Le 20h

Dégel du point d'indice : quel impact sur la fiche de paie des fonctionnaires ?

Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Pierre Gallacio et Hélène Massiot
Publié le 17 mars 2022 à 11h12
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le gouvernement a promis un dégel du point d'indice des fonctionnaires "avant l'été".
En fonction des différents scénarios, quelles pourraient être les hausses de salaire des agents publics ?

Bonne nouvelle pour les 5,7 millions de fonctionnaires et contractuels français : le gouvernement a promis de revaloriser leur point d’indice - utilisé pour calculer leur rémunération - "avant l'été". Une mesure destinée, selon la ministre Amélie de Montchalin qui l'a annoncée dans Le Parisien, à répondre à une inflation "forte et durable"

Tous les fonctionnaires pourraient en bénéficier : les soignants de la fonction publique hospitalière, les enseignants, les agents municipaux et départementaux, les policiers et les militaires, etc. Des "discussions avec toutes les parties prenantes" sont déjà lancées et la revalorisation sera appliquée quelle que soit l'issue du scrutin présidentiel en avril, a affirmé la ministre de la Transformation et de la Fonction publique. Elle doit être inscrite dans une loi de finances rectificative qui devrait ainsi être votée cet été. 

Le point d'indice est un outil qui sert de base de calcul pour déterminer le salaire brut des fonctionnaires, multiplié, pour ce faire, avec un indice majoré propre à chaque agent, en fonction de plusieurs facteurs (échelon, ancienneté). Mais pour l'heure, les contours de cette hausse restent encore flous, le gouvernement n'ayant pas spécifié les pourcentages d'augmentation qu'il envisage. Mais elle sera calibrée "en concertation avec les organisations syndicales et les employeurs", a assuré Amélie de Montchalin.

Une revalorisation de 1%, le scénario minimal

La ministre a seulement évoqué la possibilité d'une hausse minimale de 1%, sans la confirmer. Celle-ci permettrait de verser une dizaine d'euros par mois à tous les agents rémunérés au Smic, qui est fixé à environ 1269 euros nets depuis janvier, a indiqué une source proche du dossier à l'AFP. Quant au salaire net moyen de la fonction publique, estimé à 2320 euros en 2019 selon l'Insee, il enregistrerait une hausse de quelque 18 euros dans ce cas de figure. 

Ce scénario est proche de celui de 2016, date de l'unique revalorisation de ce point d'indice depuis 2010, qui s'élève désormais à 4,68 euros. L'ancien président François Hollande avait décidé de l'augmenter de 1,2% en deux temps : une partie en juillet 2016 puis en février 2017. 

Selon l'Insee, le salaire mensuel net moyen d'un agent de la fonction publique territoriale, qui regroupe les personnels des collectivités territoriales, est alors passé de 1974 euros en 2015 à 2002 euros en 2017, soit 28 euros supplémentaires, l'équivalent de 1,4% de salaire. Quant au salaire mensuel net moyen d'un agent de la fonction publique d'État, qui recoupe, entre autres, policiers, gendarmes, enseignants et militaires, il a augmenté de 32 euros en deux ans, une progression de 1,2%. Du côté de la fonction publique hospitalière en revanche, les agents n'ont reçu en moyenne que 17 euros de plus chaque mois, voyant leur salaire moyen se porter à 2356 euros, soit une hausse de 0,7% par rapport à 2015. 

Une hausse de 4% possible, si la revalorisation se calque sur le cours de l'inflation

Certains travailleurs espèrent une revalorisation bien plus forte. "Le minimum serait au moins 50 euros, en dessous ce n'est pas significatif", estime Fatiha Messalti, employée de mairie en catégorie B à Couzeix, en Haute-Vienne, dans le reportage du 13H de TF1 ci-dessous.

