À LA LOUPE – Il y a quelques jours, Hyundai s'est félicité d'avoir franchi la barre symbolique des 1000 kilomètres d'autonomie avec un véhicule électrique. Un record qui n'a pour autant pas été réalisé dans des conditions de circulation classiques et qui laisse perplexes certains experts.

"Passer ce cap psychologique des 1.000 km, ça montre à quel point cette technologie devient accessible", s'est réjoui la semaine passée le directeur général de Hyundai Motor France. Il réagissait dans les médias à l'annonce par le groupe automobile d'un record, puisque cette distance a été réalisée par une voiture électrique, le tout bien sûr sans avoir à procéder à une recharge sur le parcours. 

Des conditions très spécifiques

Un nouveau chapitre est-il ouvert dans le domaine des mobilités électriques avec le franchissement de cette barre symbolique ? Si une telle distance parcourue impressionne, il faut néanmoins préciser d'emblée que le trajet n'a pas été réalisé dans des conditions d'utilisation "standard". Et pour cause : Hyundai a indiqué que "Les pilotes qui se sont relayés ont scrupuleusement respecté les techniques d'éco-conduite, n'ont pas activé la clim malgré les 29 degrés et ont roulé, sur piste, à 30km/h en moyenne."

Sur route ouverte, avec du vent, des passagers et des bagages, le tout à une allure plus classique, l'autonomie aurait forcément été bien moindre. Pour autant, il ne serait pas impossible que les avancées technologiques permettent à l'avenir de voir se prolonger encore les distances parcourues. "Beaucoup d'efforts sont menés pour augmenter la densité d'énergie dans les batteries", souligne Serge Pelissier, directeur de recherches à l'Université Gustave-Eiffel et spécialiste du stockage de l’énergie dans les transports.

Il ne faut toutefois "pas s'attendre à ce que l'on observe les mêmes progrès qu'en informatique, où l'on évoque souvent la loi de Moore". Le chercheur fait ici référence à un théorie vieille de plusieurs décennies établissant que dans le domaine des micro-ordinateurs, la puissance est multipliée tous les 18 mois de manière significative, rendant ainsi les précédents équipements obsolètes. Avec les batteries des voitures électriques, il ne faut pas s'attendre à une révolution, même s'il est possible d'imaginer "voir leur poids divisé par deux à l'avenir"

Les limites d'une course à l'autonomie

Si une autonomie de 1.000 kilomètres semble envisageable dans un futur relativement proche, elle n'apparaît pas nécessairement souhaitable. Serge Pelissier se montre en effet très partagé face aux discours de gens "qui nous expliquent que l'électrique va bientôt remplacer la thermique". Il avance pour cela une série d'arguments et montre que de telles évolutions ne seront pas sans conséquences pour l'environnement.

"Une surenchère dans la recherche de l’autonomie peut conduire à embarquer un poids important de batterie (plusieurs centaines de kilos) le plus souvent 'inutilisé'. Ceci va clairement à l’encontre de l’efficacité énergétique", note l'expert. Pourquoi "inutilisé" ? Parce qu'aujourd'hui, "les voitures électriques présentent en effet une autonomie largement supérieure aux besoins quotidiens de la majorité des automobilistes". Et de rappeler que 80% des déplacements font moins de 50 km. 

Des batteries capables de stocker davantage d'énergie nécessiteront par ailleurs des capacités de recharge étendues. Pour que la durée des arrêts soit raisonnable, des équipements particulièrement puissants seront nécessaires. Dès lors, on peut aisément dresser un parallèle entre gains d'autonomie et besoins accrus de puissance. Une option ni économique ni durable. Sans même qu'entre en compte la question des matières premières nécessaires aux batteries et des conséquences de leur extraction sur les populations vivant sur ces gisements.

"Le véritable enjeu à mes yeux est de parvenir à repenser nos mobilités", juge Serge Pelissier. "Nous sommes actuellement dans le 'tout voiture', avec une voiture à tout faire. Une situation qui a été rendue possible par le pétrole et qui nous a en quelque sorte permis de faire n'importe quoi. On utilise une même voiture pour effectuer 2 ou 500 km, ce n'est pas envisageable avec une voiture électrique." L'idée, pour ce spécialiste, est de parvenir à l'avenir à "développer la multimodalité". Réfléchir à des moyens économiques et respectueux de l'environnement pour les longs trajets, tout en utilisant les véhicules électriques pour des usages adaptés à leurs caractéristiques, c’est-à-dire en priorité des déplacements relativement courts. 

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Thomas DESZPOT

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