INQUIÉTUDES - Le projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal prévoit d'autoriser le personnel des cafés et restaurants à vérifier l'identité de leurs clients pour éviter la circulation de faux documents. Qu'en pensent les professionnels ?

C'est une source d'inquiétude pour une profession déjà largement sinistrée depuis le début de la pandémie. Dans les prochains jours - d'ici au 15 janvier, espère le gouvernement - le pass vaccinal devrait remplacer le pass sanitaire. Surtout, le projet de loi adopté en première lecture par l'Assemblée donne le droit aux restaurateurs et cafetiers de demander, en cas de doute, la carte d'identité d'un détenteur du sésame. 

"À quel moment on est en doute ? On n’est pas aptes à savoir si le pass est bon ou pas. Donc, à ce moment-là, qu’est-ce qui va nous dire qu’on doit demander, ou non, la pièce d’identité ?", s'interroge au micro de TF1 Maylise Dos Santos, responsable adjointe du restaurant parisien Le Mesturet. "C'est vraiment pas notre boulot de faire les flics. Je ne suis pas complotiste du tout, je suis vacciné, mais là je trouve qu'on entre dans une dictature", abonde auprès de l'AFP, encore plus radical, Luc Minaire, propriétaire du bouchon lyonnais Le Musée. "Évidemment je suis la loi, même si je ne suis pas d'accord", ajoute-t-il avec fatalisme.

En l'état actuel des choses, le texte de loi laisse aux restaurateurs toute liberté pour choisir quel pass vérifier. Ils ne seront, en tout cas, pas obligés de le faire. La loi leur en donnerait simplement le droit. Ce contrôle ne sera pas "systématique", confirme le ministre de la Santé, Olivier Véran. C'est "lorsqu'il existe des raisons sérieuses de penser que le document présenté n'est pas authentique ou ne se rattache pas à la personne qui le présente" qu'un document d'identité pourra être demandé, précise un amendement législatif. 

Scepticisme et fatalité chez les syndicats

Pour autant, les syndicats du secteur restent pour le moins sceptiques. "Avoir à vérifier l'identité sera certainement très gênant, ce n'est pas ce que l'on attend en rentrant dans un hôtel ou un restaurant. C'est une contrainte supplémentaire indéniable pour nos professionnels", estime Hervé Becam, vice-président de l'Umih, principal syndicat de l'hôtellerie restauration. "Mais s'il faut le faire et si c'est un moyen de sortir au plus vite de la crise et d'éviter de fermer, bien évidemment qu'on le fera", tempère-t-il. Même son de cloche du côté du GNI, syndicat patronal qui représente des indépendants de l'hôtellerie restauration. "Nous nous y plierons, mais on ne pourra pas exiger un contrôle à 100%, c'est impossible", affirme le président de l'organisation, Didier Chenet. 

Chez les clients aussi, cette mesure fait l'objet de vifs débats. "Je ne sais pas combien de pass sanitaire sont invalides. Donc autant que l’on soit sûrs que c’est la bonne personne lorsque l’on rentre dans un restaurant", salue une cliente dans un bar. "Que le gouvernement mette un 'flic' (sic) devant chaque restaurant pour faire la police, oui, c'est son métier. Mais ce n’est pas le métier des restaurateurs de faire ça", dénonce, de son côté, un autre consommateur. 

Des scrupules que comprend Manon Bouvier, responsable du Bistro du Marché. "Les personnes viennent se détendre, pas pour que l’on contrôle leurs papiers et que l’on passe cette barrière en passant du côté sécurité ou de la police. Ce n’est pas notre domaine", souligne-t-elle.


M.G | TF1 | Reportage M. Guiheux, L. Merlier, S. Humblot

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