Centenaire de l'armistice de la Première guerre mondiale

VIDÉO - Comment, plus de 100 ans après, la dépouille d’un poilu a été retrouvée

La rédaction de LCI
Publié le 8 novembre 2021 à 12h21, mis à jour le 8 novembre 2021 à 12h30
JT Perso

Source : JT 20h WE

L'essentiel

PREMIÈRE GUERRE MONDIALE - L'événement remonte à 103 ans, mais le souvenir est encore vivace chez des familles. L'une d’elles vient de retrouver son aïeul, un poilu disparu en 1915, lors de la seconde bataille de Champagne.

C’est une colline de la Marne désormais envahie par la végétation, qui domine le village de Massiges, et qui, vue de haut, a la forme singulière d’une main. L’état-major de l’armée française avait repéré très tôt ce surplomb où l’armée allemande avait installé une position dès 1914 sur ce qui deviendrait le front de Champagne, à la jonction du front de l’Argonne. 

Aujourd’hui, Maryse Berger monte sur les flancs de la "Main de Massiges", pour découvrir l’endroit précis où est tombé son grand-père, touché en plein front lors d’un assaut le 25 septembre 1915. Ferdinand Guers un tailleur de pierre de 35 ans, venu de Montpellier, fut l’un des 23.000 soldats français tués lors de cette journée terrible, la première de la "seconde bataille de Champagne", qui se poursuivra pendant deux semaines.

Trois pièces d'or

Sur les lieux de la découverte de sa dépouille, sa petite-fille Maryse étreint un classeur qui retrace l’histoire de sa famille, et montre la vieille photo noir et blanc d’une jeune femme : "Voilà ma grand-mère", raconte-t-elle, "elle s’appelait Marie. Elle est morte de chagrin, parce que c’était un couple vraiment très uni et elle n’a pas supporté le décès de son mari". Sa fille avait espéré toute sa vie retrouver la dépouille de son père, une quête reprise à sa mort par Maryse et son époux. Peu après l’assaut meurtrier, un compagnon de régiment avait écrit à sa veuve, pour lui raconter les derniers jours et la mort de son mari. Il donnait dans sa lettre des détails qui se sont avérés précieux, un siècle plus tard : lorsqu’il est tombé au combat, le tailleur héraultais portait, cousues dans sa vareuse, trois pièces d’or. 

Je me suis mis dans la tête de les retrouver, et ça n’en est pas sorti

Emmanuel Bujon, bénévole et historien amateur

C’est Emmanuel Bujon, un bénévole de l’association "La Main de Massiges", qui a permis de localiser son corps. Des fragments de squelette et un casque percé d’une balle au niveau du front, avaient été mis au jour accidentellement par un coup de pelleteuse deux ans plus tôt, des indices qui avait mis l’historien amateur sur la piste de Ferdinand. Mais c’est à la faveur d’un orage que sont apparus les vestiges qui ont permis de l’identifier avec certitude : dans la boue, Emmanuel retrouve deux des trois pièces d’or et la plaque militaire du soldat de Montpellier. "Vous frottez et vous voyez un nom qui apparaît, puis un prénom. Et là vous avez le cœur qui s’emballe. Je me suis mis dans la tête de les retrouver, et ça n’en est pas sorti", explique-t-il au bord des larmes lorsqu’il raconte sa découverte, dans le reportage en tête de cet article.

Tous les descendants de Ferdinand Guers ont fait le déplacement depuis la région d’Alès, dans le Gard, pour une cérémonie en son hommage dans la nécropole nationale du Pont-du-Marson. Sa dépouille identifiée, il y est désormais enterré dans une tombe à son nom, au contraire de milliers de soldats inconnus. Plus d’un siècle après sa mort, la voix du tailleur de pierre semble retentir à la lecture de la dernière lettre adressée à sa "femme adorée" par son arrière-arrière-petite-fille : "Au moment où je prends la plume pour t’écrire, avant l’attaque qui va peut-être bientôt sonner, chère Marie, je te recommande de veiller à notre enfant que j’adore, et j’arrose de mes larmes cette lettre qui j’espère n’arrivera jamais"