Inflation : les prix s'envolent

Précarité : la solidarité s'organise entre étudiants pour manger et s'habiller

M.L | Reportage TF1 Sylvie Pinatel et Frédérique Mignard
Publié le 4 novembre 2022 à 22h07
JT Perso

Source : JT 20h WE

Face à la crise du pouvoir d'achat, l'association étudiante Cop1 s'attelle à lutter contre la précarité des jeunes.
Des étudiants aident leurs camarades à manger à leur faim, mais aussi à récupérer gratuitement vêtements.
Créée pendant le confinement, elle croule sous les sollicitations.

D'un côté de la table, une rangée d'étudiants se tient derrière des briques de lait et de jus de fruit, des baguettes de pain, des bouteilles de sauce tomate ou encore des tablettes de chocolat. Après leurs cours, ces dizaines de jeunes organisent des distributions alimentaires. De l'autre côté, face à eux, d'autres étudiants, qui disposent pour la plupart de moins de 100 euros par mois pour pouvoir manger. Née pendant le confinement, Cop1 est une association parisienne de solidarité entre compagnons de galère.

"C'était une initiative qui devait durer trois mois, et là, cela fait deux ans que l'on existe, et on est sur-sollicités chaque jour, dix fois plus que ce que l'on peut faire", s'inquiète Benjamin Flohic, son cofondateur, dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. Pour cause, un étudiant sur deux en Île-de-France dit ne pas manger à sa faim. Et la situation s'aggrave : à cause de l'inflation, le coût de la vie étudiante a augmenté de 6,47% en un an, selon l'Union nationale des étudiants de France (Unef). 

Un tiers des bénévoles sont aussi des bénéficiaires

"Il faut penser à son budget : est-ce que je peux me faire plaisir, me prendre un petit croissant, si je l'ai bien mérité, que j'ai réussi mes examens par exemple ? On y pense souvent", explique l'une des étudiantes venues à la collecte, inscrite en première année de sciences politiques. Les dispositifs pour les étudiants sont parfois difficiles à atteindre. "Pour les aides alimentaires comme financières, faire des demandes auprès des assistantes sociales, aller dans des épiceries solidaires, tout cela prend pas mal de temps", poursuit la jeune femme.

Dans le Ve arrondissement parisien, l'association récupère dans un lieu de distribution de nombreux dons accordés par des partenaires ou directement des clients de supermarchés. En week-end, elle remplit un mur entier d'étagères de denrées alimentaires. Certains donateurs lui livrent même de l'électroménager, comme des frigos pour conserver les produits frais.

Autour de Benjamin Flohic et de son équipe, Cop1 compte 600 bénévoles, dont un tiers sont aussi bénéficiaires. Parmi ces derniers, Gilles, un étudiant en informatique, qui confie se priver lui-même de petit déjeuner pour limiter les dépenses. "Quand je fais mes courses, si je peux ne pas prendre un paquet de céréales, c'est beaucoup mieux ! J'arrive simplement à rester dans mon budget", lâche-t-il. Grâce à l'aide alimentaire de l'association, il économise 100 euros par mois, et parfois un peu plus, lorsqu'il découvre dans les sacs de vêtements qui leur sont aussi donnés de quoi se faire plaisir.

55.000 paniers de nourriture distribués en deux ans

Dans un local prêté pour quelques mois par un propriétaire acquis à sa cause, Cop1 stocke vêtements, produits d'hygiène et fournitures scolaires. Avec l'aide alimentaire en plus, ils gèrent ainsi cinq distributions par semaine. Malgré la charge de travail supplémentaire qu'implique cet engagement, Mariam, étudiante en droit, ne recule pas devant la tâche, par soutien avec les bénéficiaires. "Ce sont des gens que l'on fréquente, que l'on voit tous les jours, que l'on croise dans les couloirs, des gens avec qui on doit partager des bouquins parce qu'ils coûtent trop cher, qui doivent demander de l'aide régionale pour avoir un ordinateur", explique l'étudiante. "C'est pour cela que ce sont nos copains, que l'on se motive tous ensemble. Même si on a école, on se dit qu'il faut quand même venir aider, parce que certains ne peuvent pas s'aider tous seuls." 

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Certains estiment toutefois que ce rôle ne devrait pas leur revenir. "Honnêtement, ce ne serait pas à nous, les étudiants, de nous en occuper, il y a des instances pour ça. Mais comme elles ne s'en chargent pas, nous, on est là", raille une bénévole. En deux ans d'existence, Cop1 a distribué 55.000 paniers de nourriture, à raison de 10 kg pour chacun. Victime de son succès, l'association vient d'ouvrir une antenne à Angers et à Marseille pour cette nouvelle rentrée. 

De son côté, le 26 octobre dernier sur le plateau de France 2, Emmanuel Macron avait promis de "continuer d'aider les étudiants", de "renforcer nos dispositifs mis en place pendant la crise Covid, en les élargissant" et de "mieux accompagner" les jeunes, en lien avec le Crous et des associations. Les étudiants font partie du public qui bénéficiera d'aides "ciblées" à partir de janvier, avait précisé le chef de l'État. 


M.L | Reportage TF1 Sylvie Pinatel et Frédérique Mignard

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