"Pour lui, c'était normal" : un habitant du Haut-Rhin dépose à la déchetterie... un obus allemand trouvé dans son jardin

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Khélian Yousfi, Vincent Ruckly, Vincent Dietsch
Publié le 4 mars 2024 à 18h08

Source : JT 13h Semaine

Dans le Haut-Rhin, un particulier qui jardinait est tombé sur un obus, puis a commis l’erreur de le déposer à la déchetterie.
Un exemple à ne surtout pas suivre.
Ces engins explosifs datant des deux Guerres mondiales remontent encore régulièrement à la surface, nécessitant 13.000 interventions de déminage par an.

Vendredi 9 février 2024, la déchetterie de Kaysersberg Vignoble (Haut-Rhin) a été évacuée puis fermée durant une bonne partie de la journée. Parce que Jonathan Duchiron, responsable du Tri Park (le nom de l’établissement), a découvert dans sa remorque un encombrant peu banal : un obus allemand de la Seconde Guerre mondiale, déposé par un habitant de la commune l’ayant trouvé dans son jardin. "Il s’est garé puis il a fait son tri avec l’aide de nos agents. Pour lui, c’était normal d’apporter ça ici, il considérait que c’était à nous de le prendre en charge. On était un peu surpris de ce comportement", témoigne-t-il auprès de TF1, dans le reportage du JT en tête de cet article.

L’affaire pourrait prêter à sourire, mais ce serait ignorer l’immense dangerosité d’un tel acte. L’obus en question, d’une envergure d’à peine 75 millimètres, pouvait en effet causer des dégâts à 100 mètres à la ronde. Dit autrement : l’homme, en décidant de le déplacer, aurait pu y perdre la vie. D’autant qu’en l’occurrence, ce type d’ogive, à la forme arrondie, présente un plus grand risque que les autres engins explosifs datant des deux Guerres mondiales, celui-ci étant, en outre, "très dégradé", autre facteur aggravant, selon Les Dernières Nouvelles d’Alsace.

Il se passe des choses dans la terre qu’on ne peut pas expliquer… Les obus remontent.
Pierre Moreno, chef démineur du Centre de déminage de Metz (Moselle)

Il est donc heureux qu’aucune victime n’ait été à déplorer quand, à 16h30, les démineurs basés à Colmar sont arrivés sur place pour le récupérer avec toutes les précautions nécessaires, avant de le faire exploser dans l’une des zones dédiées les plus proches, écartant ainsi tout risque définitivement. Les dépôts d’obus dans les déchetteries sont plus fréquents qu’on ne le croit. La plupart sans gravité, mais lorsqu’il est trop tard, les dommages sont considérables : 4 millions d’euros après une explosion dans le four d’un centre de tri à Lons-le-Saunier (Jura), en novembre 2021.

Capture d'écran TF1

Ces obus sont retrouvés dans des champs, des jardins ou des zones boisées. Des engins à ne toucher en aucun cas ! Le premier réflexe à adopter : prendre des photos, puis contacter les autorités (mairie, police ou gendarmerie) qui, elles, solliciteront une équipe de démineurs, seules personnes habilitées à les manipuler. "Il ne faut pas non plus isoler l’endroit avec de la rubalise, parce que ça va attirer le regard des gens. À la limite, mieux vaut le dissimuler, par exemple avec un peu de branchages, sans y toucher, le temps de notre arrivée", précise, au micro de TF1, Pierre Moreno, chef démineur du Centre de déminage de Metz (Moselle), entre deux des trois interventions effectuées par son équipe ce jour-là.

Capture d'écran TF1

Dans le Grand-Est, zone marquée par les deux Guerres mondiales, les déminages pour cause d’obus sont quotidiens. "Il se passe des choses dans la terre qu’on ne peut pas expliquer… Les obus remontent. Dans les mêmes champs, on ne va rien trouver certaines années, puis d’autres années, on va en trouver des dizaines", indique Pierre Moreno. Qui insiste : absolument tous les obus, même les plus anciens, sont dangereux. Certains peuvent contenir jusqu’à 10 kilos d’explosifs. "Ce sont des engins de mort, conçus pour tuer, conclut le démineur. Leurs fonctions restent actives. Si on les sort de terre, avec l’air et le soleil, ils vieillissent très vite. Et ils deviennent encore beaucoup plus dangereux." Les signalements d’obus représentent 13.000 interventions par an en France. Pour tous les retrouver, il faudrait encore, selon les spécialistes, deux à trois siècles de travail.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Khélian Yousfi, Vincent Ruckly, Vincent Dietsch

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