ENQUÊTE - "On profite d'eux" : près des zones commerciales, un système bien rôdé d'embauche de sans-papiers

par T.A. | Reportage TF1 Jeanne QUANCARD et Quentin DANJOU
Publié le 30 décembre 2023 à 21h27

Source : TF1 Info

Dans les zones artisanales ou commerciales, de nombreux sans-papiers sont recrutés pour travailler illégalement sur des chantiers ou sur les parkings de grandes enseignes.
Ces travailleurs clandestins permettent à leurs employeurs de bénéficier d'une main d'œuvre au rabais.
Comment ce système bien huilé fonctionne-t-il ? Le 20H de TF1 a mené l'enquête.

Assis sur le banc d'un abribus, ces hommes n'attendent pas de prendre la route. Il est à peine sept heures, et ils sont déjà une dizaine de sans-papiers installés aux abords d'un magasin de bricolage. Tous patientent jusqu'à l'arrivée des clients, car ils le savent : certains vont faire appel à eux illégalement. Un peu plus tard, sur le parking, deux hommes aident une femme à charger des dizaines de sacs de ciment dans une voiture en échange de quelques euros. "Ils m'aident, donc je leur donne un pourboire", justifie-t-elle, filmée en caméra cachée. 

Des sans-papiers recrutés pour des chantiers

Mais parfois, les petites tâches laissent place à de plus gros travaux. Souvent, ce sont des professionnels du bâtiment qui exploitent cette main d'œuvre bon marché. Sur les images capturées dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article, un artisan vient chercher dans la zone un homme sans-papiers pour le faire travailler sur un chantier. Ce genre de scènes est très courante en Île-de-France. "C'est malheureux parce qu'en fait, on profite d'eux", déplore une cliente face à notre caméra.

Toujours en région parisienne, il est même possible de tomber sur des dizaines de clandestins qui patientent à l'entrée des zones commerciales. Sur place, ils sont installés sur plusieurs centaines de mètres. Pour indiquer leur disponibilité, ils font un signe de la main. Certains artisans les repèrent puis les embauchent de cette manière. Cela prend seulement quelques secondes. 

Des horaires et des conditions de travail illégaux

Aujourd'hui, il y aurait en France entre 400.000 et 1 million de travailleurs sans-papiers. En moyenne, ils coûtent deux fois moins cher qu'un salarié déclaré. Bakari, originaire du Mali, montre à notre équipe ses heures de travail, qu'il note minutieusement dans un carnet. "Je travaille souvent la nuit ou le matin, par exemple de 22 heures à 7 heures du matin", explique-t-il. Pour ne pas perdre un de ces emplois non déclarés, il indique devoir parfois travailler plus de 12 heures d'affilée, sans pause, pour un artisan du BTP. "Si je ne travaille pas beaucoup, il ne peut pas me garder", précise ainsi Bakari.

Ses conditions de travail peuvent être dangereuses. Lorsqu'il évolue dans un chantier en hauteur, sur les toits de Paris, ni barrières de sécurité ni harnais de protection pour le Malien et ses collègues sans-papiers. En cas d'accident du travail, les travailleurs clandestins ont des droits, mais les procédures pour en bénéficier sont complexes. Conséquence : beaucoup abandonnent avant même de toucher leur aide... 

Un système bien rodé pour les grandes enseignes

Les artisans malhonnêtes ne sont pas les seuls à profiter de cette main d'œuvre au rabais. Pour certaines enseignes, cela attirerait même des clients. En banlieue parisienne, autour du parking d'un magasin automobile où s'est rendue notre équipe, tout semble bien organisé, avec différents ateliers clandestins. "Il y a un spot pour tout ce qui va être travaux, un autre pour tout ce qui est la mécanique sauvage", confirme, anonymement, un employé de cette boutique. Le système est bien rôdé : les clients vont acheter du matériel automobile et ce sont ensuite les sans-papiers qui font les réparations.

Face à ces marchés aux clandestins à ciel ouvert, la police n'intervient pas directement. "Nous allons faire un travail de détection, expose ainsi Frédéric Laissy, chef du service communication de la police nationale. Mais aussi, parfois, d'identification et de filature qui va nous permettre de cibler les contrôles, parce qu'évidemment, ce type d'employeurs ne va faire appel à ces sans-papiers qu'une seule fois." L'emploi d'une personne étrangère, sans autorisation de travail, est passible de cinq ans de prison et jusqu'à 75.000 euros d'amende, si l'employeur est une société.


T.A. | Reportage TF1 Jeanne QUANCARD et Quentin DANJOU

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