VIDÉO - Jérôme Bayle, Arnaud Rousseau, Karine Duc... Qui sont les acteurs de la mobilisation des agriculteurs ?

par Theodore AZOUZE
Publié le 29 janvier 2024 à 16h39, mis à jour le 30 janvier 2024 à 12h53

Source : TF1 Info

FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Coordination rurale... De nombreuses organisations mènent la contestation agricole ces derniers jours.
Plusieurs figures, comme Arnaud Rousseau ou Jérôme Bayle, ont aussi émergé au fil des négociations ces derniers jours.
Tour d'horizon des acteurs, aux positions parfois divergentes, qui continuent de faire entendre leur colère dans toute la France.

Ces derniers jours, tous les acteurs qui mènent la contestation agricole se retrouvent sur un point : les mesures présentées par Gabriel Attal vendredi sont jugées "insuffisantes". De la FNSEA à la Coordination rurale en passant par la Confédération paysanne, l'ensemble des syndicats du secteur ont annoncé leur volonté de poursuivre les actions pour protester, notamment, contre la prolifération des normes dans leur quotidien et la concurrence jugée déloyale de certains autres pays européens. Ce lundi, des centaines de tracteurs convergent ainsi vers la région parisienne pour bloquer les différents axes desservant la capitale.

Mais, malgré leur convergence sur leur sentiment de ras-le-bol général, chacune des organisations paysannes promeuvent des solutions souvent opposées d'un syndicat à l'autre. Depuis le début de la grogne, l'émergence de plusieurs figures médiatiques témoigne de cette divergence de vision. TF1info passe en revue ces différents courants, incarnés par quatre personnages mis dans la lumière pour leurs récentes prises de position. 

Arnaud Rousseau, le puissant patron de la FNSEA

Sa prise de parole, vendredi soir, quelques heures après les annonces de Gabriel Attal, était presque aussi attendue que celle du Premier ministre. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a donné le ton de la suite à donner au mouvement. "Nous allons poursuivre la mobilisation", a-t-il alors déclaré, sur le plateau du 20H de TF1, dénonçant des mesures "qui ne calment pas la colère". Unique candidat lors de son élection à la tête du premier syndicat agricole français, en avril dernier, il est président non exécutif du Conseil d'administration du groupe agroalimentaire "Avril", une entreprise au chiffre d'affaires record de 9 milliards d'euros en 2022.

Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA.
Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA. - LOIC VENANCE / AFP

Avec la FNSEA, Arnaud Rousseau défend une agriculture "offensive", permettant de conserver la "souveraineté alimentaire" des Français grâce à leur production agricole. Traditionnellement pro-européenne, l'organisation revendique 212.000 adhérents, répartis dans 95 fédérations départementales, les FDSEA, elles-mêmes très impliquées dans la mobilisation qui monte depuis mi-janvier. Lors des dernières élections professionnelles dans les chambres d'agriculture, en 2019, la FNSEA est parvenue en tête des votes, avec plus de 55% des suffrages exprimés.

Elle s'était alors alliée avec les Jeunes Agriculteurs, structure qui partage la même vision politique du monde agricole. Les "JA" défendent avant tout les intérêts des agriculteurs âgés de moins de 35 ans et disent regrouper 50.000 adhérents au sein de leurs antennes locales. Il y a un an, ils avaient déjà dénoncé, avec la FNSEA, l'interdiction des néonicotinoïdes, ces pesticides jusque-là utilisés dans les champs de betterave français. Ce lundi, les deux organisations ont appelé à participer au blocage des principaux points d'accès à Paris.

Karine Duc, la viticultrice révoltée de la CR

La viticultrice est devenue en quelques jours le symbole de la frange des agriculteurs les plus en colère contre les normes et les réglementations qu'ils connaissent au quotidien. Devant les caméras, Karine Duc apparaît toujours affublée de son éclatant bonnet jaune, signe d'appartenance à son syndicat, la Coordination rurale (CR). Coprésidente de la section du Lot-et-Garonne avec le médiatique José Pérez, la femme revendique des actions radicales pour parvenir à faire entendre les revendications des agriculteurs de la région. "Avant d'en venir à ces manifestations plus ou moins musclées, on a essayé de trouver des solutions cordiales, justifie Karine Duc dans Libération. On se fout de nous et on ne nous entend pas !"

