Les Français face à la pénurie de carburants

Carburants : comment les petites stations font de la résistance face aux supermarchés

V. Fauroux - Reportage vidéo : François-Xavier Ménage et Olivier Cresta
Publié le 22 octobre 2022 à 20h06
JT Perso

Source : JT 20h WE

Le retour du carburant dans les pompes ne doit pas faire oublier qu'en France, il existe de moins en moins de stations essence.
Leur nombre a été divisé par quatre en 40 ans.
Résultat, les supermarchés se taillent la part du lion.

A Nesles-la-Vallée (Val-d'Oise), un petit village de 1 800 habitants, la station essence est presque devenue un monument ; il faut dire qu'elle existe depuis quasiment un siècle. Problème : elle est de moins en moins rentable. Sans compter les dépenses de fonctionnement. Il va, par exemple, falloir bientôt changer les pompes avec un coût estimé de plusieurs dizaines de milliers d'euros. "Ça fait plus de 90 ans qu'il y a une pompe à essence dans le village, donc on se posera la question : 'est-ce qu'en fonction du budget que vont coûter les pompes, la voirie, ça vaut le coup de le faire ?' Sachant qu'on ne gagne pas non plus énormément sur le carburant", explique, désabusé, le gérant Thomas Fournaise, dans la vidéo du JT de 20H en tête de cet article. 

Pour chaque litre d'essence vendu, la marge est de quatre à dix centimes environ. Et cela dépend du cours du pétrole. Mais une fois les dépenses de fonctionnement remboursées, il ne reste rien. "On a l'entretien des pompes, les contrôles des cuves. Il n'y a plus rien qui reste entre les taxes et tout ce qui vient aussi être prélevé derrière, c'est juste un service pour nos clients", précise la gérante Alexandra Fournaise.

60% de l'essence est vendue dans les supermarchés

Et pour ne rien arranger, ce service de proximité fait face à la concurrence massive des supermarchés. Retour en arrière : dans les années 70, les grandes surfaces commencent à vendre de l'essence et elles cassent les prix. À l'époque, l'État enrage, car c'est lui qui fixe les tarifs de l'essence. Or, les grandes surfaces réclament un marché plus libre. Un long bras de fer s'engage. Mais à la fin, ce sont les supermarchés qui gagnent et les petites stations ferment alors par milliers. Ainsi, en 1980, on comptait 40.000 stations traditionnelles, aujourd'hui, c'est 5 800. En revanche, les stations de moyennes et grandes surfaces sont passées de 2 000 en 1980 à 5 000 en 2022. 

Actuellement, 60 % de l'essence est donc vendue dans les supermarchés, qui achètent de gros volumes et peuvent ainsi négocier des tarifs bien plus bas que les stations traditionnelles. Quant à la fréquentation, par rapport aux années 80, elle a été divisée par quatre. Alors, pour résister, les responsables de stations-services utilisent les mêmes armes que les grandes surfaces. "Bonbons, boissons, le nécessaire technique pour les véhicules, un service de serrurerie et puis les colis avec Mondial Relay de façon à faire venir du monde dans le magasin", détaille Francis Pousse, le gérant d'une station à Arnage (Sarthe). Et c'est uniquement grâce à ces services rentables que les stations essence existent encore. 

1/3 des stations indépendantes pourraient disparaitre

Dans d'autres communes, à travers la France,  quand il n'y a pas de garage et autres services pour maintenir les pompes à essence, une solution s'impose de plus en plus, les stations communales. Comme à La Chapelle-d'Aligné (Sarthe) où le gérant est monsieur le maire en personne. "On a pu vendre un gros volume de carburant depuis qu'elle est installée. L'année dernière, c'était environ 650.000 litres. C'est la commune qui la gère complétement, entre les élus et le secrétariat qui s'occupe de tout ce qui est administratif", assure Philippe Deslandes. Ce dernier négocie les tarifs avec les fournisseurs. C'est un nouveau métier pour lui, d'où la tolérance des clients de cette station au sujet des prix de l'essence.

La station essence permet de maintenir l'activité économique du village, mais côté financement, il faut prévoir large. "Maintenance, assurance, frais postaux, frais télécom, services bancaires, pour une dépense totale d'un peu plus d'un million d'euros par an. On a le même budget pour la station que pour le budget de fonctionnement de la commune", ajoute l'édile. A ce prix-là, la station est tout juste rentable. 

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Les stations indépendantes réclament l'aide financière de l'État, sinon, disent-elles, un tiers d'entre elles risquent de disparaitre d'ici à une dizaine d'années. 


V. Fauroux - Reportage vidéo : François-Xavier Ménage et Olivier Cresta

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