"On ne peut pas s'en débarrasser" : les campagnols, cauchemar pour les agriculteurs

par Fanny ROCHER F.R | Reportage TF1 Nathalie Chiesa et Emmanuel Sarre
Publié le 18 février 2023 à 8h00

Source : JT 20h WE

En Corrèze, les campagnols, ou rats taupiers pullulent.
En s'attaquant aux racines des arbres, ils tuent les cultures.
Pour tenter de s'en débarrasser, les agriculteurs imaginent des solutions.

"J'en ai attrapé plus d'une centaine par jour". En Corrèze, David Henocq, pomiculteur, se bat chaque jour contre le campagnol, aussi appelé rat taupier, qui ravage ses cultures. Dans ses 30 hectares de vergers, ces petits rongeurs pullulent, creusent des galeries, et rongent les racines, tuant les arbres. Long d'une vingtaine de centimètres, pesant entre 100 et 300 grammes, le rat taupier mange chaque jour son poids en racines, et laisse sur son passage de petites mottes. L'herbe se raréfie, puis disparaît progressivement, jusqu'à ce que la terre recouvre totalement les pâtures.  

Un rat taupier peut vous détruire la moitié d'une parcelle
Lionel Lassoureuille, de la Perlim Coopérative Agricole

Chez David, les arbres, dont les racines ont été rongées, meurent après la première floraison. "On a peur, on surveille qu'ils n'arrivent pas. Les arbres ont très peu de racines, donc s'ils commencent à les manger maintenant, ils ne démarreront jamais", explique-t-il au micro du 20H de TF1 dans le reportage en tête de cet article.

La présence des rats taupiers est d'autant plus compliquée à gérer qu'elle est très difficile à endiguer. L'animal se reproduit rapidement avec une portée de quatre à huit petits par femelle tous les 21 jours. Ainsi, avec deux campagnols en mars, la population peut rapidement monter jusqu'à une centaine de rongeurs en octobre. "Ils mangent toutes les racines, donc les arbres finissent par mourir. Un arbre, ce n'est pas beaucoup, mais quand on a une grosse population de campagnols, ce sont beaucoup d'arbres qui meurent", détaille Olivier Gaillard, de la fédération régionale de défense contre les organismes naturels.

 Un phénomène qui constitue par conséquent un gros manque à gagner pour les agriculteurs. "Aujourd'hui, l'investissement, c'est 50.000 euros pour un hectare de verger. Un rat taupier peut vous détruire la moitié d'une parcelle, voire plus", déplore Lionel Lassoureuille, de la Perlim Coopérative Agricole.

Des éco-pièges pour tenter d'endiguer la prolifération des campagnols

Des solutions sont toutefois développées pour essayer d'endiguer cette prolifération. Un établissement et service d'aide par le travail (ESAT) a notamment imaginé un éco-piège, pour se débarrasser des rongeurs sans utiliser de produits. La petite cage rectangulaire est composée de deux grilles à chacune des extrémités. "Le rat rentre dans le piège en poussant la grille et se retrouve piégé au milieu. Il ne peut pas ressortir", illustre Frédéric Montezin, moniteur à l'ESAT Atelier Nature à Objat, en Corrèze. Piégé, le rat taupier est ensuite vulnérable aux prédateurs : "Les renards qui passent ou les chats sauvages le sentent et arrivent à lever le capot et mangent le rat".

Pour son ingéniosité, ce piège a été sélectionné pour le concours Lépine, une grande fierté pour son inventeur. "Si ça peut aider, c'est encore mieux", explique Nicolas Lafeuille, salarié de l'ESAT.

Dans son exploitation, David Henocq a déployé plusieurs de ces éco-pièges et a dû investir dans des grillages. Avec la certitude que le problème des campagnols va durer. "On ne peut pas s'en débarrasser. Ils l'ont depuis 30 ans dans le Cantal. Maintenant qu'on l'a, on va faire avec", déplore l'agriculteur.


Fanny ROCHER F.R | Reportage TF1 Nathalie Chiesa et Emmanuel Sarre

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