L’origine de la violence en Nouvelle-Calédonie, c’est le dégel du corps électoral.
Les Kanaks craignent de devenir minoritaires dans l'archipel dont ils sont pourtant les autochtones.
De l’autre côté, il y a les Caldoches, les descendants de Français arrivés pour certains il y a plus de 150 ans.

Un petit air d’Écosse au milieu du Pacifique. C'est sans doute ce qui a poussé le légendaire capitaine Cook à baptiser cet archipel du nom de "New Caledonia", lors de son exploration en 1774, du nom latin de ce qui est aujourd'hui l'Écosse. Voilà où les Français ont hissé leur drapeau en 1853. 

Car à l’époque, la France nourrit une idée très précise : cet ensemble d'îles du Pacifique Sud devra devenir une colonie de peuplement d'un genre particulier. À 20.000 kilomètres de la métropole, les premiers colons sont des bagnards déplacés de Guyane, et quelques colons libres qu’on incite à cultiver la terre. Une population qu’on va très vite appeler les Caldoches, en opposition directe avec les Kanaks, les tribus autochtones qui peuplent l’île depuis 3.000 ans, et qu’on déloge sans ménagement.

Réserves indigènes

"La conclusion de cela a été de créer des réserves indigènes", explique Isabelle Merle dans le reportage de TF1 en tête de cet article. Une pratique inédite dans l'empire colonial français, souligne la chercheuse au CNRS, "qui rappelle les réserves américaines". Repoussés sans cesse par les colonies occidentales, les Kanaks finissent parqués sur seulement 8% du territoire. Intenable après-guerre, l’archipel devient un territoire d’outre-mer, et les Kanaks des citoyens avec le droit de vote. 

Des Kanaks mis en minorité

En 1972, le Premier ministre français Pierre Messmer en appelle à relancer la colonisation. Avec le boum du nickel dont son sous-sol est riche, la Nouvelle-Calédonie enregistre 35.000 nouveaux arrivants, de quoi perturber le fragile équilibre qui prévalait. "Pour la première fois, les Kanaks deviennent minoritaires chez eux, ne représentant plus que 40% de la population", rappelle l'anthropologue Benoît Trépied au micro de TF1. 

Inquiets, les Kanaks lancent alors le FLNKS, le mouvement indépendantiste et très vite, le dialogue se crispe. "Une période de quasi-guerre civile qui atteindra son point culminant en 1988, avec l'assaut de la grotte d'Ouvéa", raconte le journaliste Patrick Roger. Une opération pour libérer des otages, qui se solde par la mort de douze indépendantistes et deux gendarmes. Les adversaires sont poussés au dialogue, et permettront d'aboutir aux accords de Matignon en 1988, puis à ceux de Nouméa dix ans plus tard. 

Pendant trente ans, la Nouvelle-Calédonie s'est offert une période de calme, qui s'est achevée avec l'arrivée de la réforme constitutionnelle à l'Assemblée nationale le 13 mai dernier. Celle-ci comporte le projet d'un dégel du corps électoral néo-calédonien, qui risquerait de mettre à nouveau les Kanaks en minorité.


La rédaction de TF1info | Vidéo : F. Leenknegt, P. Marcellin, F. Maillard

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