Dans l'Indre, la chambre d'un poilu mort au combat a été conservée en l'état pendant 105 ans.
Une pièce figée dans le temps selon la volonté des parents de l'officier Hubert Rochereau.
Les caméras de TF1 ont pu filmer ce lieu resté tel quel, qui va bientôt devoir déménager.

Dans une petite maison de Bélâbre, village de 1000 habitants situé dans l'Indre, l'un des longs couloirs mène à un véritable mausolée, fragile, figé dans le temps. Cette pièce, dont le papier peint tâché et jauni par les années se décolle par endroit, "est restée fermée pendant plus d'un siècle", explique Michel Jouanneau, conseiller municipal de Bélâbre et historien amateur, dans le reportage de TF1 ci-dessus. Conservée en l'état depuis 105 ans, cette chambre est celle d'un poilu mort au combat au cours de la Première Guerre mondiale : Hubert Rochereau, né le 18 octobre 1896 et décédé sur le front le 25 avril 1918, à l'âge de 21 ans, victime d'un éclat d'obus. 

TF1

Cette chambre porte encore les traces de la vie du sous-lieutenant du 15ᵉ régiment de dragons : un lit au carré, sur lequel a été déposé son képi de saint-cyrien, une paire de godillots alignés contre le mur, et un uniforme en lambeaux suspendu, sur lequel des araignées ont tissé leurs toiles au fil des années. En 1935, quand les parents de l'officier revendent la demeure, ils stipulent que la chambre devra être conservée telle quelle pour les 500 prochaines années. Signe de l'amour que le couple éprouvait pour son enfant unique. Comme le précise un article de nos confrères du Monde, les parents d'Hubert Rochereau ont rédigé en ce sens des clauses devant notaire à destination des prochains occupants de la maison. Par ailleurs, aucune fête ne devait y être organisée.

500 objets ayant appartenu au soldat sont toujours entreposés

Curieusement, les quatre propriétaires suivants respecteront la volonté des parents. Ainsi, seule la poussière investit les lieux, où l'on peut encore trouver 500 objets ayant appartenu à Hubert Rochereau. Un pistolet, une pipe pleine de tabac, des cigarettes minutieusement roulées dans leur boîte rouillée... et même de la pâte de dentifrice, "qui servait dans les tranchées", note Michel Jouanneau. Sur le bureau, se trouve également un flacon que les parents du poilu ont conservé précieusement : "C'est une petite fiole qui contient la terre de Flandres, en Belgique, sur laquelle il est tombé."

Nous continuons à vivre pour lui, comme par le passé, n'ayant plus d'autre but sur Terre. Son souvenir nous abrite
Les parents d'Hubert Rochereau

Dans cette pièce que le conseiller municipal de Bélâbre qualifie de "décor de théâtre", des albums photos sont toujours rangés dans l'un des placards. Dans leurs pages, se succèdent les souvenirs d'un enfant choyé entouré de sa famille, mais aussi ceux, plus tourmentés, d'un soldat mobilisé à seulement 19 ans. La veille de son décès, Hubert Rochereau écrivait à ses parents : "Nous ne manquons de rien, tout va très bien, soyez sans inquiétude, parents chéris. Puis, vous le savez, j'ai une confiance illimitée, en Dieu et en mon étoile." Les parents du jeune officier ne se remettront jamais de la mort de leur fils. Dans l'un de ses cahiers, le père d'Hubert écrira : "Nous continuons à vivre pour lui, comme par le passé, n'ayant plus d'autre but sur Terre. Son souvenir nous abrite, nous vivons à son ombre qui s'étend sur nous comme une protection d'en haut." 

La chambre va être reconstituée à l'identique

Malgré le souhait des parents d'Hubert Rochereau, respectés pendant plus d'un siècle, les nouveaux propriétaires de la maison ont décidé de ne pas conserver la chambre en l'état. Dans les colonnes du Monde, les acquéreurs, un couple de Parisiens, estiment que "vu l'état de la chambre, il fallait tout de même agir". "Certains de nos enfants ont encore peur d'y entrer", admet la nouvelle propriétaire, notaire de profession, qui affirme que "500 ans, c'était une clause totalement illicite".

Alors, pour sauver cet héritage, la mairie de Bélâbre se mobilise. La commune a ainsi entrepris de numériser la chambre du poilu afin de pouvoir la reconstituer dans un autre lieu et en faire un musée. Avant cela, les effets personnels du soldat seront stockés en lieu sûr dès cet été. "L'idée, c'est de la reconstruire à l'identique, dans un autre espace et de faire en sorte qu'on retrouve cette même émotion que lorsqu'on se trouvait à l'intérieur de la chambre", explique Laurent Laroche, maire (SE) du village. Grâce à la commune, le souhait des parents d'Hubert sera exaucé. La mémoire de leur fils restera quant à elle bien vivante pour les 400 prochaines années.


Noemie KOSKAS | Reportage vidéo TF1 : Alison Tassin, David Pirès

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