Plusieurs villes européennes ont installé dans leurs rues des pavés de mémoire.
Ces Stolpersteine sont aujourd’hui au nombre de 90.000 sur tout le continent, et notamment à Strasbourg.
Une manière hautement symbolique de se souvenir des victimes du nazisme durant la Seconde guerre mondiale.

Personne ou presque ne s’en souvenait. Il y a 80 ans, les Bloch habitaient au 26 avenue de la Marseillaise, à Strasbourg (Bas-Rhin). Une famille parmi tant d’autres assassinée par les nazis. Ce jour-là, Salomé, leur arrière-petite-fille, découvre des pavés en laiton posés en leur mémoire : des Stolpersteine. "Le symbole des Stolpersteine, qui veut dire pavé de mémoire pour trébucher, doit interpeller le passant, celui qui ne sait pas, celui qui se pose la question. Ça brille, il y a écrit quelque chose, on va lire, on s’incline pour lire", explique Thierry Roos, porte-parole du consistoire israélite du Bas-Rhin. 

Chez les Bloch, il a toujours été très difficile de parler de cette période sombre. Le temps qui passe a englouti jusqu’à leur existence. Cette cérémonie est comme une renaissance. "C’est très émouvant, très lourd de sentiments et de poids et c’est assez incroyable, mais j’ai appris beaucoup d’informations sur mes ascendants, sur mes aïeux, affirme Salomé. La seule chose qu’on savait, c’est qu’ils habitaient ici et c’était tout, ça s’arrêtait là. Donc c’était aussi beaucoup d’émotion d’en apprendre plus sur eux, sur leur vie".

Plus de 90.000 Stolpersteine

Les Stolpersteine ont été créés en 1992 par un artiste berlinois, Gunter Demnig. Des hommages visibles aux victimes du nazisme, qu’ils soient juifs, résistants, tziganes ou homosexuels. "On ne couvrira jamais certainement les dix millions de déportés juifs et non juifs de l’Est de la Seconde guerre mondiale, mais c’est symbolique et ça nous paraît très important", estime Richard Aboaf, membre de l’association Stolpersteine 67. 

Avant d’installer un de ces pavés de mémoire, il faut mener l’enquête. Toute l’année, des lycéens ont travaillé aux archives départementales du Bas-Rhin. Avec un nom de famille comme unique sésame, ces élèves parviennent à reconstituer le puzzle de ces destins chaotiques. Voir l’histoire autrement, c’est aussi l’intérêt de ce projet. "Que ce soit cinq ou six millions de victimes juives, on n’arrive pas à se le représenter, alors que là, c’est un plus un, plus un. À chaque fois, c’est un nom, c’est une vie, c’est l’histoire d’une personne, de sa famille", lance Paul Anthony, historien. "C’est touchant et je suis plutôt contente de les connaître maintenant parce qu’on ne va pas les oublier et je trouve ça assez marquant quand même. Donc je suis heureuse d’avoir pu participer au projet parce que ça apprend plein de choses dans la vie", confie Gabrielle Morisson, élève de terminale au lycée Kléber de Strasbourg. 

Ce n’est pas une tombe, ce n’est pas une stèle ni un monument. En 20 ans, plus de 90.000 Stolpersteine ont été posés dans 26 pays d’Europe, comme des injonctions discrètes à ne pas oublier. 


L.T. | Reportage TF1 | Jacques Rieg-Boivin, Eric Schings

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