Certificats de virginité : enquête sur une pratique en passe d'être interdite

La rédaction de LCI
Publié le 17 février 2021 à 0h19
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

DROITS DES FEMMES - Le projet de loi sur le séparatisme, appelé projet de loi confortant le respect des principes de la République, a été voté par les députés ce mardi 16 février. Parmi ses mesures, la pénalisation des "certificats de virginité".

C’est l’épilogue de deux semaines de denses débats. Ce mardi 16 février, l'Assemblée nationale a largement adopté le projet de loi contre le "séparatisme" islamiste, en première lecture par un vote solennel. Ce texte contient une batterie de mesures pour "conforter le respect des principes de la République", dont la pénalisation des certificats de virginité.

Le projet de loi interdit à tous les professionnels de santé d'établir ces papiers médicaux visant à prouver la virginité d'une femme. Une pratique prouvant la "pureté" de la jeune fille pour répondre aux exigences de certaines familles très conservatrices, attestant d'un "hymen intact, sans échancrure, ni rupture". Si elle perdure, ces professionnels risquent une peine de prison pouvant aller jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende. Toute forme de pression, venant souvent de l'entourage, pourra aussi être pénalisée d'un an de prison et 30.000 euros d'amende. Une peine qui atteint deux ans de prison et 60.000 euros d’amende lorsque la jeune femme a moins de 18 ans.

La France longtemps muette en raison de la rareté de cette pratique

En 2018, l'Organisation des Nations Unies pour les droits humains et les droits des femmes ainsi que l'Organisation Mondiale de la Santé avaient appelé à mettre fin à la délivrance de ces papiers, la décrivant comme "humiliante, douloureuse et traumatisante." En Europe, ce type de certificat existe aussi en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne et en Suède. Jusqu'à présent, la loi française était restée muette sur cette pratique pour la simple et bonne raison que cette exigence dans certains milieux traditionalistes demeure rare dans l'Hexagone.

Au sein du corps médical, cette pratique est rejetée en bloc. En 2003, le Conseil National de l'Ordre des Médecins appelait déjà à refuser un tel certificat. Du côté du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, même son de cloche. "Un certificat de virginité, ça n'a pas de sens. On ne le demande pas un homme, alors pourquoi le demander à une femme ?", argumente une gynécologue au micro de TF1. 

Si une jeune fille en est réduite à demander un bout de papier (...) c'est parce qu'elle est ligotée dans des pratiques communautaires

Ghada Hatem, gynécologue

Pour autant, certaines femmes estiment ne pas pouvoir faire sans. Léa, une jeune femme de 22 ans dont le prénom a été changé dans le reportage de TF1 en tête de cet article, fait partie de ces Françaises venues chercher ce papier à en-tête médical attestant de sa virginité et sécurisant son avenir : "Vu que je suis d’une famille qui pratique la religion, il n’était pas possible de ne pas être vierge", dit-elle, craignant que ses parents "(la) détestent, ne (l)’aiment plus, ne (la) considèrent plus comme leur fille, tout simplement". 

D'autres encore vont plus loin, à l'instar de cette jeune femme également rencontrée par TF1, venue demander une opération pour se faire recoudre l’hymen avant son mariage : "C’est important pour moi d’avoir l’hymen", confesse-t-elle, redoutant "un conflit" ou d'être "répudiée". Elle s'est rendue dans le cabinet du docteur Abraham, spécialisée en chirurgie plastique et esthétique, qui vient de recevoir "quatre patientes en une semaine" pour cette opération totalement légale qui coûte 2000 euros. 

"Si une jeune fille en est réduite à demander un bout de papier ou une intervention qui n'a aucun sens, c'est parce qu'elle est ligotée dans des pratiques communautaires dont elle n'a pas réussi à se débarrasser", répond de son côté la gynécologue Ghada Hatem. "Si on les pénalise, ces femmes vont hésiter à venir. Elles vont se dire qu'elles sont mal reçues et que la secrétaire va les renvoyer", anticipe-t-elle. 

Ce n'est alors qu'en ultime recours que Ghada Hatem accepte de fournir des certificats de virginité aux jeunes femmes. Lors de ses consultations, le docteur prend le temps d'expliquer la portée et la signification d'une telle pratique à ses patientes. Et parfois, le dialogue marche. Ce qui s'est passé pour Léa, que nos équipes ont retrouvée après un rendez-vous avec la gynécologue : "Elle m’a dit que ça ne concernait que ma culture, que les hommes ne cherchent pas tous une femme vierge et que la plupart des gens se marient par amour", confie celle qui a finalement renoncé au certificat et à l'opération.


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