Agriculteurs en colère : l'exemple révélateur du millefeuille des normes sur les haies

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Sylvie Pinatel, Johan Maviert, Clément Biet
Publié le 22 janvier 2024 à 11h02, mis à jour le 22 janvier 2024 à 11h23

Source : JT 20h WE

Les agriculteurs, dont la contestation monte, dénoncent un nombre de normes d'une complexité devenue ingérable.
Ils pointent du doigt une transition écologique nécessaire, mais impossible à assumer par un secteur déjà exsangue.
Exemple concret avec les règles sur les haies.

"Le projet de loi (sur l’installation des nouveaux agriculteurs) devait être présenté la semaine prochaine. Pour adjoindre quelques mesures réglementaires – il y a quand même des sujets juridiques qu’il faut qu’on pose – donnons-nous quelques semaines", a annoncé le ministre de l’Agriculture dimanche 21 janvier sur RTL. Un report voulant signifier que Marc Fesneau entend la mobilisation des exploitants, reconnaissant ainsi la nécessité d’une "simplification" du millefeuille de normes et de réglementations imposées aux agriculteurs. Illustration de cette complexité avec un cas concret.

Comme tous les agriculteurs qui reçoivent des aides de l'Europe, Luc Smessaert, éleveur bovin à Roy-Boissy (Oise) et vice-président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), est tenu de respecter les lois de la politique agricole commune (PAC). Mais comme tant d’autres, il se dit asphyxié par ces règles. Il témoigne dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article : "Aujourd’hui, cette haie est soumise à 14 règlementations différentes, européennes et françaises. Le code de l’urbanisme, le code du patrimoine, le code de l’environnement… C’est-à-dire que les agriculteurs n’ont même plus envie de planter."

Lui a planté la haie en question il y a dix ans, afin de s’inscrire dans la transition écologique. Mais il n'a pas droit de la tailler en été, pour respecter la biodiversité. "Ce sont des zones de nidification jusqu’au 15 juin à peu près, détaille-t-il. Mais qu’on ne puisse pas l’utiliser, ni même l’entretenir, jusqu’au 15 août, alors qu’on est en pleine période de travail, des semailles et autres, c’est absurde. Il faut ramener du bon sens." Luc Smessaert a 22 km de haies à entretenir, bon an mal an, dans le respect de ces règles. Il encourt, en cas d'infraction, jusqu'à trois ans de prison et 150.000 euros d'amendes, sans compter le risque de perdre une partie conséquente de ses aides européennes.

Christiane Lambert, elle, est éleveuse de porcs à Bouillé-Ménard (Maine-et-Loire). L'ancienne présidente de la FNSEA, qui prend également la parole dans notre reportage, s’est justement rendue à Bruxelles ce dimanche soir, dans l’espoir que l’on n'oppose plus systématiquement l'agriculture à l'environnement. "Nous avons baissé de 8% les émissions de gaz à effet de serre en l’espace de quinze ans, plaide-t-elle à notre micro. Nous avons aussi réduit l’usage des produits phytosanitaires et des médicaments. Donc nous sommes au travail. On peut aller plus vite, si les textes sont cohérents. Et si les revenus sont au rendez-vous. Le sentiment d’accablement que ressentent les agriculteurs, c’est précisément à cause du ‘toujours plus vite, toujours plus fort’ quelles que soient les conditions économiques. Ce n’est pas compatible avec un raisonnement d'exploitation agricole."

D'autant que les agriculteurs en colère font face, dans le même temps, à une concurrence qu’ils jugent déloyale : celle des importations agricoles. "On nous reproche de ne pas faire une agriculture propre, mais on accepte que les consommateurs mangent des produits venant de l’étranger, qui ne répondent pas au même cahier des charges que les nôtres. En revanche, on nous impose beaucoup de règles, sans que l’on soit rémunérés pour ça", explique Samuel Robineau, éleveur avicole à Lacaugne (Haute-Garonne), qui participe au blocage actuel de l'autoroute A64 dans le sud-ouest. Leurs prix stagnent et leurs charges augmentent. C'est bien une crise économique et morale qui secoue aujourd'hui le monde agricole.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Sylvie Pinatel, Johan Maviert, Clément Biet

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