PORTRAIT - Jérôme Bayle, l'éleveur bovin devenu figure de la colère des agriculteurs

par T.A. | Reportage TF1 Stacy PETIT et François GUINLE
Publié le 23 janvier 2024 à 17h42

Source : JT 13h Semaine

La mobilisation des agriculteurs prend de l'ampleur ces derniers jours.
Jérôme Bayle, éleveur bovin originaire de Haute-Garonne, où il a repris l'exploitation familiale après le suicide de son père, est devenu l'une des figures du mouvement.
Une équipe de TF1 l'a suivi sur un point de blocage et dans son exploitation.

Sur les voies de l'autoroute A64 bloquée, Jérôme Bayle est connu de tous. Distribuant des bises à ses collègues à son arrivée sur le site, l'agriculteur est une figure de la contestation du monde agricole qui s'étend ces derniers jours. Entouré des autres manifestants, il fait le point ce mercredi matin sur les actions déjà menées pour exprimer leur colère. Et débriefe le message de Gérald Darmanin, qui a indiqué la veille ne pas avoir "prévu d'évacuations par les forces de l'ordre" de l'autoroute bloquée. 

"Ça prouve qu'on a gagné le cœur de tout le monde", estime Jérôme Bayle. L'agriculteur s'est improvisé comme le meneur de la grogne paysanne, comme le symbole d'une profession épuisée, jusqu'à parfois en arriver au pire. En 2016, deux professionnels du secteur se suicidaient chaque jour, selon un rapport de la Mutualité social agricole (MSA) datant d'octobre 2022, la dernière étude sur le sujet. 

Symboliquement, Jérôme Bayle a demandé à faire accrocher toutes les deux heures une nouvelle poupée pendue au pont autoroutier bloqué en hommage à ces disparus. Cette figure de la contestation n'a lui-même pas été épargné par ce genre de drame. "J'ai eu le malheur de retrouver mon père avec une balle dans la tête au milieu de la cour de la ferme, raconte l'éleveur, ému, dans le reportage de TF1 à retrouver en tête de cet article. Ce n'est pas possible que quelqu'un qui a travaillé 40 ans jour et nuit n'ait pas le droit à une fin de vie normale."

Vache malade, pertes financières et hausse des charges

Pour éviter de nouvelles tragédies, Jérôme a choisi de mener un combat contre les conditions de travail difficiles des agriculteurs. Installé sur son exploitation de Montesquieu-Volvestre (Haute-Garonne), où le suit notre équipe, il doit faire face à de nombreux défis au quotidien. Une de ses vaches est tombée malade : elle est atteinte de la MHE (maladie hémorragique épizootique). Ce virus, qui touche surtout les bovins, rend les bêtes faibles et fiévreuses. "À l'origine, elle devrait faire plus de 350 kilos de viande vendue à 5 euros environ, précise Jérôme Bayle. Au total, elle devrait valoir entre 1.700 et 1.800 euros. Mais là, pour la soigner, cela m'a déjà coûté plus de 1.500 euros."

La dépense ne fait que s'ajouter aux pertes, alors que l'éleveur ne parvient déjà pas à se dégager un salaire. "Je suis sur une année à moins de 7000 euros, sans même faire de folies, quoi...", regrette l'agriculteur. Augmentation du prix de l'électricité, de l'essence, de l'alimentation... Les coûts s'accumulent, mais le temps manque. L'administratif prend de plus en plus de place dans ses journées, "au moins trois heures par jour" selon Jérôme Bayle. 

L'éleveur bovin a bien prévu de porter le mouvement agricole tant que le gouvernement n'apporte une issue favorable à leurs revendications. Ce mardi, Jérôme Bayle a rendu hommage à l'agricultrice décédée sur un autre point de blocage, en Ariège : "C'est dramatique. Je connaissais très bien la personne, elle ne méritait pas ça. C'était une grande combattante qui était là avec toute sa famille pour défendre notre cause. J'adresse toutes mes condoléances à toute sa famille."


T.A. | Reportage TF1 Stacy PETIT et François GUINLE

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