Le gouvernement a annoncé mardi l'ouverture de deux enquêtes sur Orpea, après des accusations de maltraitance à l'encontre de résidents de ses Ephad.
Des proches d'anciens pensionnaires témoignent dans le 20H de TF1.
L'une d'entre eux a déjà porté plainte pour "homicide involontaire" après le décès de sa mère.

Malgré l’annonce d’une double enquête administrative contre son groupe, dont l’une de l’Inspection générale des Finances, le patron d’Orpea s’est montré impassible, ce mardi 1er février au matin, lors de sa convocation auprès de la ministre déléguée aux personnes âgées. Celle-ci a eu à son encontre des mots sévères : exprimant sa "colère" et son "indignation", Brigitte Bourguignon a attaqué, dans un communiqué, des "dysfonctionnements graves et intolérables" des établissements de la société.

Des manquements dénoncés dans le livre-enquête du journaliste Victor Castanet, Les Fossoyeurs, publié le 26 janvier : il révèle que les soins d’hygiène, l’administration des médicaments et même les repas des résidents étaient "rationnés" au profit d’une meilleure rentabilité de l’entreprise, malgré des séjours au prix fort. Le groupe français se hisse pourtant au rang de leader mondial du secteur des Ehpad, comptant 1156 établissements et plus de 116.000 lits répartis dans 23 pays, dont 350 en France.

Ces accusations ont été à nouveau récusées par le PDG du groupe à la sortie du ministère, ce mardi matin. "Il y a des évènements indésirables : quand ils existent, on les rapporte tout de suite aux autorités de contrôle, on fait des enquêtes, que nous allons vous donner dans leur ensemble", a déclaré Philippe Charrier devant la presse. 

Cet ancien président du conseil d’administration non-exécutif d’Orpea a été promu après le limogeage du directeur général Yves Le Masne, dimanche, qui était en poste depuis plus de dix ans, face à l’ampleur du scandale suite à la publication du livre-enquête. "Nous allons apporter toute la lumière sur ces événements en pleine transparence et indépendance", a-t-il promis, se disant "très heureux d’avoir ces inspections et ces contrôles" exigés par le ministère

"Ce qui s'y passe est monstrueux"

En entendant ces mots, Sophie Mayer a bondi : cette fille d’une ancienne pensionnaire d’une maison de retraite du groupe a décidé de porter plainte après un accident subi par sa mère, laissée, selon elle, 24 heures les deux jambes cassées dans sa chambre d’Ephad. "On nous a dit qu’elle avait enjambé la barrière de son lit médicalisé et qu’elle était tombée, or elle était en fauteuil roulant et ne pouvait absolument pas bouger les jambes, d’autant qu’elle était sous somnifères", objecte-t-elle. Elle affirme qu’en 2018, Orpea a tenté de la dissuader de porter l’affaire en justice.

En juin 2020, Christine Chouly a quant à elle franchi le pas et porté plainte après le décès de sa mère, alors résidente d’un établissement de Neuilly-sur-Seine, Les Bords de Seine. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte et confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) car selon sa fille, la pensionnaire aurait été victime de maltraitance : pas de téléphone dans la chambre, vol de ses effets personnels, mais, surtout, suivi médical défaillant. 

"Aucun change de ses couches entre 10h30 et 18h30, absence de passage des infirmiers pour vérifier sa santé", lit-elle dans le procès verbal de la plainte. "Je ne m’attendais pas à un service cinq étoiles, mais quand on paye 6500 euros, je pensais qu’elle serait bien soignée, ce qui n’a pas été le cas puisqu’ils ne lui donnaient pas ses traitements", assène Christine Chouly. Selon l’enquête de Victor Castanet, ces pratiques étaient monnaie courante dans cet Ephad.

Ce n’est que vendredi qu’elle a enfin reçu un appel du parquet de Nanterre, un an et demi après le dépôt de sa plainte. "J’attends de vraies mesures. C’est sûr que cela ne fera pas revenir ma mère, mais cela pourra servir pour ceux qui y sont, parce que franchement, ce qui s’y passe est monstrueux", lance la plaignante. 

Vendredi également, une inspection a été menée dans cet établissement des Hauts-de-Seine par l'agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France et le conseil départemental des Hauts-de-Seine, qui financent chacun une partie de l'activité des Ehpad. "Nous n'avons pas connaissance d'une telle plainte", a réagi de son côté, lundi soir, Orpea, interrogé par l'AFP. 

Depuis la publication de ce livre, une avocate rassemble par ailleurs différentes plaintes de familles pour lancer une "action collective conjointe" d'ici à quelques semaines contre le groupe. Me Sarah Saldmann a indiqué à l’AFP avoir été contactée par des proches de pensionnaires pour des chefs d'"homicide involontaire, mise en danger délibérée de la vie d'autrui, violence par négligence, non-assistance à personne en danger", en fonction des dossiers.

De son côté, le gouvernement a annoncé une vaste opération de contrôle dans les établissements d’Orpea, en attendant de nouvelles décisions pour prévenir les maltraitances en Ephad. Quant aux établissements, "cette crise met en avant la nécessité de revoir urgemment les systèmes de contrôle et d'évaluation de la qualité en Ehpad", a affirmé lors d'un point presse, lundi, Florence Arnaiz-Maumé, la déléguée générale du Synerpa, principal syndicat des Ehpad privés. Elle a annoncé la création prochainement d'une commission d'élaboration d'une "charte éthique", dont devrait se doter l'organisation professionnelle.


La rédaction de TF1info | Reportage TF1 Esther Lefebvre, Olivier Santicchi, Laura Pouget et Thierry Valtat

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