Le 20h

VIDÉO - Poissons rouges : le bocal est-il cruel ?

La rédaction de LCI | Reportage TF1 : Didier Piereschi, Merieme Stiti et Vincent Abellaneda
Publié le 22 janvier 2022 à 0h01
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Source : JT 20h WE

BIEN-ÊTRE ANIMAL - À la différence de leurs voisins européens, les Français plébiscitent encore le bocal rond pour y faire nager un poisson rouge. Mais le numéro un des produits d’aquariophilie en France, AgroBiothers, a décidé de ne plus vendre ces aquariums, trop petits pour garantir le bon développement des poissons.

Dans de nombreux foyers, il trône sur une commode ou sur une table : beaucoup de Français ont déjà possédé un poisson rouge dans un bocal, au moins une fois dans leur vie. "Je lui parlais tous les jours, je l'aimais beaucoup", confie une passante dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. Beaucoup moins cher et plus simple d'entretien, cette petite sphère de verre a pourtant de moins en moins la cote : les défenseurs de la cause animale dénoncent de la maltraitance. En Allemagne, aux Pays-Bas ou en Italie, le bocal est interdit depuis des années, contrairement à l'Hexagone où sa vente bat encore son plein.

Mais la France se range progressivement au modèle de ses voisins. La plus grosse entreprise française qui commercialise aliments et accessoires pour animaux, AgroBiothers, a annoncé le 21 janvier l'arrêt de la vente de ces aquariums ronds. Ils représentaient une vingtaine de références dans son catalogue, distribué dans nombre d'enseignes spécialisées comme Gamm vert ou Jardiland. 

"Dorénavant, tous nos aquariums auront une contenance de 15 litres et nous ne vendrons plus ceux dont tout le monde a eu un exemplaire un jour chez soi, mais qui ne respectent pas la bientraitance animale", explique Matthieu Lambeaux, le PDG d’AgroBiothers, dans les colonnes du Parisien qui révèle l'information. "Nous voulons être une entreprise pionnière. D’ici à 2025, 80 % de nos produits seront soit écoresponsables, soit de production locale, soit naturels. Car des choses qui étaient acceptables il y a cinq ans ne le sont plus aujourd’hui, et d’autres admises aujourd’hui ne le seront plus dans dix ans", poursuit-il.

Espérance de vie raccourcie, désorientation, croissance avortée...

"Dans un bocal, le poisson rouge de 5 à 7 centimètres ne va pas évoluer", abonde Jian Zhong Li, propriétaire du magasin Aqua Land à Paris. Le commerçant ne vend presque plus de ce modèle et ne le regrette pas. Dans un aquarium plus grand, le poisson rouge peut atteindre facilement 30 centimètres, soit quatre fois plus. 

Autre problème du bocal : sa forme arrondie perturbe le poisson, désorienté car ses écailles latérales, qui jouent un rôle essentiel dans ses déplacements, n'ont plus aucun repère. L'animal manque aussi d'oxygène, l'eau n'étant pas filtrée. Si bien qu'à terme, ces aquariums en forme de boule réduisent considérablement la durée de vie du poisson rouge : ils survivent en général quelques années seulement, contre 30 ans en moyenne dans la nature.

"On ne met pas un bouvier bernois dans un studio ! C’est aberrant. Eh bien, en aquariophilie, c’est exactement la même chose ! Il faut adapter l’aquarium en fonction de ce que vous comptez y mettre, et non l’inverse", abonde auprès du journal le président de la Fédération française d’aquariophilie (FFA), Philippe Ancelot. Pourtant, un foyer sur deux disant posséder un animal de compagnie élève un poisson, soit environ 40 millions de poissons dans l'Hexagone, rapporte-t-il.

Selon Le Parisien, les conditions optimales à réunir pour accueillir cette espèce chez soi sont notamment un aquarium rectangulaire ou cubique de 100 litres pour un poisson, avec une hauteur d'au moins 50 centimètres, ainsi qu'une température de l'eau comprise entre 15 et 22°C, au pH neutre, avec un filtre au débit de trois à cinq fois le volume de l'aquarium à l'heure.

Conduire un véhicule et apprendre des tours : le potentiel insoupçonné du poisson rouge

D'autant que l'animal dispose de capacités complètement sous-estimées, s'il peut pleinement se développer. Des scientifiques israéliens ont montré qu'il était capable de conduire sur terre : dans une étude publiée dans l'édition de février de la revue Behavioural Brain Research, les chercheurs de l'université Ben Gourion ont révélé que le poisson rouge pouvait se repérer dans un environnement terrestre et de se déplacer sur une longue distance pour atteindre un signal visuel. 

Comme le montrent les images de la vidéo en tête d'article, les chercheurs ont créé un dispositif permettant à un gros poisson rouge nageant dans un aquarium de se mouvoir, en étant lui-même placé sur une plateforme roulante robotisée : dès qu'il avançait au bord de l'aquarium, la plateforme se déplaçait dans le même sens grâce à un système informatique. Lorsque l'animal parvenait à rejoindre une cible, placée à l'extérieur de ce drôle de véhicule, il recevait de la nourriture en récompense. Bilan : après quelques jours, le poisson a réussi à atteindre la cible sans s'égarer, "peu importe son point de départ" et en "évitant des culs-de-sac", salue l'étude.

Selon certains chercheurs, cette espèce souvent domestiquée aurait aussi développé une capacité d'interaction avec les humains, au même titre que les poissons combattants ou les carpes Koï, relève Le Figaro. Ils seraient ainsi en mesure de reconnaître leur "maître", la personne qui s'occupe le plus fréquemment d'eux, des autres personnes de son entourage. 

Le poisson rouge serait également capable d'identifier la boîte qui contient sa nourriture en fonction de sa couleur, en s'agitant en voyant la boîte en question. Et contrairement aux idées reçues, cet animal comme les autres espèces domestiques de poisson pourrait apprendre rapidement un mouvement, comme passer dans un anneau ou déplacer une balle, dès qu'il reçoit de la nourriture en récompense. Il réussirait même garder un tour en mémoire pendant un an, selon des études menées en laboratoire.


La rédaction de LCI | Reportage TF1 : Didier Piereschi, Merieme Stiti et Vincent Abellaneda

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