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VIDÉO - "Chemsex" : des adeptes du sexe sous drogues témoignent de ses dangers

M.L | Reportage TF1 Julien Cressens, Eric Boucher et Damien Blondeau
Publié le 2 mai 2022 à 11h16
JT Perso

Source : JT 20h WE

Le "chemsex", qui consiste à consommer des psychotropes pour intensifier les actes sexuels, fait de plus en plus d'émules.
Mais cette expérience dangereuse peut mener à des hospitalisations, voire des décès.

Antoine vient d'être hospitalisé, placé en cure de désintoxication, après sept jours passés à consommer de la drogue, enfermé dans un appartement. "J'avais fait une crise d'hystérie dans ma tête, je ne me rappelle de rien. J'ai tout cassé chez moi", raconte à visage caché le jeune homme dans la vidéo du 20H de TF1 en tête de cet article, assis sur son lit d'hôpital. "Je suis ressorti avec des cicatrices de partout", poursuit-il, en montrant une marque brune à l'arrière de son mollet. "Ce sont les voisins qui ont appelé les pompiers, ils sont montés par la fenêtre."

Pendant toute une semaine, il s'est volontairement administré un "cocktail" pour tenir un marathon sexuel avec une dizaine d'hommes, de jour comme de nuit : des dérivés d'amphétamines, pour décupler son excitation, mélangés à du viagra pour maintenir son érection. "La drogue fait passer le temps hyper vite et nous dévergonde totalement. On fait des choses qu'on ne serait pas capable de faire d'habitude. On est en extase", explique Antoine. 

Le jeune homme est adepte du "chemsex", qui tire son appellation de l'anglais "chemical", "produits chimiques" : ceux qui le pratiquent consomment des psychotropes, souvent des drogues de synthèse, pour intensifier et prolonger leurs rapports sexuels, avec tous les risques que cela comporte. Le phénomène s'est accéléré ces cinq dernières années : l'an passé, l'hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, a accueilli 80 patients à cause de ce type de pratique, soit dix fois plus qu'il y a dix ans. 

"Vous avez toujours cette envie sexuelle qui vous pousse. Cela peut durer 24, 48 ou 72 heures... Tant que vous en prenez, ça continue."

Alain, "chemsexeur"

Les médecins tentent donc d'alerter sur les dangers de ces expérimentations. "Les risques principaux apparaissent au niveau cardio-vasculaire : accident cardiaque, AVC, infarctus", détaille Antoine Boulanger, psychiatre à l'hôpital. Cette pratique peut aussi entraîner des périodes de fatigue aiguë, mais également des dépressions, de l'anxiété et de la paranoïa.  

Malgré l'ampleur des risques, le phénomène reste difficile à traiter et à prévenir, car encore "nouveau et méconnu" : "les professionnels de santé ne sont pas formés et sensibilisés sur la prévention sexuelle et la réduction des risques liés à cette pratique", alerte auprès de l'AFP Fred Bladou, chargé de mission pour l'association de lutte contre le VIH et les hépatites virales Aides. Si bien que pour certains, la drogue du plaisir se transforme en accident mortel. Par overdose ou suicide, des dizaines de personnes meurent chaque année. Les "chemsexeurs" s'exposent aussi à des pratiques sexuelles à risque, et donc à des maladies sexuellement transmissibles

Tout commence pourtant souvent par un simple message sur les réseaux sociaux ou les applications de rencontre. "Ouvert pour partager des stimulants si c'est son délire", "cherche plan sans prise de tête, encore mieux si c'est planant" : c'est là que les pratiquants postent des annonces pour recruter des participants à leurs soirées. C'est ainsi qu'Alain s'est initié au chemsex il y a quatre ans. Il se drogue depuis une fois par mois, notamment avec du 3-MMC, un stupéfiant "qui nous permet d'être excité et qui est très aphrodisiaque, que l'on s'injecte par seringue", décrit-il, également à visage caché. 

Porté par cet "élixir d'endurance", comme il le nomme, le "chemsexeur" ne compte plus les heures que durent ses rapports. "Vous avez toujours cette envie sexuelle qui vous pousse. Cela peut durer 24, 48 ou 72 heures... Tant que vous en prenez, ça continue. Vous n'avez aucune sensation de fatigue", poursuit-il.

Des pratiquants "de tous les milieux" et de plus en plus d'hétérosexuels

Dans les grandes villes comme en milieu rural, la France pourrait compter entre 100.000 et 200.000 "chemsexeurs", selon les médecins. La majorité d'entre eux sont homosexuels, car le phénomène aurait "un caractère identitaire, une expérience de lâcher prise, de pouvoir vivre sa sexualité", selon Maïtena Milhet, sociologue collaborant avec l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) sur le thème du chemsex. 

Mais la tendance concerne de plus en plus d'hétérosexuels, qui ont pour beaucoup tenté l'expérience lors des différents confinements. C'est le cas de Sarah, une jeune femme habituée des clubs libertins. "Après toutes les contraintes professionnelles et familiales, on craquait tous un petit peu. J'étais sous anti-dépresseurs et anxiolytiques", raconte-t-elle en dissimulant également son visage. "Quand on m'a proposé ça, je me suis dit : 'après tout, je prends déjà des trucs chimiques pas forcément terribles pour mon corps, je peux peut-être essayer autre chose'.

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Depuis qu'elle a commencé cette pratique, elle assure n'avoir aucun mal à trouver des partenaires. "On se rend compte qu'il y a beaucoup plus de femme que ne disent les statistiques, et beaucoup de personnes autour de la quarantaine, venant de tous les milieux, toutes les catégories socio-professionnelles", explique-t-elle. 

Apparu en Angleterre dans les années 1990, le chemsex est arrivé dans les années 2000 dans l'Hexagone et est aujourd'hui pratiqué dans l'Europe entière. Une mission avait été commandée sur le sujet par le ministère de la Santé à l'addictologue Amine Benyamina, mais elle avait été retardée par la crise sanitaire.


M.L | Reportage TF1 Julien Cressens, Eric Boucher et Damien Blondeau

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