Le salaire des fonctionnaires bientôt revalorisé ?Source : JT 13h Semaine
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Les syndicats, qui réclament cette hausse depuis plusieurs années, demandent aussi une hausse bien supérieure face la récente flambée des prix. Elle "doit être a minima à hauteur de l'inflation, soit, en ce moment, autour de 4%, avec des clauses de revoyure en fonction de l'évolution des prix", ont revendiqué sept organisations dans un communiqué commun publié mardi. Selon l'Insee, cette inflation grimpait précisément à 3,6% en février sur un an, un record depuis 30 ans. Dimanche, la Banque de France a de son côté anticipé une progression de 3,7 à 4,4% de l'indice des prix à la consommation harmonisé en 2022.

En arrondissant cette revalorisation à 4%, les agents au Smic gagneraient ainsi une quarantaine d'euros en plus par mois. Le salaire net moyen se verrait, quant à lui, bondir de 72 euros en moyenne. "Mon salaire actuel est de 2432 euros brut par mois. Si le point d'indice était revalorisé à hauteur de 1%, cela représenterait 24 euros brut par mois supplémentaires, une somme qui passe à 97 euros environ si la hausse grimpe à 4%", calcule, dans le reportage du 20H de TF1, Marian Petitfils, professeur de mathématiques dans un collège de Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. De quoi "financer la hausse de l'électricité, des prix de l'énergie, de l'alimentation, puisqu'on voit bien que tout augmente", commente-t-il.

Une telle mesure permettrait en effet un véritable rattrapage, en soulageant en particulier les dépenses de logement, estime, dans le reportage, Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au cabinet d'audit BDO France. "Beaucoup de ces fonctionnaires travaillent plutôt dans les centres-villes, ils ont souvent un logement proche de ces centres, alors que les prix de l'immobilier ont explosé. Au niveau de leur poste de dépenses, le logement a vraiment entamé leur pouvoir d'achat", explique-t-elle. 

Le financement en question

Mais ces calculs restent encore hypothétiques. Seule garantie : "Nous maintiendrons aussi, quoi qu’il arrive, le salaire minimum de la fonction publique au-dessus du Smic, en fonction du niveau de l’inflation dans les prochaines semaines", a promis la ministre.

Reste aussi à savoir comment financer ces revalorisations. Auprès du Parisien, Amélie de Montchalin a seulement indiqué qu'une hausse à hauteur de 1% du point d'indice coûterait deux milliards d'euros à l'exécutif. Une somme donc quadruplée en cas d'augmentation de 4%. L'État devrait compenser ces dépenses accrues, mais le maire de Couzeix, Sébastien Larcher, dit n'en avoir aucune garantie. "On est actuellement au-delà des quatre millions d'euros de charge de personnel", déplore l'élu de cette commune de 9000 habitants qui emploie une centaine de fonctionnaires.

Par ailleurs, le ministère de la transformation de la fonction publique a indiqué à l'AFP que le dégel du point d'indice reste "un outil ponctuel" pour répondre à la "pression conjoncturelle" liée à l'inflation. Plus largement, à long terme, "c’est tout le système de rémunération que nous souhaitons revoir", a complété la ministre, mardi, sur Franceinfo. 

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Un plan plus global pourrait être nécessaire pour éviter que la revalorisation produise un effet d'embellie éphémère, comme ce fut le cas pour certains agents après la revalorisation de 2016. Selon les dernières données de l'Insee, qui remontent à 2019, les salaires moyens ont en effet diminué après 2017. 

Entre 2018 et 2019, le salaire moyen net a progressé de 1,1% sur l'ensemble de la fonction publique, mais il avait beaucoup baissé entre 2017 et 2018. Si bien que le salaire net moyen restait, en 2019, en deçà à ceux de 2015 pour la fonction hospitalière et au même niveau pour la fonction publique d'État, comme si la revalorisation de 2016 n'avait pas eu d'effets. Seuls les agents de la fonction publique territoriale gagnaient encore une vingtaine d'euros en plus par mois en moyenne par rapport à 2015.


Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Pierre Gallacio et Hélène Massiot

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