L'offre est plus qu'alléchante : des revenus mensuels à cinq chiffres obtenus depuis chez soi, grâce à Internet.
De plus en plus de propositions de ce type se multiplient sur les réseaux sociaux et promettent à des jeunes internautes une vie de rêve.
Mais derrière ces paillettes, se cache un business à la limite de l'escroquerie.

"Vous passez du temps sur les réseaux sociaux ? Et si vous étiez payés pour le faire ?" Ce type de message envahit les réseaux sociaux : des offres d'emploi alléchantes et la promesse d'une vie de rêve, des propositions plus séduisantes les unes que les autres, qui défilent sur des vignettes colorées. Mais derrière ces messages accrocheurs, se dissimulent de véritables arnaques.

"Que tu sois mère au foyer, chômeur, entrepreneur, peu importe ta motivation, ton envie ou ton objectif, nous avons une solution pour toi", lancent ainsi deux femmes dans une vidéo amateure, relayée dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. "Qui ne rêverait pas, aujourd'hui, de générer plusieurs centaines d'euros de commission chaque jour avec Internet ? Ou plus précisément, avec un téléphone portable ?", alpague un autre.

Un jeune homme s'est laissé convaincre par l'une de ces annonces, avant de réaliser qu'il avait été piégé et y avait laissé beaucoup d'argent. Encore traumatisé par cette mésaventure, il témoigne à visage couvert dans le reportage. "Le message était très aguicheur, me promettait de me rendre riche. J'ai perdu tout l'argent que j'avais investi, environ 1200 euros, et surtout, j'ai perdu une année, parce que j'avais décidé d'arrêter mes études", raconte-t-il. 

Missionné pour vendre des formations en ligne, il devait aussi recruter de nouveaux vendeurs, sur le mode d'une technique légale : un système nommé Multi Level Marketing (MLM), dans lequel les membres forment d'autres vendeurs, puis touchent des commissions sur les ventes de leurs filleuls. Il est directement inspiré de la vente à domicile, qui existe depuis longtemps, pour laquelle l'embauche se fait par parrainage. Mais ce fonctionnement peut être dévoyé : des sociétés mettent sur pied des pyramides de Ponzi, du nom d'un escroc italien du début du XXe siècle. 

"Si tu veux un revenu un peu plus gros, il va falloir que tu recrutes"

Dans ce système, le seul but est de recruter de nouveaux membres pour payer les anciens : le premier commanditaire, à l'origine du dispositif, rémunère les premiers investisseurs, qui lui ont acheté des produits de placement, grâce aux fonds versés par les nouveaux arrivants. L'argent investi par les nouvelles recrues revient donc aux poches des plus anciens investisseurs. Ce mécanisme en vase clos se grippe dès lors que la chaîne de recrutement s'arrête : il n'y a soudainement plus de nouvelle mise, car plus de nouveaux membres, et la pyramide s'effondre. Seules les personnes placées au sommet se sont alors enrichies, tandis que les autres ont perdu de l'argent.

Cette escroquerie bien connue prolifère aujourd'hui sur Internet et les réseaux sociaux. Pour découvrir le mode de fonctionnement de ces organisations obscures, la journaliste de TF1 Léa Kebdani s'est fait passer pour une potentielle nouvelle recrue en postant un message sur un groupe de MLM sur Facebook, une publication qui reçoit en 24 heures à peine plus de 140 réponses. "Je vous propose un revenu mensuel à vie", lance notamment l'un des internautes, parmi des dizaines de sollicitations similaires. 

Elle se laisse alors approcher par deux sociétés, dont le discours laisse entrevoir quelques éléments troublants. "Si tu veux un revenu un peu plus gros, il va falloir que tu recrutes", explique une femme, qui contacte la journaliste par téléphone. Aucun contrat n'est à signer : "Le fait d'acheter ta mallette, cela te permet de devenir consultante, et tant que tu ne le déclares pas, c'est comme si tu travaillais un peu au black", explique-t-elle. Aucune cotisation n'est donc possible. "Je pense que tu n'auras peut-être même pas besoin de retraite, je suis assez optimiste parce que je sais la puissance du projet sur les dix ans à venir", tente de rassurer une autre recruteuse. 

Achetée 104 euros par la journaliste, cette mallette se présente comme un kit de démarrage qui comprend des échantillons de parfums inspirés de grandes marques. La nouvelle recrue doit désormais trouver des acheteurs, mais surtout partir à la recherche de nouveaux vendeurs. Mais que valent ces flacons de parfum en eux-mêmes ? "Il y a un côté caoutchouteux et brûlé, ça sent la base de Schiff. Autrement dit, c'est l'odeur des toilettes", étrille Sabine Raynal, enseignante en parfumerie à l'Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l'aromatique alimentaire (ISIPCA). 

"On ne peut pas utiliser comme argument de vente l'affirmation que ce sont des parfums inspirés de (véritables marques, ndlr). C'est malhonnête, c'est tromper le consommateur", poursuit la spécialiste. Des produits de qualité médiocre, donc, couplés à des méthodes de recrutement douteuses : ces pratiques sont dans le collimateur de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, qui a vu le nombre d'arnaques augmenter ces derniers mois. 

"Très souvent, les fraudeurs utilisent les réseaux sociaux comme un moyen pour accéder à des publics vulnérables, en particulier les jeunes", analyse Romain Rousseul, directeur de cabinet auprès de l'institution. "Ils infiltrent ces réseaux à l'aide d'influenceurs, dans certains cas, pour leur faire miroiter monts et merveilles, alors qu'ils sont en réalité dans l'illégalité." Il faut en effet être particulièrement vigilant : une participation, même involontaire, à ce type d'arnaque est passible de poursuites. Les commanditaires risquent quant à eux 300.000 euros d'amendes et deux ans d'emprisonnement.


La rédaction de TF1info | Reportage TF1 Léa Kebdani et Florian Le Goïc

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