Le WE

VIDÉO - "Je n’avais plus de force" : enquête sur la hausse des cas d'intoxication au GHB dans les soirées

La rédaction de LCI | Reportage J. Cressens, R. Reverdy, M.H. Astraudo
Publié le 13 décembre 2021 à 15h37
JT Perso

Source : JT 20h WE

FLÉAU - Ces derniers mois, de plus en plus de personnes, surtout des femmes, déclarent avoir été droguées au GHB à leur insu lors de soirées. Le 20H de TF1 a mené l'enquête.

Certains en consomment pour s'amuser, d'autres en sont victimes, drogués à leur insu. Il y a trois semaines à Caen, Manon Leroux se rendait dans un bar pour danser avec des amis. Mais dès son premier verre, la soirée tourne au cauchemar : très vite, elle s’écroule sur la piste. "Je n’avais plus de force dans la nuque, plus dans le ventre, plus nulle part, explique cette jeune infirmière dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. J'avais la tête contre le sol et un filet de bave."

Ses amis la ramènent heureusement saine et sauve chez elle. Si les images filmées par les caméras de vidéosurveillance ne le montrent pas, elle en est convaincue : quelqu’un a versé du GHB dans son verre d’alcool, la plongeant dans ce quasi-coma. "Je n’avais bu que deux ou trois verres avant de venir au bar, en arrivant j’allais très bien, rembobine-t-elle. En prenant un verre, je me suis dit que ça ne serait pas le verre de trop, et que de toute façon je travaillais le lendemain."

"Sur les caméras de surveillance, environ 1h15 après mon verre, on voit que ma meilleure amie essaie de me retenir par le bras et on dirait qu’il va se déboîter. J’étais une poupée de chiffon", confiait-elle il y a quelques semaines à LCI. "Avec mes amis, nous entendions de plus en plus parler du GHB, mais j'ai été bête de penser que ça n'arrivait qu'aux autres."

Depuis plusieurs mois, les cas d'intoxication au GHB se multiplient en effet dans les soirées de nombreuses villes françaises. Cette drogue, inodore et insipide, a un goût légèrement salé ou de solvant mais il est facile à masquer lorsqu'on le verse dans un autre liquide. Une substance dont l'usage est interdit par la loi, sauf à des fins médicales. 

Des centaines de témoignages mais des preuves difficiles à rassembler

Destinée à la base à traiter des problèmes de sommeil, elle entraîne dès qu'elle est consommée par voie orale dans une boisson ou par piqûre un ralentissement du rythme cardiaque. Si la dose ingérée est trop importante, elle provoque malaises, pertes de mémoire, vomissements, sentiment d’absence, paralysie... De plus, cette drogue est encore plus dangereuse si elle est consommée en même temps que l'alcool, note le ministère de la Jeunesse.  

Sur les réseaux sociaux, les témoignages d'intoxications forcées affluent de la France entière, en grande majorité des femmes. Parti de Belgique, le mot-dièse #BalanceTonBar a déferlé sur la France. Des comptes Instagram du même nom ont essaimé dans plusieurs grandes villes, comme Paris, Lille, Toulouse, Nantes, Montpellier, Grenoble. 

Avec un scénario toujours similaire : une sortie entre amis, quelques verres, puis des vertiges, un trou noir, un réveil quelques heures plus tard sans aucun souvenir, mais parfois dans un endroit inconnu, sans savoir ce qu’il s’est passé. L'infirmière caennaise a partagé son expérience sur l'une de ces pages. "Faites attention à vous et à vos potes", appelle-t-elle.

Si Manon Leroux a échappé à une agression, ayant été mise à l'abri par ses amis comme beaucoup de victimes qui témoignent, ce n'est pas le cas de toutes les internautes. Sur ces comptes défilent aussi des centaines de témoignages de personnes se disant victimes d'agressions sexuelles, voire de viols, après avoir été droguées. "D’un coup, un monsieur m’a sorti de la boîte et m’a emmenée chez lui. Je me rappelle juste quand il a baissé son pantalon", raconte un de ces témoignages. 