Karine Duc, coprésidente de la CR47.
Karine Duc, coprésidente de la CR47. - AFP

Très implantée dans le Sud-Ouest, la CR a fait d'Agen l'une des places fortes de la mobilisation, y menant chaque jour des actions d'ampleur : feu devant la préfecture, blocage de l'A62, purin déversé devant un site de grande distribution... La CR a recueilli 20% des voix aux dernières élections professionnelles, ce qui en fait la 2ᵉ organisation agricole française. Le syndicat, créé en 1991 en opposition à la Politique agricole commune (PAC), a parfois été qualifiée "d'extrême-droite" par une partie de la gauche, à l'instar de l'écologiste Marine Tondelier. Mais sa direction réfute toutefois cette étiquette. "Nous sommes apolitiques", a insisté jeudi sa présidente, Véronique Le Floch. 

Jérôme Bayle, l'éleveur "asyndiqué et apolitique"

De son propre aveu, Jérôme Bayle est celui qui a lancé le mouvement des agriculteurs. Mi-janvier, cet éleveur bovin de Montesquieu-Volvestre (Haute-Garonne) construit peu à peu la mobilisation dans le sud de la France, proposant l'idée de bloquer les autoroutes pour faire entendre son mécontentement. Avec des collègues, il entreprend alors d'empêcher la circulation sur l'A24. "Lorsque le commandant de gendarmerie m'a dit que nous ne pouvions pas entrer sur l'autoroute avec nos tracteurs, je lui ai répondu que seule une balle en pleine tête m'empêcherait d'avancer, a-t-il raconté dans la Dépêche du Midi. Je lui ai demandé s'il était prêt à tirer parce que moi, j'étais prêt à mourir."

Jérôme Bayle, l'initiateur de la contestation agricole
Jérôme Bayle, l'initiateur de la contestation agricole - MIGUEL MEDINA / AFP

Marqué par le suicide de son père agriculteur, en 2015, il explique agir pour "arrêter ce massacre agricole". Ne se revendiquant d'aucun parti politique ni organisation syndicale, Jérôme Bayle réclame trois principales avancées : la fin de la hausse de la taxe sur le GNR, une facilitation de l'irrigation des cultures et des aides afin de lutter contre la maladie hémorragique épizootique (MHE) qui touche le bétail. 

Estimant "avoir gagné" sur ces trois aspects après les annonces du Premier ministre Gabriel Attal, venu à sa rencontre vendredi, le quadragénaire a annoncé la levée du barrage autoroutier. Un choix qui a suscité des critiques de la part de certains manifestants, l'accusant d'avoir cédé trop vite face au chef du gouvernement. Mais Jérôme Bayle prévient déjà : "si Attal ne tient pas ses promesses, je saurai remettre le bordel".

Laurence Marandola, l'agricultrice à la vision alternative de la Confédération paysanne

Elle compte faire entendre une autre vision de l'agriculture. Porte-parole de la Confédération paysanne, Laurence Marandola, éleveuse de lamas et productrice de plantes médicinales et de pommes bio dans l'Ariège, a elle aussi jugé décevantes les propositions de Gabriel Attal et annoncé poursuivre la mobilisation. Mais cette agricultrice, tout comme son syndicat, s'oppose aux "demandes productivistes et à court terme de la FNSEA". La formation continue donc de faire bande à part dans la plupart des régions, promouvant un modèle bien différent de celui promu par les représentants agricoles majoritairement élus.

La porte-parole de la Confédération paysanne, Laurence Mandarola.
La porte-parole de la Confédération paysanne, Laurence Mandarola. - IAN LANGSDON / AFP

Marquée à gauche, la Confédération paysanne enjoint les décideurs à mettre en place un nouveau cadre pour "réussir la transition agroécologique nécessaire et inéluctable". Troisième syndicat du secteur, l'organisation connaît des tensions avec les autres syndicats d'agriculteurs. "La Conf'" s'est notamment fait critiquer pour son soutien aux militants écologiques manifestant contre la construction de la méga-bassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres). "Nous sommes solidaires de nos camarades de Bassines non Merci et des Soulèvements de la Terre qui se voient infliger des peines de prison avec sursis parce qu'ils luttent pour la défense de l'eau", est-il ainsi indiqué sur son site.


Theodore AZOUZE

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