Le livre-enquête "Les Fossoyeurs", de Victor Castanet, qui dénonce de graves manquements dans les Ehpad gérés par le groupe Orpea, ouvre aussi un débat sur l'efficacité des contrôles.
Sont-ils inopinés ou planifiés à l'avance ? Les Ehpad sont-ils régulièrement inspectés, et comment ?
Une équipe de TF1 a enquêté sur l'efficience du dispositif actuel.

C'est un exercice qu'il connaît par cœur. Yann Reboulleau est directeur d'Ehpad et a lui-même été contrôleur de ces établissements pour personnes âgées. Dans l'enquête de TF1 en tête de cet article, il nous explique comment doit se dérouler une inspection, tous les points qui doivent être vérifiés.

Pendant toute une journée, jusqu'à six inspecteurs, médecins, pharmaciens peuvent scruter le moindre recoin, vérifier l'état des équipements ou la toilette des résidents. À la clef, un rapport détaillé et de possibles sanctions. "Si les choses sont vraiment très graves", précise Yann Reboulleau, "ça peut aller jusqu'à la fermeture de l'établissement".

Des établissements prévenus à l'avance ?

Ces contrôles sont prévus dans la convention que signe chaque Ehpad avec l'État et théoriquement possibles à tout moment, souvent à la suite de signalements de famille. Mais ces inspections ont-elles vraiment lieu, et surtout sont-elles réellement inopinées ? Florence Aillet en doute beaucoup. En 2017, elle multiplie les signalements à l'ARS pour "négligence" contre l'Ehpad qui héberge sa mère, qui transmet son courrier aux inspecteurs. Peu de temps après, avant tout contrôle, elle constate que la résidence est scrupuleusement nettoyée : selon Florence Aillet, la maison de retraite de sa mère a été prévenue de l'imminence d'une inspection. Une hypothèse démentie par l'ARS comme par l'établissement en question. 

Une ancienne salariée d'Orpea abonde dans le sens de Florence Aillet : selon Stéphanie Grabowski, qui dit n'avoir connu que des enquêtes internes, celles-ci étaient planifiées et les établissements s'y préparaient. "Ils embauchaient", témoigne-t-elle, "ils appelaient des boîtes d'intérim, et là on avait du personnel"

Il n’existe que très peu de chiffres sur le nombre d’inspections réalisées en France. Seule remontée, en Île-de-France, sur les 2000 établissements médico-sociaux, 70 contrôles auraient lieu chaque année. Autant dire presque jamais dans certains groupes.

Aujourd'hui, le principal syndicat des Ehpad privés, le Synerpa, appelle à plus d'inspections inopinées, et la ministre chargée de l'Autonomie des personnes âgées a annoncé ce mardi l'ouverture de deux enquêtes administratives sur l'entreprise Orpea, dont une financière. Brigitte Bourguignon a d'ailleurs reçu dans la matinée Philippe Charrier, président du conseil d'administration du groupe, qui a repris les fonctions de directeur-général à la suite de l'éviction d'Yves Le Masne le 29 janvier dernier.

"Ce que nous avons lu ne correspond absolument pas à la réalité de la vie dans nos établissements", a affirmé le PDG d'Orpea en quittant le ministère, se référant au livre-enquête "Les fossoyeurs", de Victor Castanet, qui décrit un système où les soins et l'alimentation des résidents seraient "rationnés" par souci de rentabilité. À la suite de la même lecture, la ministre a quant à elle exprimé son "dégoût pour les pratiques managériales" d'Orpea qui y sont décrites.


Frédéric Senneville | Reportage TF1 : Mathilde Verron et Stefan Iorgulescu

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