VIDÉO - "On a essayé par la politique, maintenant, on mène des actions" : des militants de l'ultradroite témoignent

par M.T | Reportage TF1 : Jeanne Quancard, Gilles Parrot, Paul Bouffard
Publié le 8 février 2024 à 10h03

Source : JT 20h Semaine

Ils ont parfois recours à l'action violente et organisent des expéditions punitives.
Les groupuscules d'ultra-droite n'hésitent pas à défiler en pleine rue, le bras tendu et le visage dissimulé.
Alors que l'un d'eux, baptisé "La Citadelle", vient d'être dissout, une équipe de TF1 a mené l'enquête et interrogé plusieurs de leurs membres.

La plupart sont lycéens, mineurs, issus de différents milieux sociaux. Il a fallu plusieurs semaines d'échanges pour que ces militants d'ultradroite acceptent de rencontrer notre équipe, de manière anonyme et à l'abri des regards. Certains d'entre eux ont participé en novembre dernier à la manifestation organisée par des groupuscules d'ultradroite à Romans-sur-Isère (Drôme). Une semaine après la mort de Thomas, agressé au couteau lors d’une soirée à Crépol (Drôme), plus de 80 personnes masquées et armées de barres de fer avaient investi le quartier de la Monnaie, d'où venaient certains suspects impliqués dans le meurtre.

Trois mois plus tard, ces militants qui n'ont jamais été appréhendés par la police, restent méfiants de peur d'être repérés. "Vous avez vu les sanctions qui ont été mises en place ? Ça rigole pas, il faut qu'on fasse attention", confie un membre cagoulé dans le reportage du 20H de TF1 à retrouver en tête de cet article. "C'est une organisation qui est bien structurée. Il faut montrer qu'on est là, on est en France !", insiste-t-il.

3000 militants actifs en France

Dans leur discours, ils font systématiquement un lien entre islam, immigration et insécurité. "On ne respecte plus les Français, les Blancs, les Européens, le christianisme non plus. Il faut sauver notre culture. On a essayé par la politique. Maintenant, on mène des actions", affirme le militant. 

Les services de renseignement comptent près de 3000 militants actifs en France. Un chiffre stable depuis les années 80. Près de la moitié d'entre eux sont fichés S, et ainsi surveillés de près par les autorités. Indépendants, ces groupuscules sont répartis sur l'ensemble du territoire (voir image ci-dessous), et organisent désormais leurs actions collectives via des messageries cryptées. 

TF1

Notre équipe est également entrée en contact avec un militant du nord de la France. Majeur, il fréquente ces réseaux depuis plusieurs années. "Il y a de plus en plus de groupes identitaires qui se forment sur des réseaux comme Telegram. Et ça permet aux gens de rejoindre leur groupe régional. On va demander à la personne son âge, ses capacités physiques, on ne peut pas rentrer comme ça directement, on fait très attention", explique-t-il anonymement. 

Cet homme ne souhaite pas dire s'il a déjà utilisé la violence dans ses combats militants, mais selon lui, cela pourrait devenir le seul moyen afin de lutter contre l'insécurité. "Ça devrait être le boulot de la police de faire ce travail. Et parfois, on est obligé de rendre justice par nous-mêmes, et c'est ce qui va continuer à se passer, des groupes organisés de plus en plus", poursuit-il. 

Je n'ai pas l'impression de faire des choses illégales
Victor, membre du groupuscule identitaire Les Remparts

De son côté, le gouvernement fait la chasse aux groupes les plus radicaux. "Nous promettons les dissolutions", a déclaré le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée Nationale le 28 novembre dernier. "Je ne laisserai aucune milice faire la loi à la place des procureurs de la République et des policiers", a-t-il assuré, estimant que la mort du jeune Thomas ne devait "pas permettre que quelqu’un d’autre s’érige au nom de l’État pour faire justice".

Pour éviter ces dissolutions, certains groupent tentent alors de lisser leur image. À Lyon, deux militants du groupuscule Les Remparts, que le maire de la ville tente de faire dissoudre, ont ouvert les portes de leur QG à nos journalistes. "Je n'ai pas l'impression de faire des choses illégales (...). Ça fait quand même deux ans qu'on existe, on serait déjà dissouts depuis longtemps", réagit Victor. 

Selon eux, la violence doit être employée uniquement pour se défendre en cas d'agression. Ces militants s'entraînent ainsi régulièrement à la boxe. "Le sport, c'est important pour le développement personnel. Dans un second temps, c'est aussi savoir se défendre, s'avoir s'affirmer et promouvoir son identité", poursuit Victor. 

Depuis 2017, une quarantaine de groupuscules a été dissout. C'est notamment le cas de Génération Identitaire, l'un des mouvements les plus connus. La plupart de ces militants ont rejoint de nouveaux groupes, dont Argos, qui multiplie les actions pacifiques afin de recruter le plus largement possible. "On est beaucoup de jeunes, de 18 à 30 ans, assez mixtes. On parle à visage découvert pour démocratiser nos idées", explique Benjamin, porte-parole du groupuscule. En France, l'ultradroite est considérée par les services de renseignement comme la deuxième menace terroriste après l'islamisme. 


M.T | Reportage TF1 : Jeanne Quancard, Gilles Parrot, Paul Bouffard

Tout
TF1 Info