France, Allemagne, Roumanie, Pologne… La colère des agriculteurs gronde en Europe

par N.K avec AFP
Publié le 20 janvier 2024 à 13h35, mis à jour le 20 janvier 2024 à 14h42

Source : JT 13h WE

Dans plusieurs d'Europe, les agriculteurs multiplient les actions pour manifester leur mécontentement face à la hausse des coûts et aux normes européennes jugées excessives.
En France, des agriculteurs ont bloqué la circulation sur l'A64 entre Toulouse et Bayonne vendredi.
Les exploitants agricoles allemands, roumains ou encore néerlandais se mobilisent aussi.

Une exaspération commune se fait entendre en Europe. En France, en Allemagne, en Roumanie ou encore aux Pays-Bas, les manifestations d'agriculteurs se multiplient. Chacune de leurs actions aux quatre coins du continent portent des revendications diverses. 

En France, des éleveurs laitiers se sont rassemblés jeudi devant plusieurs sites Lactalis dans l'ouest, dénonçant le prix du lait fixé par le groupe, jugé trop bas. Vendredi, la circulation a été bloquée par des agriculteurs en colère sur l'A64 entre Toulouse et Bayonne. Avant cela, des centaines de tracteurs et de camions agricoles de plusieurs départements d'Occitanie ont convergé mardi à Toulouse pour alerter sur la crise que connaissent les agriculteurs de la région. 

Marc Fesneau en déplacement ce samedi

Hausse des coûts de production, normes nationales ou européennes jugées excessives, manque de considération : les exploitants agricoles mettent en avant plusieurs facteurs qui pénalisent leur activité. Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau, reconduit récemment dans ses fonctions, est attendu samedi après-midi chez un éleveur laitier du Cher pour aborder "les grands chantiers du ministère à venir et notamment celui de la simplification", selon le ministère. 

Emmanuel Macron a de son côté "demandé au ministre de l'Intérieur de donner instruction aux préfets d'aller dès ce weekend à la rencontre des agriculteurs" et de leurs syndicats, "au plus près du terrain"

Un mois avant l'ouverture du Salon de l'agriculture et à l'approche des élections européennes, la multiplication de ces signes de mécontentement des agriculteurs préoccupe le gouvernement, sur fond d'offensive d'un Rassemblement national qu'il accuse de "souffler sur les braises". Sur une série de "sujets brûlants", la profession "attend des réponses très claires avant le Salon de l'agriculture" à partir du 24 février à Paris, a mis en garde le président de la FNSEA Arnaud Rousseau lors de ses vœux.

La FNSEA, syndicat majoritaire chez les agriculteurs, réunit son conseil d'administration mercredi et devrait être en mesure d'annoncer les actions qu'il compte mener "jeudi prochain", a fait savoir à l'AFP une source interne à la fédération. Quant à la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, elle prévoit de se mobiliser le 25 janvier "un peu partout en France" avec des opérations de "bâchage des radars" pour dénoncer "la suradministration", voire des "opérations plus spectaculaires".  

De nombreux sujets de tensions

Les agriculteurs des pays voisins font, eux aussi, entendre leur colère. Dimanche 14 janvier, routiers et agriculteurs ont manifesté en Roumanie contre les taxes qu'ils jugent exorbitantes en bloquant la circulation en périphérie des villes et à la frontière avec l'Ukraine, accusée de tirer les prix vers le bas. Les agriculteurs demandent que le gouvernement accélère le calendrier de versement des subventions et réclament des compensations suite à la sécheresse et au manque à gagner lié à l'ouverture du marché européen aux céréales ukrainiennes

En Allemagne, les agriculteurs ont prévenu que leurs manifestations reprendraient si le gouvernement n'amendait pas son projet d'augmentation des taxes sur le diesel agricole qui ont entraîné une mobilisation massive de la profession. Cette réforme de la fiscalité sur le diesel agricole prévoit à partir de 2026 la suppression d'une exonération dont bénéficiait la profession. 

Après des blocages de routes dans tout le pays, des milliers d'agriculteurs avec leurs tracteurs avaient convergé vers Berlin lundi pour une grande manifestation ponctuée d'appels à la démission du gouvernement d'Olaf Scholz, dont le parti social-démocrate gouverne avec les écologistes et les libéraux. 

En Pologne, les exploitants bloquent les points de passage vers l'Ukraine depuis novembre, se plaignant d'une "concurrence déloyale".

"Une surchauffe réglementaire"

Déjà bousculés par des événements climatiques extrêmes, la flambée de leurs coûts de production et les conséquences commerciales de la guerre en Ukraine, les agriculteurs européens ont le sentiment de "se faire imposer" des mesures trop drastiques, notamment dans le cadre de la transition écologique, assure auprès de l'AFP Christiane Lambert, présidente du Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne et ancienne présidente de la FNSEA. 

Cette dernière explique les raisons pour lesquelles ces accès de colère s'expriment maintenant : "Le coût de l'énergie a explosé, les coûts des intrants ont augmenté, tout comme ceux de la main d'œuvre ou de l'alimentation animale. La guerre en Ukraine perturbe les flux avec des importations énormes en Europe de céréales, de volaille ou de sucre. Ça perturbe toutes les filières, ça fait baisser les prix." 

Christiane Lambert mentionne également les "gros événements climatiques" de 2023, comme la sécheresse historique en France ou encore les inondations en Allemagne. "Malgré cela, il y a une surchauffe réglementaire, la Commission européenne veut passer des textes en force avant les prochaines élections européennes", ajoute-t-elle. 


N.K avec AFP

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