En 2019, la France a adopté un texte de loi interdisant les "violences éducatives ordinaires" : coups, gifles, mais aussi humiliations, insultes ou brimades.
Malgré cela, de nombreux parents ont toujours recours à des punitions corporelles vis-à-vis de leurs enfants.
Le magazine "Sept à Huit" a rencontré une de ces familles qui tente de comprendre comment elle en est arrivée là.

Sébastien et Christine sont des parents dépassés. Fin janvier 2023, Milan, leur fils cadet de huit ans, leur a été retiré pendant un an par l'Aide sociale à l'enfance, après un épisode de tension qui a dégénéré. Ils viennent tout juste de récupérer sa garde. Une décision temporaire en attendant de voir si son retour à la maison se passe bien. Tout a commencé par un appel de l'école : "on reçoit un mot comme quoi, il avait disparu de l'établissement. Ils ne savaient pas où il était. Donc, c'est vrai qu'en rentrant du boulot le soir, de savoir que pendant une demi-heure, on a cherché mon fils partout, j'ai eu peur et de la colère. Je voulais marquer le coup et lui faire comprendre que ce qu'il a fait était très grave et qu'il ne fallait pas recommencer", témoigne la mère de famille dans le magazine Sept à Huit en tête de cet article. 

Je pense que la première chose que je lui ai faite, c'est de lui donner une claque sur la joue.
Christine, la mère de Milan

Sauf que sa colère ne va pas s'exprimer par des mots, mais par des coups. "Je pense que la première chose que je lui ai faite, c'est de lui donner une claque sur la joue. Et après, je lui ai demandé de s'allonger sur le sol et j'ai tapé sur les fesses (...) Mais combien de fois, je ne sais pas. Je ne me rappelle pas", confesse-t-elle, avant d'ajouter : "Je lui avais déjà donné une gifle, une tape comme ça, mais le taper comme je l'avais fait, c'était vraiment la première fois". Sébastien, ajoute : "Moi, je sais aussi, après, en l'envoyant dans la chambre, qu'il s'est pris plusieurs fessées... Bien marquées". 

Dans leur éducation, la fessée ou la gifle, "c'est le haut de la pyramide des sanctions", précise le père. Mais aucun des deux n'a conscience que c'est interdit par la loi. "Ah non, je n'y pense même pas", avoue Christine avant de fondre en larmes, comme si elle prenait subitement la mesure de ses actes. "Bien sûr que je m'en rends compte", assure-t-elle enfin. Cet épisode aurait pu en rester là, mais Théo, 12 ans, va révéler à l'école que son frère Milan a été frappé par leurs parents. Le petit garçon, qui n'ira pas en classe pendant deux jours, confirme à son retour avoir été battu et précise que ce n'était pas la première fois. L'établissement alerte alors en urgence les services sociaux. 

"Le même jour, il est rentré à la maison après les cours et vers 17, 18 heures, ils sont venus le chercher : la police et les assistantes sociales", se souvient Christine qui était absente du domicile, tout comme son mari. "On n'était pas présents. C'est même son grand frère qui nous appelle en nous disant : 'il y a des gens à la maison qui viennent chercher Milan'. Le temps d'arriver, il était parti. On a retrouvé les deux autres en pleurs à la maison", poursuit la mère. Le couple va par ailleurs être convoqué par le tribunal correctionnel. Christine est accusée de violences ayant entrainé une incapacité de travail de trois jours pour avoir asséné des gifles, des fessées et des coups de cuillères en bois. Sébastien, lui, est accusé d'avoir donné des coups de ceinture, ainsi que des fessées. 

Six mois de prison avec sursis

Outre la perte de la garde de leur fils, ils sont condamnés à six mois de prison avec sursis et à l'obligation de faire un stage de responsabilité parentale. Les deux parents ont ainsi été reçus par les bénévoles d'une association mandatée par les tribunaux de Paris et de Créteil à raison de quatre séances d'une heure. Vient ensuite l'heure du bilan. Christine prend la parole et explique que ce stage lui a permis de réaliser que "notre mode d'éducation n'était pas bon (...) et comprendre qu'il y a autre chose que les violences". 

Pour autant, un détail dans l'éducation qu'elle doit avoir avec son fils l'embête toujours, "il faut se répéter". "Ce qui est classique avec les enfants", tempère aussitôt Chantal, la bénévole. Pour tenter d'y remédier, le couple a mis en place une organisation bien spécifique. "Moi, je vais m'occuper du petit-déjeuner et Sébastien va s'occuper de surveiller la toilette, s'habiller, parce que je parlais trop et je criais un peu trop derrière lui : 'vas-y, vas-y !' Être comme ça derrière lui à crier, je pense que ça ne doit pas être bon", admet-elle.

En conclusion, même si le couple a beaucoup progressé, aux yeux de Chantal, la récidive est toujours possible. "Je pense qu'ils peuvent à nouveau lever la main sur leurs enfants. Peut-être pas dans le cas précis parce qu'ils ont été extrêmement choqués et malheureux du fait que leur fils leur a été retiré du jour au lendemain. Ils l'ont, je pense, très mal vécus. Ils n'avaient pas mesuré les conséquences de leur geste et le stage leur a apporté quand même. Mais, je pense qu'ils sont fragiles", explique-t-elle. Pour autant, malgré ce sentiment négatif, un an après les faits, c'est le dialogue qui prédomine désormais dans cette famille. "J'essaie de lui faire comprendre que c'est important de parler parce que si on a des mots, on sait ce qu'il ressent et peut-être qu'on peut faire quelque chose", avance Christine qui a demandé pardon à son fils pour ce qu'elle lui a fait subir. 

De son côté, Milan tente de tourner la page après le traumatisme des coups et de la séparation avec ses parents. "J'essaie d'effacer tous les moments qui se sont passés. Je ne veux plus que ça reste dans ma tête. Je veux que ça disparaisse. Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs", lâche-t-il, tout en reconnaissant que son départ de la maison, même s'il a été fait pour le protéger, était "injuste"

Aujourd'hui, le petit garçon continue d'être suivi par l'Aide sociale à l'enfance. Une fois par semaine, il doit se rendre dans un centre d'accueil éducatif qui s'assure que le climat à la maison est apaisé. 


Virginie FAUROUX

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