaux, de nombreux militants "antipass" ont relayé ces derniers jours des informations relatives à la mise en place d'un autre dispositif, en Italie cette fois et décrit comme une forme de "crédit social". 

La ville de Bologne, capitale de la région Émilie-Romagne, souhaiterait "récompenser le bon comportement des citoyens" et le valoriser, apprend-on. C'est en effet le sens d'une prochaine expérimentation, prévue dans les mois qui viennent, mais les comparaisons qui n'ont pas tardé à fleurir en ligne avec la Chine méritent d'être largement nuancées.

Que sait-on de l'instauration d'un dispositif de crédit social à Bologne ? Tout d'abord, il faut noter qu'il ne s'agit pas d'une fake news. La presse italienne a en effet consacré une série d'articles à cette initiative depuis début avril et note que la mise en place, à titre expérimental, est prévue à l'issue de l'été. L'antenne italienne du site Wired décrit le dispositif comme "une sorte de compteur numérique qui, par la collecte de données personnelles, attribuerait des points à ceux qui ne prennent pas d'amendes de la police municipale ou utiliseraient les transports en commun". Des points susceptibles de se voir par la suite "dépensés pour recevoir des prix qui n'ont pas encore été définis". De quoi rappeler "le premier épisode de la 3e saison de Black Mirror", note l'auteur de l'article.

Les autorités ont d'ores et déjà insisté sur le fait que seuls les citoyens volontaires prendraient part à cet essai. Il leur faudra ainsi télécharger une application dédiée, servant notamment à comptabiliser et recenser les actions jugées vertueuses pour la collectivité. Notons que ce système cherche avant tout à promouvoir des comportements positifs, mais qu'il ne prévoit aucune sanction envers des citoyens perçus comme moins exemplaires.

Le spectre d'un "big brother" à la chinoise ?

Pour la municipalité, il s'agit aussi de promouvoir auprès de la population certains services qui lui sont dédiés. Utiliser son "pass culture" fera ainsi partie des actions valorisées. Pour autant, à l'instar des réactions observées en France, on a constaté en Italie de nombreuses critiques du dispositif, ainsi que les mêmes comparaisons avec le crédit social expérimenté en Chine. "Qui décide si un citoyen est bon ou non ? Selon quels critères ? Nous avons très peur qu'un citoyen ne soit considéré comme bon que s'il fait ce que souhaite l'administration. Des citoyens de série A et de série B seraient créés, ce serait une véritable discrimination", s'est exclamé un élu local, cité par la presse. 

"Qui n'a jamais pris d'amende ? Faut-il être considéré comme un mauvais citoyen pour cela ?", a renchéri un ancien député. Nombreux sont ceux qui voient dans cette nouvelle initiative la porte ouverte à une généralisation des contrôles et à un renforcement de mesures liberticides visant les populations. La question de la collecte et de l'utilisation des données personnelles se retrouve également sur la table, un tel outil nécessitant de récupérer des informations en quantité non négligeable sur les agissements des citoyens. 

Quoi qu'il en soit, la comparaison avec le crédit social conçu par le Parti communiste chinois se révèle pour l'heure assez largement exagéré. Pékin n'a en effet pas cherché à mettre en avant les comportements vertueux, mais plutôt à faire appliquer sur son territoire des règles et lois trop souvent ignorées ou contournées par les populations. Si bien que le dispositif "fait passer les devoirs avant les droits", comme le résume Le Monde. Si, en Italie, des actions positives permettent l'octroi de récompenses, le crédit social chinois s'est quant à lui surtout fait connaître pour les sanctions qui attendent les citoyens récalcitrants. Accès à des établissements scolaires prestigieux refusés, prêts bancaires plus difficilement accordés font partie des risques encourus. Sans parler du transfert des profils aux employeurs, induisant de possibles discriminations à l'embauche.

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