Pourquoi tout le monde (ou presque) approuve la fronde des agriculteurs

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Philippe Vogel, François Torelli, Eric Schings
Publié le 26 janvier 2024 à 15h36

Source : JT 20h Semaine

Malgré les blocages, plus de huit Français sur dix soutiennent le mouvement de contestation des agriculteurs.
Certains vont plus loin : ils viennent en aide aux manifestants en leur apportant des encouragements, à boire et à manger.
Pourquoi bénéficient-ils d'un tel soutien ?

C’est un soutien massif, qui monte jusqu’au plus haut sommet de l’État. "En tant que ministre de l’Intérieur, à la demande du Président et du Premier ministre, je les laisse faire. Je suis élu d’un territoire où il y a des agriculteurs, je suis habitué aux coups de sang légitimes de ceux qui souffrent et qui ne gagnent pas beaucoup d’argent. Lorsqu’ils ont envie de démontrer qu’ils ont des revendications, le gouvernement est à l’écoute. On ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS. Je pense qu’il y a une grande compassion et une grande écoute à avoir avec nos agriculteurs", déclarait, jeudi soir au 20H de TF1, Gérald Darmanin.

Le gouvernement est conscient du poids de l’actuel mouvement dans l’opinion publique. Selon un sondage Elabe pour BFMTV, 87% des Français approuvent la mobilisation des agriculteurs. Un chiffre très largement supérieur à la sympathie suscitée par les Gilets jaunes en novembre 2018, alors mesurée à 73% par le même institut. Cette approbation est, du reste, très majoritaire, dans toutes les catégories de population, rurales comme urbaines, et électorats. Ce que confirme une autre enquête d’opinion récente, réalisée par Harris Interactive-Toluna pour le compte de RTL, selon laquelle 9 Français sur 10 déclarent comprendre les revendications des agriculteurs, là encore toutes sensibilités politiques confondues.

Comment expliquer une telle unanimité ? "Les agriculteurs avaient une image extraordinaire avant même le début du mouvement. Les Français expriment leur soutien dans ce contexte, répond Jean-Daniel Lévy, directeur délégué Harris Interactive, à TF1 Info. Ils voient les agriculteurs comme étant en mission au service de la nation. Leurs journées sont longues, ils ne gagnent pas beaucoup d’argent. On les respecte parce qu’ils incarnent le maintien d’une identité française. La bouffe caractérise la France (rires). Dans l’opinion, les agriculteurs contribuent à perpétuer une tradition et un savoir-faire français. Pour mémoire, une étude que nous avons menée en 2022 établissait que 79% des Français accordaient leur confiance aux agriculteurs pour répondre aux enjeux concernant l’accès à une alimentation de qualité, loin devant l'État (41%) et l'Union Européenne (40%)".

"Sans les agriculteurs, on n'existerait pas"

Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop, que nous avons aussi sollicité, ne dit pas autre chose : "Depuis 1995, dans notre baromètre du soutien des mouvements sociaux, les agriculteurs sont toujours ceux qui ont les scores les plus élevés, assez loin devant les infirmières. Ils incarnent un imaginaire, celui de la France éternelle, celle qui ne veut pas mourir. Il y a aussi l’utilité sociale de la profession, sans laquelle le pays s’arrêterait. Ils ne représentent qu’1% de la population française, mais ils bénéficient d’un puissant relais, les Français vivant en communes rurales, qui les côtoient au quotidien et pèsent massivement dans l’électorat, à hauteur de 25%. Les trois quarts de l’opinion publique jugent leur image positive. C’est la France du travail, qui souffre et qui en vit mal. Ils symbolisent la question centrale du pouvoir d’achat. Cela crée une proximité identificatoire."

Comment ce soutien se traduit-il concrètement ? D’abord par la patience de ceux qui subissent les premières conséquences des blocages des routes et autoroutes, en se retrouvant bloqués dans d’interminables bouchons. Dans le reportage à retrouver en tête de cet article, c’est le cas de Jean-Luc Anthony, qui s’occupe des livraisons chez un grossiste en légumes à Westhoffen (Bas-Rhin), et qui a dû multiplier les allers-retours chez ses clients depuis la nuit de mercredi. Une surcharge de travail avec laquelle il compose : "On les soutient, obligé ! On est producteurs aussi. On connaît bien les difficultés rencontrées actuellement", confie-t-il face à notre caméra.

D’autres vont plus loin que les coups de klaxon et les mots d’encouragement lâchés en passant en voiture. Jeudi matin, sur un barrage de l’A35, près de Strasbourg, les agriculteurs ont reçu plusieurs cartons de viennoiseries, offerts par la fédération des boulangers et livrés à pied par un artisan local. À Carbonne (Haute-Garonne), un mécanicien retraité a, lui, passé une partie de la journée avec les manifestants, leur apportant à boire et à manger. Et dimanche, sur l’A64, non loin de Toulouse, la propriétaire d'une boucherie-charcuterie avait aussi rallié un barrage. "Je suis venue porter de la viande, de la charcuterie, expliquait-elle à France Info. C'est important parce que nous, dans notre profession, sans les agriculteurs, on n'existerait pas."


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Philippe Vogel, François Torelli, Eric Schings

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