Le 20h

VIDÉO - Carte Vitale biométrique : à quoi pourrait ressembler le dispositif ?

M.G | Reportage TF1 Jean-Marie Bagayoko, Adam Mersi Bakchich
Publié le 5 août 2022 à 11h02
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

La carte Vitale va devenir biométrique, un peu comme le passeport ou la carte d'identité.
La mesure a été définitivement adoptée ce jeudi par le Parlement, dans le cadre du projet de budget rectificatif pour 2022.
En quoi consiste ce nouveau dispositif ?

Dans les cartons depuis une dizaine d'années, le principe d'une carte Vitale biométrique a été validée jeudi 4 août par le Parlement. La mesure a été entérinée dans le cadre du projet de budget rectificatif pour 2022. L'objectif est de lutter contre la fraude, qui s'élèverait à plusieurs milliards d'euros (les chiffres et estimations diffèrent). "Bien sûr que c'est une bonne idée. Ça va empêcher le trafic", se réjouit un passant au micro de TF1, dans le reportage en tête de cet article. "Les anciennes, n'importe qui peut s'en servir", tance un autre. 

La couleur de cet outil ne changera pas, et sa forme ne subira pas de réelle révolution. Mais plusieurs changements de taille sont malgré tout à prévoir. 

Une puce intégrée

Ce nouveau mécanisme se distingue par sa puce biométrique intégrée. Celle-ci permettrait d'établir un lien infalsifiable entre la carte et son détenteur, et ainsi permettre aux professionnels de santé de vérifier que la carte Vitale n'est ni fausse, ni volée, ni prêtée. Ladite puce contiendra un paramètre relatif aux caractéristiques physiques de l'assuré, à commencer par les empreintes digitales. Elle donnera également accès au dossier médical partagé du patient, un espace de stockage sécurisé des données personnelles médicales (ordonnances, comptes rendus d'hospitalisation...). 

Un lancement dès l'automne 2022

Les sénateurs ont adopté (par 242 voix contre 95) un amendement de Philippe Mouiller (LR) prévoyant "les premiers crédits permettant de lancer dès l'automne 2022 le chantier de la mise en place d'une carte Vitale biométrique". La chambre haute a débloqué une enveloppe de 20 millions d'euros pour la déployer. 

Une lourde logistique

Un tel changement ne se fait pas d'un simple claquement de doigts. Dans un rapport de la commission des Affaires sociales de 2019, la sénatrice LR Catherine Deroche avait ainsi prévenu que l'attribution d'une carte Vitale biométrique à l'ensemble des bénéficiaires des prestations d'assurance maladie "représenterait un coût important", aussi bien en temps qu'en argent. 

Sur la base d'un renouvellement moyen de 3,6 millions de cartes par an, la Caisse nationale d'Assurance maladie a jugé que l'actualisation intégrale pourrait prendre vingt ans. De même, les frais de fabrication d'une carte Vitale biométrique pourraient s'élever à 15 euros, contre 4,40 euros pour une carte Vitale classique, soit un coût total de 900 millions d'euros.

Par ailleurs, des questions demeurent autour de la puce digitalisée. "Il y a deux options : l'empreinte digitale est comprise dans la carte vitale ou alors, il faut créer un fichier des empreintes digitales. Ce serait un fichier très lourd à faire. Il faudra alors que l'on donne tous nos empreintes", met en avant Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats des pharmaciens d'officine (USPO). 

De leur côté, les professionnels de santé vont également devoir acheter des équipements complémentaires, notamment des lecteurs d'empreintes digitales. Rien que dans les pharmacies, plus de 100.000 appareils seront nécessaires. 

Un mécanisme qui divise

Pour l'heure, l'instauration d'une carte Vitale biométrique est loin de faire l'unanimité, notamment du côté d'une partie des professionnels de santé. "Le Sénat gaspille 20 millions pour une mesure inutile et passéiste qui peut faire perdre du temps médical", s'est insurgé Philippe Besset, président de la Fédération des pharmaciens d'officine, sur les réseaux sociaux. "C’est de l’affichage politique", abonde Agnès Giannotti, présidente de MG France, premier syndicat de médecins généralistes. "La fraude sociale est souvent mise au premier plan alors que l’essentiel du problème n’est pas là, il est dans le ciblage de la pertinence des dépenses de santé. Cela va embêter tout le monde avec un gain totalement marginal par rapport aux dépenses de santé", ajoute-t-elle. 

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De nombreux points encore en suspens

Pour ne rien arranger, plusieurs zones d'ombre demeurent autour de ce dispositif. Cette carte biométrique sera-t-elle obligatoire ? Quelle sera la protection des données personnelles ? En cas de doute sur un patient, les médecins ou les pharmaciens pourront-ils lui réclamer, sans condition, de s'authentifier avec ses empreintes digitales ? Quid des potentielles personnes qui refuseraient la carte biométrique ? Autant de questions sur lesquelles vont devoir plancher les autorités avant d'officiellement lancer cette carte Vitale d'un nouveau genre. 


M.G | Reportage TF1 Jean-Marie Bagayoko, Adam Mersi Bakchich

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