VIDÉO - "C'est compliqué d'avouer qu'on a besoin d'aide" : aux Restos du Cœur, les étudiants de plus en plus nombreux

par T.A. | Reportage : Erwan BRAEM et Christophe BROUSSEAU
Publié le 25 novembre 2023 à 16h59, mis à jour le 26 novembre 2023 à 13h14

Source : JT 13h WE

Face à la précarité alimentaire, de plus en plus de jeunes se rendent dans les centres des Restos du Cœur.
L'association, qui lance sa 39ᵉ campagne de distribution, doit même refuser certaines demandes.
Une équipe de TF1 s'est rendue dans un centre d'Agen, où les étudiants représentent 10% des bénéficiaires.

Dans le sac de courses de Mélissandre, il y a des boulettes de viande, des produits laitiers et quelques légumes. À 18 ans, cette étudiante en langues paye près de 400 euros de loyer mensuel. Et même avec l'aide de la Caisse d'allocations familiales (CAF), une bourse et l'assistance de ses parents, elle n'a pas d'autre choix que de venir aux Restos du Cœur. "Ça fait du bien d'avoir un peu d'aide, confie la jeune fille. Les fruits et les légumes, ça coûte cher, donc ce n'est pas forcément facile de se nourrir avec des produits un peu sains."

Les étudiants sont de plus en plus nombreux à franchir les portes de l'association. Dans ce centre de Boé (Lot-et-Garonne), près d'Agen, ils représentent 10% des bénéficiaires. Les jeunes organisent leur emploi du temps pour profiter au maximum de cette aide. Tout en acceptant, parfois, quelques concessions sur l'équilibre de leurs menus. "En début de semaine, j'ai mes plats qui sont prévus, car j'ai fait mes courses le lundi en achetant des légumes, donc ça passe, explique Eli Parmentier, une étudiante de 20 ans. Mais le week-end, je ne mange pas très sain.

Des jeunes bénéficiaires, mais aussi bénévoles

Pour aider les étudiants, les Restos du Cœur ont alors eu une idée simple : ouvrir en soirée une fois par semaine. L'objectif ? Faciliter l'accès aux distributions de denrées alimentaires à la fin des cours ou après le travail. Eva Papin est étudiante en première année de droit. Bénéficiaire, elle a aussi décidé de donner de son temps, en proposant ses services sur des horaires décalés. "Je ne viens que le mardi soir, de 18 heures à 20 heures, explique la jeune femme. Ça ne me coûte rien en temps par rapport au bien que ça peut faire aux gens."

La mission d'Eva, c'est également de montrer qu'il n'y a pas de honte à demander de l'aide. "La précarité, c'est tabou, développe-t-elle dans le reportage de TF1 à retrouver en tête de cet article. Au début, quand je venais ici, aucune de mes copines n'était au courant, j'enlevais la géolocalisation... J'avais honte de venir ici, car c'est compliqué d'avouer qu'on a tous besoin d'aide." En faisant partie des 73.000 bénévoles réguliers de l'association, Eva contribue à son échelle à faire changer cette vision. 

Environ 20% de refus dans ce centre

Avec l'inflation et l'augmentation de la pauvreté, l'équation est de plus en plus difficile à résoudre. Depuis peu, les Restos doivent refuser du monde. Pour Colette Duthil, bénévole dans ce centre depuis huit ans, limiter la distribution des denrées est un crève-cœur. "Compte tenu du nombre de personnes demandeuses qui augmentant et qu'il nous manque aussi un peu de sous, on a à peu près cette année 20% de refus, indique la bénévole, "on est obligés." Au sein des Restos du Cœur, les étudiants et les mères célibataires sont les bénéficiaires dont le nombre augmente le plus. La moitié des personnes accueillies par les Restos du Cœur a moins de 25 ans. 

L'association, dans une situation financière délicate, avait dû lancer un appel aux dons début septembre pour parvenir à terminer l'exercice 2023 à l'équilibre. "Notre appel a été entendu, il y a eu un élan de générosité exceptionnel", a souligné en début de semaine à ce sujet Patrice Douret, le président de l'association.


T.A. | Reportage : Erwan BRAEM et Christophe BROUSSEAU

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