VIDÉO - "Stop bébé secoué" : une campagne pour alerter sur cette maltraitance méconnue

Y.R
Publié le 17 janvier 2022 à 12h50, mis à jour le 17 janvier 2022 à 13h22
Un bébé en pleurs. Illustration

Un bébé en pleurs. Illustration

Source : iStock

MALTRAITANCE - En France, un bébé secoué sur dix décède des suites de ces secousses extrêmement violentes perpétrées volontairement au sein des familles. Les autres gardent de lourdes séquelles. Une campagne du gouvernement sensibilise sur ce phénomène qui touche chaque année des centaines d'enfants.

"Chaque jour en France, un bébé est victime du syndrome du bébé secoué. Dans 1 cas sur 10, il va mourir. S'il survit, il gardera de graves séquelles." Dévoilée lundi 17 janvier, la campagne "Stop bébé secoué" alerte sur la réalité du "syndrome du bébé secoué". Le spot terrifiant laisse entendre plus qu'il ne montre. L'image se fixe sur un babyphone, d'où sort la voix d'un père excédé. "J'en ai marre... Tu me pourris la vie ! Tu crois que j'ai que ça à foutre, moi ? Que c'est toi qui vas décider de ma vie ? Tout ce que tu sais faire, c'est chialer. J'en peux plus de toi !", hurle-t-il, avant que les pleurs du bébé ne cessent brusquement. 

Bien qu'elle ne dure que 24 secondes, la vidéo glace le sang. C'est l'objectif de cette campagne de sensibilisation, réalisée à l'initiative du secrétariat d'État en charge de l'enfance et des familles, qui vise à informer sur cette maltraitance, également appelée "traumatisme crânien non accidentel" (TCNA), dont les conséquences sont encore trop souvent méconnues du grand public. 

"Priorité de santé publique", le "syndrome du bébé secoué" touche plusieurs centaines d'enfant par an. Il se traduit lorsqu'un bébé est violemment secoué par un adulte. Il se caractérise par un taux de récidive élevé : les victimes, majoritairement âgés de 2 à 4 mois, l'ont été en moyenne dix fois, selon des données publiées en 2017 par la Haute autorité de santé (HAS). Ces secousses sont produites le plus souvent lors de la saisie du bébé sous les aisselles ou par le thorax. Sa tête se balance rapidement d'avant en arrière et son cerveau heurte les parois de son crâne. Ce geste violent, commis volontairement par des parents, parfois dans le déni de leur acte, représente "la forme la plus grave de traumatisme crânien de l'enfant". 

Secouer n'est pas jouer, jouer n'est pas secouer

Dr Anne Laurent-Vannier

Cette maltraitance, qui entraîne des lésions cérébrales graves, peut être "mortelle" dans 1 cas sur 10. Les trois-quarts des petits survivants conservent de lourdes séquelles, qui se manifestent par des déficiences intellectuelles, visuelles ou motrices, ainsi que des troubles du comportement, de l'alimentation, du sommeil, de la parole ou encore de l'attention. Pour lutter contre cette violence non isolée, difficile à détecter et à prévenir, il est recommandé de faire attention à certaines signes plus ou moins perceptibles : contusions, ecchymoses, hématomes, inconfort, mal-être, gêne, souffrance psychique...

"Les secousses sont des gestes d'une extrême violence, qui n'ont rien à voir avec un geste maladroit de la vie quotidienne ni avec le jeu comme lancer un enfant en l'air", explique la Dr Anne Laurent-Vannier, ancienne cheffe du pôle de rééducation de l'enfant aux hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne), qui a présidé le groupe de travail de la HAS sur le "syndrome de bébé secoué". "Secouer n'est pas jouer, jouer n'est pas secouer", ajoute-t-elle. "Le jeu est nécessaire au bon développement de l'enfant."

"Il est nécessaire de rappeler que les pleurs sont l'unique moyen de communication dont dispose l'enfant et également que garder un bébé est loin d'être toujours facile. Lorsqu'on est fatigué ou peu disponible, il est tout à fait humain d'être exaspéré. Ce qu'il ne faut pas faire, c'est secouer le bébé", indique la spécialiste. "Si on se sent en difficulté et si l'envie de faire taire l'enfant devient trop pressante, la priorité est de s'éloigner de lui, de le coucher sur le dos dans son lit et de quitter la pièce. L'enfant ne risque rien à pleurer dans son lit, il peut risquer beaucoup à être dans les bras d'un adulte exaspéré."

Une fois le bébé en sécurité, les adultes qui perdraient patience face à leur enfant ne doivent pas hésiter à "partager leurs craintes et leurs doutes" et "demander de l'aide", rappelle la Dr Anne Laurent-Vannier dans cette campagne de sensibilisation, déclinée sur YouTube, les réseaux sociaux et les plateformes "replay". "Il faut en parler pour trouver des solutions et éviter l'irréparable." 

Deux numéros verts à disposition

Deux numéros verts existent pour entrer en contact avec des professionnels de la petite enfance. 

-  Un numéro d'urgence : la ligne "Allo Enfance en danger" du SNATED qui a pour mission d'apporter aide et conseil aux appelants confrontés à une situation d'enfant en danger ou en risque de l'être.

Joignable au 119, disponible 24h/24 et 7j/7.

- Un numéro d'aide et d'écoute : la ligne "Allo Parents Bébé" de l'association Enfance et Partage qui a pour mission d'écouter, de soutenir et d'orienter les parents dès la grossesse et jusqu'aux 3 ans de l'enfant.

Joignable au 0 800 00 34 56, du lundi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h.


Y.R

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