Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Urgentiste, réanimateur, épidémiologiste... ces médecins qui écrivent sur le Covid-19

par Audrey LE GUELLEC
Publié le 12 octobre 2020 à 19h07
FRANCK FIFE / AFP

FRANCK FIFE / AFP

Source : FRANCK FIFE / AFP

LITTÉRATURE - Quel que soit le genre littéraire pour lequel ils ont opté, plusieurs sont les soignants depuis le mois de mars à proposer au grand public leur éclairage sur la crise du nouveau coronavirus en cours.

"Le rôle du médecin, c'est d'informer". En mars, le docteur Gérald Kierzek est le premier à prendre au pied de la lettre cette mission pour éclairer "à grande échelle", et au plus vite, sur le Covid-19, un virus totalement inconnu du grand public cinq mois plus tôt. Censé paraître le 30 mars, son livre intitulé "Coronavirus, 50 questions/réponses pour mieux se protéger" publié chez Robert Laffont a finalement été proposé dans sa version numérique dès le 17 mars, date hautement symbolique pour les Français invités à rester confiné chez eux. 

Comme l'indique son titre, l'ouvrage rédigé en un week-end s'appuie sur des interrogations récurrentes et fournit des réponses documentées et pragmatiques à la lumière des études, notamment américaines, alors disponibles sur le virus.

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"On ne sait plus à quel médecin se vouer"

"Cela m'a semblé important de proposer, à date, des informations à peu près fiables sur le coronavirus à un moment où le climat était particulièrement anxiogène autour de ce sujet", rappelle le chroniqueur médical de TF1et LCI, évoquant des exemples très concrets et pratiques comme la désinfection, des emballages en revenant des courses notamment. 

L'objectif, insiste-t-il encore, est de délivrer "une parole médicale objective à un moment où l'on assiste à une sorte de cacophonie et l'on ne sait plus vraiment à quel médecin se vouer" au travers d'une sorte de "guide pratique" des gestes à adopter.  Et de préciser : "Six mois plus tard, la partie historique est toujours d'actualité tout comme la plupart des données, y compris concernant la mortalité". Pour finir, l'urgentiste souligne que l'intégralité des droits d'auteur de ce "bouquin pédagogue et désintéressé" est reversée à l'Institut Pasteur.

"Comprendre où ont été nos failles"

Si l'ouvrage du Dr Gérald Kierzek compte parmi les premiers publiés en France sur le Covid-19, ceux du professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, et du Dr Renaud Piarroux, professeur de médecine à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, à paraître ce 15 octobre sont, assurément les plus récents. Dans "Urgence sanitaire", le premier brosse en homme libre et sans langue de bois, un tableau édifiant de la situation de notre pays. Tirant les leçons de cette crise, il plaide pour un nouveau mode de développement, plus social, solidaire et écologique, la seule manière à ses yeux de nous tourner vers l'avenir sereinement.

Dans "La vague. L'épidémie vue du terrain",  Dr Renaud Piarroux évoque notamment "le rôle qu’il a joué dans la prise de conscience initiale de l’ampleur de la crise qui arrivait", explique Marie Bellosta, éditrice. Elle se souvient : "quelques temps après le début du confinement, j’ai pris de ses nouvelles, en me disant qu’en tant que personnel hospitalier, il devait bien être au front, mais sans imaginer à quel point c’était vrai". Après plusieurs jours passés à tenter d'alerter ses collègues de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, l’épidémiologiste avait en effet à l'époque finalement rencontré Martin Hirsch, son directeur général. Son message a fait mouche et les hôpitaux de Paris s'étaient alors immédiatement mis en ordre de marche. C'est donc dans un autre genre littéraire, que ce médecin, reconnu des épidémies de choléra dans les pays en développement livre son regard sur la gestion de la crise et pointe carences et dérives.  Marie Bellosta en est convaincue : "Cet ouvrage restera important, quelle que soit l’évolution épidémique à venir : il raconte six mois de crise et permet de comprendre où ont été nos failles, premier pas nécessaire pour les combler."

