Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

"On l’a en travers de la gorge" : la grande désillusion des fabricants de masques français

Maxence GEVIN
Publié le 23 septembre 2021 à 10h37
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

COVID-19 - Au plus fort de la pandémie, le gouvernement avait appelé à relocaliser en France la fabrication des masques. Des industriels ont joué le jeu et investi pour en produire des millions. Mais la filière rencontre de graves difficultés aujourd'hui.

La douche froide. Mobilisées en 2020 pour faire à la pénurie de masques, des firmes françaises connaissent aujourd'hui de graves difficultés. La marchandise peine à s'écouler et les stocks invendus ne cessent de gonfler. Dans l'usine "Coop des masques" en Bretagne, les cartons s'accumulent, la trésorerie tourne à vide.  "On l’a un peu en travers de la gorge. Il y a des sociétaires qui nous ont bousculé, qui nous ont dit 'allez plus vite'. Et puis une fois qu’on a été prêts, en fin de compte, il n’y avait plus de besoin", pointe le directeur général, Patrick Guillemot, acide, dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article. 

Lancée au plus fort de la pandémie, cette production 100% française voit ses clients lui tourner le dos. Hôpitaux ou collectivités optent pour la concurrence chinoise. Selon le syndicat du secteur, plus de 95 % des masques achetés viennent aujourd'hui d'Asie. "S'il n'y a pas de changement dans les appels d'offre publics, nous allons devoir arrêter les lignes de production par manque de débouchés", affirme le syndicat des Fabricants français de masques (F2M), qui regroupe la moitié de la trentaine de sociétés qui se sont mises à fabriquer dans l'urgence des masques chirurgicaux ou FFP2 au début de la crise sanitaire. "Si la production française n'est pas soutenue, que se passera-t-il en cas de nouvelle maladie infectieuse à risque épidémique ?", s'interroge-t-il encore auprès de l'AFP. 

Des prix bien plus élevés que la concurrence étrangère

Chez les producteurs, en tout cas, la pilule ne passe pas. "Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les entreprises vont se ravitailler ailleurs alors qu'elles ont une production juste à côté de chez elles. Pour moi on n’est pas soutenus par les autres entreprises qui travaillent en Bretagne, surtout ici à Guingamp", se désole auprès de TF1 Nourdine Boutaleb, conducteur de ligne à l’usine "Coop des masques". Premier élément d'explication, les producteurs asiatiques sont près de cinq fois moins chers que leurs homologues tricolores (environ 1,20 € la boîte de 50 masques contre 7 €  pour la coopérative locale). 

Les masques français sont bien plus chers que ceux produits par la concurrence étrangère. - TF1

Conséquence directe, la chaîne de production tourne au ralenti. Plusieurs ouvriers ont dû changer de métier pour aider à écouler les stocks. "On a décidé de se serrer les coudes, quitte à, s’il le faut, changer de fonction un certain temps", confirme Tristan Lozach, conducteur de ligne dans l'usine française locale. "Je me sens abandonné par l’État. Le gouvernement a appelé à relocaliser les entreprises. Plusieurs firmes ont répondu à cette demande et aujourd’hui il n’y a aucune stratégie de préférence nationale pour préserver des points stratégiques comme les nôtres", fustige-t-il. 

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Lors de sa création en 2020, la firme avait vu large. De nouvelles machines devaient venir renforcer la production. Elles n’ont finalement pas encore été déballées.


Maxence GEVIN

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