LE WE 20H

VIDÉO - Enseignante sous protection policière après une remarque sur l'abaya : la version de la lycéenne

TF1info | Reportage : Gwenaëlle Bellec, Marine Chaize
Publié le 13 novembre 2022 à 10h00
JT Perso

Source : JT 20h WE

Une enseignante de Montauban vit sous surveillance policière depuis une remarque faite à une élève qui portait une abaya.
Un incident loin d'être isolé depuis la rentrée.
TF1 a rencontré Aminat, la lycéenne qui avait diffusé l'enregistrement de sa conversation sur les réseaux.

L'abaya, cette longue robe traditionnelle qui a tout déclenché le 23 septembre dernier, est accrochée à un cintre, quand Aminat reçoit notre équipe dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. La jeune fille de 17 ans est scolarisée en première technologique, au lycée Antoine Bourdelle de Montauban. Un vendredi, avant les vacances de la Toussaint, sa professeure d'espagnol lui avait fait une remarque à son entrée en classe, alors qu'elle portait ce vêtement très couvrant.

Voici la version de la jeune fille que nous avons recueillie : "Elle m'a dit : qu'est-ce que c'est cette robe de chambre ? Et elle a commencé par s'excuser d'avoir dit ça. Elle répétait que c'est interdit, que c'est un signe religieux. Elle me parlait de la loi de 2004 qui dit que les signes ostentatoires religieux sont interdits dans les établissements publics. Mon point de vue, c'est que c'est une simple tenue. Une robe longue, c'est du tissu. Je mets ça parce que c'est mon style, et que je suis à l'aise dedans".

Elle va voir ce qu'Allah va lui faire

Aminat

Aminat affiche cependant clairement ses convictions religieuses, et a diffusé la vidéo de l'échange sur TikTok en concluant par ces mots : "Elle va voir ce qu'Allah va lui faire". La jeune fille se défend pourtant de toute menace : "À ma manière, ça voulait dire que je m'en remets à Dieu pour que la justice soit faite, mais de manière tout à fait légale et juridique". Ses propos sont interprétés comme menaçants par les autorités : la professeure d'espagnol vit désormais sous protection policière, et l'établissement a été placé sous surveillance. "L'enregistrement illégal, et sa diffusion sur les réseaux sociaux, est en soi une menace", estime Mostafa Fourar, le recteur de l'Académie de Toulouse.

Recrudescence des atteintes à la laïcité

Les signalements pour atteinte à la laïcité ont plus que doublé dans les établissements scolaires en un mois, 720 signalements en octobre. Si le voile est interdit en classe, il existe bien une ambiguïté sur le caractère religieux de l'abaya. Couvrant tout le corps, à l'exception du visage et des mains, cette robe est traditionnelle dans de nombreux pays musulmans. Elle ne fait pas en elle-même l'objet d'une prescription religieuse, mais est perçue comme un signe de la "modestie" assignée aux femmes. 

Si elle est plutôt réservée à des célébrations comme l'Aïd, au Maghreb, elle est obligatoire de facto en Arabie Saoudite. Un récent rapport ministériel s'inquiétait de la recrudescence de ce type de tenues en milieu scolaire, qui signent une appartenance religieuse, sans pourtant être expressément dénoncées par la loi de 2004.

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Au lycée Bourdelle de Montauban, la question de l'abaya avait déjà fait problème. À la rentrée de septembre, sur 2500 élèves, vingt jeunes filles avaient décidé de porter ce vêtement. Après une phase de dialogue, toutes avaient accepté de le retirer, à l'exception d'Aminat.


TF1info | Reportage : Gwenaëlle Bellec, Marine Chaize

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