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VIDÉO - Paris sportifs : pourquoi l'addiction des jeunes joueurs inquiète de plus en plus

Léa Tintillier | Reportage TF1 Christophe Abel, Guillaume Vuitton
Publié le 27 novembre 2022 à 21h42
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Source : Sujet TF1 Info

De nombreuses personnes parient sur les matchs, notamment lors de la Coupe du Monde.
En 2018, la précédente édition avait généré près de 700 millions d’euros de paris sportifs.
Les joueurs sont parfois mineurs et certains deviennent accros aux jeux.

Trois amis, rencontrés par le 20H, attendaient la Coupe du Monde depuis des semaines. Et aujourd’hui, ils ne se contentent pas de la regarder. Tous les trois majeurs, ils vont parier sur le résultat, mais pas seulement : sur le nom des buteurs, sur un joueur blessé et ça, durant tout le match. "But de la tête, but sur coup-franc, pénalty… On peut tout parier", explique l’un d’eux. 

Et à la fin du match, ils ont tous les trois perdu de l’argent, mais ont du mal à le dire. "Tout ce qu’on perd, on est plus dans le déni. On va un peu oublier", affirme l’un d’eux qui a perdu 20 euros ce soir-là. Rien de grave, ils sont aujourd’hui raisonnables, mais reconnaissent avoir franchi les limites et joué bien avant leur majorité. 

Des mineurs qui peuvent jouer jusqu’à 100 euros par semaine

Ça n’a pas été difficile de trouver des mineurs, essentiellement des garçons, qui parient. Ils ont seize et 17 ans et jouent très régulièrement, jusqu’à 100 euros par semaine. "J’ai vu un ami qui a commencé à parier et qui gagnait de l’argent, donc j’ai commencé à le faire", déclare l’un des deux jeunes. "Je vais sur ‘créer un compte’, je mets mon prénom, mon nom de famille, ma date de naissance, mon adresse, mon adresse mail et puis voilà, c’est tout. On me demande ma carte d’identité juste quand je veux retirer de l’argent", ajoute l’autre jeune. 

Dans près de 70% des cas, les jeunes arrivent à obtenir une carte d’identité d’une personne majeure et le compte en banque associé, bien souvent dans leur entourage. Le contrôle des sites de paris sportifs s’arrête là. Vous pensant majeur, ils vont vous inciter à jouer toujours plus. "J’ai reçu une lettre, carrément une lettre physique, qui me disait ‘ça fait longtemps qu’on ne vous a pas vu sur ce site, voici 20 euros de freebet pour te relancer’", reprend le mineur. 

Les freebet sont des sommes offertes, contre l’assurance de vous voir rejouer. Forcément, ils craquent. "Je voulais miser sur l’équipe de Newcastle. Je me dis ‘allez non, je ne vais pas parier’ et finalement Newcastle gagne le match et là, je me dis ‘mais pourquoi je n’ai pas parié sur ce match’. C’est pour ça que c’est compliqué de dire stop", poursuit-il. 

Pour Thomas Gaon, psychologue spécialiste des jeux d’argent, il n’y a aucun doute : ce sont des signes d’addiction. "On parle d’addiction à partir du moment où vous ne pouvez pas arrêter. La deuxième chose, c’est que vous en souffrez. C’est-à-dire qu’il y a des dommages personnels, de l’angoisse, de la déprime, ou du dommage aux autres. Vous commencez à voler de l’argent à vos parents, à votre famille, à emprunter énormément, à commettre des délits, des petits délits au début pour commencer", explique-t-il. 

Encadrer les publicités des paris sportifs

Alors, pour tenter d’inverser cette spirale, l’Autorité nationale des jeux, le gendarme du jeu en France, lance juste avant la Coupe du Monde une campagne de prévention avec notamment un clip de rap. Pour la présidente de l’Autorité, il serait plus bénéfique d’encadrer les publicités des paris sportifs plutôt que de les interdire. "Nous avons voulu veiller à ce que ces publicités mettent moins en avant l’excitation liée au jeu", affirme Isabelle Falque-Pierrotin. 

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Elle a déjà réussi à faire retirer des publicités et des slogans dans différentes campagnes. Contactés, les sites de paris sportifs ont tous refusé nos demandes d’interview et nous renvoient vers des communiqués et des campagnes d’information. En 2018, la dernière Coupe du Monde avait généré près de 700 millions d’euros de paris sportifs. Un record qui pourrait être battu pour cette édition. 


Léa Tintillier | Reportage TF1 Christophe Abel, Guillaume Vuitton

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