Le Royaume-Uni a annoncé ce week-end interdire la vente de "gaz hilarant", marchant dans les pas des Pays-Bas.
Le protoxyde d’azote est couramment utilisé dans les siphons de crème chantilly, mais il est aussi détourné en drogue, en particulier par des jeunes.
En France, une loi restreint sa commercialisation depuis 2021, mais les trafics continuent de prospérer.

"Rien qu'en arrivant ce matin, j'en ai croisé, il y avait des petites bonbonnes", lâche une adolescente. "Je sais que c'est un truc qui traîne beaucoup dans les rues", se hasarde un autre, dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. À la sortie d’un lycée, il suffit de tendre le micro pour se rendre compte de l'ampleur du phénomène : le protoxyde d’azote ou "gaz hilarant", contenu dans de petites cartouches métalliques, est de plus en plus populaire chez les jeunes. Une substance que l'on retrouve dans les rayons cuisine des supermarchés en vente libre, mais dont l'usage est détourné pour être consommé comme une drogue, entraînant plusieurs effets secondaires.

Facile à se procurer et bon marché, le "proto" est inhalé dans des ballons de baudruche et produit des effets psychoactifs très rapides : trois à quatre minutes de rire, d'euphorie et de distorsions sensorielles. Mais il peut avoir de graves conséquences, des vertiges, pertes de connaissance et brûlures par le froid du gaz à des troubles respiratoires, cardiaques, psychiatriques ou neurologiques, comme des asphyxies et paralysies. Des effets pouvant mener à une hospitalisation, voire s'avérer mortels.

La vente aux mineurs interdite depuis 2021

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies s'est alarmé en novembre d'une augmentation "préoccupante" de l’usage récréatif de protoxyde d’azote dans certaines régions d’Europe. Face à l'ampleur du fléau, le Royaume-Uni a annoncé dimanche qu'il allait interdire le "gaz hilarant", en veillant à ce que les ventes de bonbonnes soient "restreintes à des fins appropriées", dans les siphons de cuisine donc, mais aussi en milieu médical, où il est utilisé comme anesthésique. Du côté des Pays-Bas, la possession et la vente de "proto" sont déjà interdites depuis le 1er janvier. 

En France, la substance n'est pas prohibée en tant que telle, mais sa commercialisation est fortement restreinte, en particulier auprès des plus jeunes. Une loi adoptée en mai 2021 punit notamment de 15.000 euros d'amende "le fait de provoquer un mineur à faire un usage détourné d’un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs"

Elle interdit aussi la vente de ce psychotrope aux moins de 18 ans. Quant aux sites de commerce en ligne, ils doivent de leur côté spécifier l’interdiction de vente aux mineurs de ce produit. La commercialisation dans les débits de boissons et tabac est par ailleurs interdite, quelque soit l'âge du client. Le texte prohibe aussi la vente de produits pouvant servir à le fabriquer pour "en obtenir des effets psychoactifs". Des règles à ne pas contourner, au risque d'être puni d'une amende de 3750 euros. 

Un trafic prolifique difficile à endiguer

Mais malgré le passage de cette loi, le fléau persiste toujours : l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a alerté en janvier dernier sur ce "sujet de préoccupation de santé publique important". La consommation de protoxyde d’azote a fortement augmenté en 2021 : elle a relevé 472 "signalements" d'utilisation cette année-là, contre 254 en 2020. Les cas graves, eux, ont été multipliés par plus de trois. La consommation est par ailleurs de plus en plus régulière, devenant quotidienne dans près de la moitié des cas, tandis qu'en parallèle, les doses ne cessent de grimper en quantité. Quant à la proportion de consommateurs mineurs, elle s'est stabilisée, mais reste encore forte : plus d'une personne sur dix. 

Pour tenter d'endiguer le phénomène, une quinzaine de villes ont décidé depuis deux ans d'aller plus loin, en interdisant sa consommation sur la voie publique. Mais à Nancy, la menace de 150 euros d’amende n’a pas suffi à résoudre le problème. "La pratique ne s’est malheureusement pas interrompue. Au contraire, on se rend compte qu'un trafic commence à se développer", déplore Régis Pfeiffer, secrétaire départemental adjoint de l’unité SGP Police FO de la commune. Le 8 septembre dernier, la police a découvert "plus de 600 bonbonnes" dans un véhicule lors d'un contrôle, pointe-t-il par exemple.

Ce trafic fleurit notamment sur les réseaux sociaux, où en quelques minutes à peine, n'importe quel internaute peut accéder à des dizaines de comptes prêts à livrer les capsules, des activités non déclarées et donc illégales. "Tu commandes, tu me dis ce qu'il te faut", lance un jeune homme contacté par l'équipe de TF1. "Une bonbonne, c'est 2,50, 3,70, 4,90... On livre sur Paris et les banlieues proches", déroule-t-il. Le tout, sans s'embarrasser de vérifier l'âge de son client.


Maëlane LOAËC | Reportage TF1 Lorraine Poupon, Thibault Copleux

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