Certaines sont même prises au piège en groupe. "On s’est réveillées avec ma pote (...), on était chez un inconnu et n’avait plus nos pantalons", est-il écrit dans un autre.

Mais la difficulté pour ces plaignantes reste de pouvoir prouver ce qu'elles ont subi : moins d'une personne sur dix porte plainte. Elle aussi victime, Emanouela Todorova, fondatrice du compte Instagram "Dis Bonjour Sale Pute, stop au sexisme" (recensant des témoignages de harcèlement sexuel), a recueilli plus de 200 témoignages. "Le gros problème avec le test du GHB, c’est que cela reste entre 6 à 12 heures seulement dans le sang et les urines", détaille-t-elle. "La plupart du temps, quand la victime se réveille, ce délai est passé. Les tests ne donneront alors probablement rien, c’est difficile d’aller porter plainte après."

Si aucune donnée n'existe pour évaluer le phénomène au global, des enquêtes sont tout de même en cours dans plusieurs villes, comme à Paris, où onze plaintes pour "administration de substances nuisibles" ont été déposées selon le parquet. En cinq ans, les douanes par ailleurs disent avoir multiplié par vingt leurs saisies de GHB. 

Certains établissements se mobilisent pour protéger les clients

De nombreuses victimes épinglent aussi la responsabilité des bars et boîtes de nuit : les comptes Balance Ton Bar recensent des centaines de témoignages dans ce sens, qui accusent patrons et serveurs de fermer les yeux sur ces agissements, ou même d'entre être eux-mêmes les auteurs. Un phénomène également décrié à l'étranger. Au Royaume-Uni, un appel au boycott des bars et des boites de nuit a été lancé dans 45 villes au cours de la fin octobre.

"On doit mieux former les personnes, on doit mieux repérer cette drogue, c'est certain. On doit aussi fermer les établissements qui après moult rappels et moult faits ne font pas la police dans leur établissement", a indiqué le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin lors du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro, le dimanche 12 décembre. "Mais je ne veux pas rejeter la faute sur eux", a-t-il poursuivi. "Les services de police et de gendarmeries doivent mieux travailler, en amont, avec les professionnels. D'ici la fin du mois de janvier, nous aurons propositions très prochainement." 

Pour rassurer les clients, certains bars tentent déjà de limiter ce fléau en proposant un capuchon de verre en plastique, avec un trou pour glisser une paille. Pour un groupe d’amies, qui se retrouve dans un bar lillois, c’est désormais le seul moyen de se sentir en sécurité. "C’est vraiment triste de devoir protéger son verre pour passer une bonne soirée et être sûre de rentrer saine et sauve le soir chez soi", s’irrite l’une d’elle. D'autant que l'achat de ce couvercle est parfois à la charge du client.

Une substance accessible en quelques clics sur Internet

Ceux qui versent du GHB dans les verres sont rarement pris sur le fait. Mais ils encourent une peine de cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. De plus, selon la loi contre les violences sexuelles et sexistes de 2018, l’usage de drogue lors d’un viol ou d’une agression sexuelle est une circonstance aggravante. 

Mais où ces agresseurs se munissent-ils de doses ? Si cette drogue est aussi répandue actuellement, c’est qu’on la trouve facilement sur Internet. Un flacon de nettoyant pour jantes de voiture par exemple, un dérivé du GHB, peut être livrable en 48 heures. Ce qui coûte beaucoup moins cher que de l’ecstasy ou de la cocaïne. "50 euros pour un demi-litre, ça me tient un mois", contre 400 à 500 euros pour de l’ectasy, confie Pierre, un consommateur, dans l'enquête du 20H de TF1. "Tout le monde peut l’acheter". 

Le jeune homme revend aussi une partie de ses stocks. "Ça part comme des petits pains", glisse-t-il, déclarant ne pas connaître tous les acteurs de son produit. Autant de doses qui peuvent finir entre des mains malintentionnées.


La rédaction de LCI | Reportage J. Cressens, R. Reverdy, M.H. Astraudo

Tout
TF1 Info