D'autres traitent par le brûlot la gestion de la crise sanitaire par l'exécutif. C'est le cas du professeur Christian Perronne dans son ouvrage "Y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise?" publié chez Albin Michel. Dans ce livre paru en juin dernier, il reproche notamment au gouvernement et aux experts le fait que les chiffres communiqués aux Français ne se réfèrent qu'à la mortalité.

Une autre tendance forte révélée par cette épidémie consiste à livrer son point de vue d'"insider". La course contre la montre des hôpitaux de l’AP-HP au printemps dernier, et ce fameux jour où il a découvert qu'il faudrait 25 fois plus de lits de réanimation que prévu pour accueillir les malades du coronavirus, Martin Hirsch les raconte lui-même en détail dans un livre façon "journal de bord" intitulé "L’énigme du nénuphar" (Stock), paru le mois dernier.

"J’ai réalisé que le système ne fonctionnait pas"

"Dès le début, j’ai pris des notes, mais c’est avec notre premier cas à Tenon et nos premiers soignants contaminés, fin février, que j’ai réalisé que le système ne fonctionnait pas. Cela a été l’un des éléments déterminants de l’écriture de ce livre", explique de son côté au Monde Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon au sujet de "Nous n’étions pas prêts" (éditions JC Lattès). 

Rédigé à la façon d'un carnet de bord tenu du 30 décembre 2019 au 31 mai 2020, le clinicien chercheur et ancien journaliste médical raconte ainsi au jour le jour la course des soignants face à l’épidémie de Covid-19, les dysfonctionnements du système, mais aussi la solidarité inédite entre les professionnels. Le professeur à l’université Paris Sorbonne et membre de la Société Française de Lutte contre le Sida (SFLS) y aborde également la question polémique du traitement inéquitable des patients, eu égard au nombre limité de places en réanimation. 

"C'est grave docteur ?"

Pendant 50 jours, tandis que la France se confinait pour se protéger de l'épidémie, un jeune anesthésiste-réanimateur au cœur de la crise sanitaire avait lui aussi tenu son journal de bord, chaque soir, pour l'AFP. Mais sous couvert d'anonymat. "L'hôpital s'est métamorphosé. Tout le monde fait comme si tout était prévu, calculé, réfléchi, ce n'est pas le cas", écrivait-il à l'agence de presse le 19 mars.  Dans un message final après quasi deux mois de récit, le Dr M, avait écrit le 6 mai :  "Mes dernières pensées de ce récit iront pour les patients et leurs proches. Ces patients qui se sont battus, eux aussi, jour après jour contre le virus (...) Et ce premier patient que j'ai accueilli au mois de mars dans cette nouvelle unité Covid à qui j’ai annoncé qu’il était atteint du coronavirus. Il m'a dit : 'c'est grave docteur ?'. Je lui ai répondu : 'on va se battre". J’étais une des dernières personnes à qui il aura parlé."

Pour autant, l'engouement médiatique à l'égard de ces ouvrages ne semble pas, pour l'heure en tout cas, se refléter au niveau des ventes. "Malheureusement, il n'y a pas d’engouement du public même si les éditeurs semblent très axés sur le sujet depuis le déconfinement, qui est tellement présent dans les médias et sur les réseaux sociaux qu’il est difficile de transformer avec un contenu inédit", analyse Thomas Hérondart, chef de produit livre de Fnac Darty, qui note tout de même "quelques exceptions de poids avec des personnalités très identifiées". Il cite notamment  "Y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise ?" du Pr Christian Perronne paru chez Albin Michel et "en tête des ventes depuis juin", mais aussi"Ce virus qui nous rend fou" de Bernard-Henri Lévy paru en juin chez Grasset, "La vengeance du pangolin" de Michel Onfray paru en septembre chez Robert Laffont et surtout "Epidémies : vrais dangers et fausses alertes" du Pr Didier Raoult paru en mars chez Michel Lafon.

Même constat chez Leslibraires.fr un réseau qui regroupe près de 350 librairies en France. "La tendance que l'on retrouve actuellement est similaire à celle du confinement, les lecteurs se tournent plutôt vers des romans, ce qui laisse penser qu'ils cherchent à s'évader plutôt que de lire sur le Covid", nous précise-t-on.


Audrey LE GUELLEC

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