Dans la nuit de lundi à mardi en Nouvelle-Calédonie, des commerces ont été pillés, des voitures incendiées et des affrontements violents ont éclaté avec la police.
Une situation extrêmement tendue, attisée par un projet de révision constitutionnelle, qui a conduit les autorités à envoyer des forces de l'ordre en renfort.
TF1 a recueilli des témoignages d'habitants.

Des carcasses de voitures et des débris calcinés, des commerces saccagés et pillés... Les images diffusées dans le reportage du JT de TF1 ci-dessus témoignent de l’extrême violence des émeutes qui ont émaillé la nuit de lundi à mardi en Nouvelle-Calédonie, alors que l'Assemblée nationale examine à Paris une révision constitutionnelle décriée par le camp des indépendantistes.

Selon un dernier bilan fourni par les autorités locales, au moins 54 policiers et gendarmes ont été blessés ces deux derniers jours, tandis que 82 personnes ont été interpellées parmi les émeutiers. Les pompiers de Nouméa ont déclaré avoir reçu près de 1500 appels pendant la nuit et être intervenus sur environ 200 feux. Une trentaine de commerces, usines et entreprises ont été incendiés, selon une organisation patronale citée par l’AFP. 

Les premières tensions entre manifestants et forces de l'ordre ont commencé dans la journée de lundi, en marge d'une mobilisation indépendantiste contre la réforme constitutionnelle. Actuellement, seules les personnes vivant en Nouvelle-Calédonie depuis au moins vingt-six ans peuvent voter sur l’île. Le texte prévoit d’élargir le droit de vote aux habitants qui vivent en Nouvelle-Calédonie depuis au moins dix ans. 

C’est une ambiance assez perturbante. C’est flippant
Clémence, une habitante de Nouméa.

Andy, un habitant de Nouméa qui témoigne dans le reportage en tête de cet article (il l'a également fait plus en longueur sur LCI), est resté calfeutré chez lui. Tout au long de la nuit, des tirs ont retenti autour de son domicile. "Je me suis couché sur les coups de 01h30-2 heures du matin, et j’entendais encore les détonations à l’extérieur à peu près toutes les 15 à 20 minutes. La nuit a été très courte et surtout très anxiogène", déclare le jeune homme.

Clémence, une autre habitante de Nouméa, décrit une ambiance apocalyptique dans la vidéo ci-dessous. "On a des grosses usines qui brûlent au loin (...). C’est une ambiance assez perturbante. C’est flippant !", raconte la jeune femme, qui a rejoint son domicile avec ses enfants. "Des barricades ont été installées à l’entrée de notre quartier (...). Le quartier en dessous de chez nous a commencé à être dévalisé. J’ai des amis dont le cabinet médical a complètement brûlé et d’autres ont des maisons qui ont brûlé".

Des habitants se barricadent : la peur des prochaines heuresSource : JT 13h Semaine

Mais pour les indépendantistes, la réforme constitutionnelle du gouvernement n’est pas acceptable. Selon eux, elle risque de minoriser encore plus le peuple autochtone kanak. "Je ne comprends pas pourquoi on devrait laisser d’autres personnes décider à notre place", soutient Pricilla, une habitante de Thio interrogée face à notre caméra. 

Andy, de son côté, est né en Nouvelle-Calédonie et n’est pas donc concerné par cette révision constitutionnelle. Le jeune homme se dit néanmoins favorable à cette évolution. "De nombreuses personnes qui vivent ici depuis très longtemps, qui ont fait leur vie en Nouvelle-Calédonie [et] qui ont eu des enfants, sont dans l’incapacité de pouvoir voter, malgré leur implication dans la société calédonienne. Il y a aussi de nombreux mélanésiens et mélanésiennes qui ne peuvent pas voter", a-t-il souligné  sur LCI.

Un couvre-feu et des forces de l'ordre en renfort

Les autorités locales ne cachent leur inquiétude face à la violence des émeutiers. "Ils extraient des personnes âgées de leurs maisons pour les incendier. Vous voyez à quoi nous avons affaire", souligne au micro de TF1 Louis Le Franc, le Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, représentant de l'État sur l’île. "Ils effectuent des tirs tendus avec des carabines de grande chasse à gros calibre. Et ils le font avec détermination et une violence absolument incroyable", ajoute-t-il.

Pour ramener le calme sur l’île, les autorités ont annoncé l’instauration d’un couvre-feu à 18 heures. Actuellement, sept escadrons de gendarmerie sont sur place, contre trois à quatre en temps normal. Dans la crainte d'un enlisement, des éléments du GIGN, du RAID, son équivalent pour la police, quatre escadrons de gendarmes mobiles et deux sections de la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, ont été mobilisés.

Les écoles, collèges et lycées restent fermés jusqu'à nouvel ordre, tout comme l'aéroport de Nouméa. De son côté, le président de l'Union calédonienne (indépendantiste) Daniel Goa a demandé à la jeunesse de "rentrer chez elle" et a condamné pillages et exactions. "Les troubles de ces 24 dernières heures révèlent la détermination de nos jeunes de ne plus se laisser faire par la France", a-t-il commenté. 


M.D. | Reportage : Sophie Chevallereau et Ignacio Bornacin

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info