Forts de leur pétition qui avait recueilli plus de 372.000 signatures, l'association Foodwatch, la Ligue contre le cancer et l'application Yuka réclament l'interdiction des nitrites.
Une proposition de loi en ce sens avait été adoptée en première lecture le 3 février 2022 par l'Assemblée avec des modifications la vidant en partie de son contenu.

Jambon avec ou sans nitrite, nous vous avons laissé le choix. "Pour moi, le jambon sans nitrite n'est pas bon parce qu'il a une couleur [grisâtre] qui n'est pas appétissante du tout", accuse la cliente d'une grande surface. Pourtant, c'est le jambon rose, contenant du sel nitrité, qui est jugé mauvais pour la santé. 

Mais dans le rayon de ce supermarché, les consommateurs ont du mal à changer leurs habitudes. Autre critère de choix, le coût. Pour certaines marques, la différence de prix au kilo peut varier de plus de dix euros. Les gammes sans nitrites sont plus chères. "Là, pour quatre tranches, elles sont à trois euros et, pour le même prix, celles avec nitrites, j'en ai huit. Donc comme on est nombreux à la maison, on est obligé de faire un choix", illustre une autre cliente.

Si certains  consommateurs se mettent au "sans nitrites", cela reste insuffisant pour l'organisation Foodwatch. En juillet 2022, l’agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire (Anses) avait confirmé le lien entre risque de cancer et exposition aux additifs nitrés, préconisant de "réduire l’exposition de la population par des mesures volontaristes". Avec la Ligue contre le cancer et Yuka, une application qui note les produits en fonction de leurs qualités nutritionnelles, Foodwatch réactive une pétition dans le cadre d’une "campagne pour l’interdiction des additifs nitrés"

"Le gouvernement doit interdire les nitrites dans l’alimentation"

Selon eux, le gouvernement doit agir. "Le lien entre les additifs à base de nitrite et de nitrate, et les risques pour des cancers, sont largement démontrés par les scientifiques. Donc, ce qu'on attend aujourd'hui, c'est que le gouvernement décide de les interdire dans l'alimentation", explique Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch France.

Le 3 février 2022, l’Assemblée nationale, quasi unanime, avait voté le principe d’une "trajectoire de baisse" des doses maximales d’additifs nitrés dans la charcuterie, mais sans aller vers une interdiction de ces conservateurs controversés. La proposition de loi prévoyait initialement une interdiction par étapes de ces additifs nitrés d’ici 2025. Mais elle a été réécrite en commission, sous la houlette du ministre de l’Agriculture de l’époque, Julien Denormandie, qui avait souhaité avancer avec "méthode" et donc ne plus les interdire totalement. 

Mais que pensent les professionnels d’une éventuelle interdiction ? Nicolas Mansanet, charcutier, nous l'assure, il n'aurait aucune difficulté à fabriquer exclusivement du jambon sans nitrite. "Je fais beaucoup de jambon sans nitrite. J'en vends de plus en plus et les gens m'en demandent", affirme-t-il. Historiquement, les charcutiers recourent aux composants nitrés pour allonger la durée de conservation de leurs produits et prévenir le développement de bactéries pathogènes à l’origine notamment du botulisme, une affection neurologique grave largement oubliée du fait des progrès sanitaires. Ce sont aussi ces composants qui donnent sa couleur rose au jambon, naturellement gris. 


L.T. | Reportage TF1 : Alice Bacot, Laura Garcia

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