Le 20h

VIDÉO - "Un mois que je ne peux pas sortir" : pourquoi ces pannes à répétition dans le parc d'ascenseurs français ?

M.L | Reportage TF1 Gwenaëlle Bellec et Régis Roiné
Publié le 13 octobre 2022 à 18h47
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Les ascenseurs des immeubles tombent fréquemment en panne.
En Île-de-France par exemple, un ascenseur s'immobilise en moyenne dix fois par an.
Lorsque les réparations tardent, la vie quotidienne se complique vite, surtout pour les personnes âgées et handicapées.

Dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux, près de Lyon, les tours s'étirent sur quinze étages. Mais presque tous les ascenseurs tombent en panne les uns après les autres, pour quelques jours ou même plusieurs semaines. Livrés à eux-mêmes, les habitants s'en remettent à la débrouille et à la solidarité, par exemple pour porter dans les escaliers une personne handicapée ou encore une dame âgée.

"Vers 21h30-22h, j'ai vu que cette mamie était encore là dans le hall, assise sur une chaise, au bout de quatre heures", raconte dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article l'un des résidents du quartier. Les pannes sont tellement fréquentes que "monter jusqu'au treizième étage parce que l'ascenseur ne fonctionne pas, pour eux, c'est tout à fait normal", commente-t-il. Quant au numéro de dépannage, "on ne l'appelle même plus, ça ne sert même plus à rien". Lors du tournage du reportage, l'un des deux ascenseurs de la tour était en panne. L'équipe de TF1 a cherché à contacter le service de maintenance : la demande a été transférée à un technicien, mais personne ne l'a jamais recontactée. 

Un parc d'ascenseurs veillissant

Pour les centaines d'habitants de l'immeuble, il faut attendre au moins dix minutes pour emprunter le seul élévateur qui fonctionne. Mais une fois à l'intérieur, vous n'êtes même pas toujours garanti d'arriver au palier souhaité : "Les personnes qui veulent monter au huitième étage sont obligées de monter au neuvième, puis redescendre, même les papis et les mamies", décrit une résidente, pointant des boutons manquants sur la paroi de l'ascenseur. 

Dans le quartier, toutes les tours sont concernées. Une situation éreintante pour les parents qui ont plusieurs enfants, comme pour une femme enceinte de huit mois, qui monte au huitième avec son jeune fils, un sac de courses à la main. Mais ce jour-là, coup de chance, l'ascenseur est en marche. "Aujourd'hui, apparemment ça fonctionne, mais dans la journée, on ne sait pas, on ne sait jamais", avance-t-elle.

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D'après l'association "Exigence Ascenseurs", regroupant plusieurs bailleurs sociaux d'Île-de-France, un élévateur tombe en moyenne dix fois en panne par an, et reste en général immobilisé quatre jours complets. Mais pourquoi ces arrêts à répétition ? Le parc français compte 620.000 ascenseurs, mais nombre d'entre eux sont vieillissants : la moitié a plus de 25 ans, le quart plus de 40 ans. Les logements sociaux sont souvent les victimes de ces pannes, puisque les contrats y sont jusqu'à deux fois moins lucratifs qu'ailleurs, et incitent donc moins à résoudre rapidement le problème, note RTL

Des pièces nécessaires à la réparation manquent à l'appel

Interrogés, les bailleurs sociaux ont refusé de rencontrer l'équipe de TF1, sauf Actis. À Grenoble, dans un immeuble récent géré par la société, l'unique élévateur est en panne depuis cinq semaines. Ce que le groupe explique par des soucis de commandes. "Il faut remplacer le câble, donc il en faut un nouveau. Mais on a de vraies difficultés à l'obtenir. Il a été trouvé en Suisse, mais c'est un peu compliqué, puisqu'elle ne fait pas partie de l'Europe", soulève Pierre Payrard, directeur développement du groupe. Il est alors impossible de savoir quand l'ascensoriste pourra réparer l'installation. 

"Cela fait un mois que je ne peux pas sortir, que je ne peux pas descendre ni remonter, à cause des pathologies dont je souffre", confie Géraldine, qui habite au cinquième étage. "Je reçois mes enfants essentiellement, qui viennent me voir, me descendre les poubelles, m'aider un petit peu. Mais sinon, je ne vois plus personne, donc c'est vraiment très dur à vivre", poursuit-elle. 

"Je travaille, et malgré mon handicap, j'aime la vie. L'ascenseur, quand il est en panne, me renvoie à mon handicap"

Galia, résidente handicapée

Le bailleur est toutefois l'un des seuls qui, malgré tout, tente d'investir dans des pièces détachées. "On a acheté des pièces par avance, celles qui tombent le plus souvent en panne, ce qui permet de raccourcir de manière très importante le délai de réparation", assure Pierre Payrard. Mais le câble nécessaire à la remise en marche manque encore à l'appel.

Ces pannes touchent la plupart des communes françaises, et pèsent particulièrement sur les personnes handicapées. Parmi elles, Galia, une femme en fauteuil roulant, qui fait partie d'un collectif qui a remis un rapport d'enquête, qui appelle à notamment à "réduire les délais" de traitement des arrêts. La résidente veut mettre fin aux "ascenseurs-prison", comme elle les appelle. "Je travaille, et malgré mon handicap, j'aime la vie. L'ascenseur, quand il est en panne, me renvoie à mon handicap", fustige-t-elle. L'agglomération a été saisie, des discussions sont en cours, sans déboucher pour l'heure sur du concret. L'ascenseur est pourtant considéré comme le premier moyen de transport en France, avec 100 millions de trajets par an.


M.L | Reportage TF1 Gwenaëlle Bellec et Régis Roiné

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