Dix mois après les violences urbaines qui ont éclaté dans de nombreuses villes françaises, le bilan des dégradations est estimé à 793 millions d’euros, selon un rapport du Sénat rendu mercredi 10 avril.
Assureurs, État, commerçants : des incertitudes demeurent cependant sur la répartition des sommes à débourser pour réparer les dégâts.

À Mons-en-Barœul, dans le nord de la France, le hall de la mairie a été totalement détruit. Tout a brûlé le 28 juin 2023. Cette nuit-là, des émeutiers ont mitraillé l’édifice avec des tirs de mortiers. Les dégâts sont considérables : l’intérieur est parti en fumée et tout va devoir être reconstruit. 

En attendant, le personnel doit faire avec les moyens du bord. L'accueil s’est par exemple déplacé 300 mètres plus loin, dans un espace installé à la hâte, qui était auparavant destiné à l’installation d’un cabinet médical, rapporte un responsable de l’état civil à la mairie. Sur son parvis, les habitants attendent sa réouverture, tout en se demandant qui va payer la facture. "En principe, on doit participer d’une façon ou d’une autre, sur les impôts fonciers par exemple", assure un passant. 

Les dégâts sont estimés à 8 millions d’euros au bas mot. Les assurances vont payer une grande partie, l’État va actionner le fond émeutes, mais il demeure 1,5 million d’euros de reste à charge. Car cette mairie sera refaite en tenant compte des normes actuelles, ce dont l’assurance ne veut pour l’instant pas entendre parler. "Comme souvent avec les assurances, on est remboursé pour une reconstitution à l’identique. Or, on sait très bien qu’on ne va pas refaire les choses comme elles avaient été faites il y a 20 ans. Par contre, ce n’était pas une dépense prévue du tout", explique le maire de Mons-en-Barœul, Rudy Elegeest au 20H de TF1, dans le reportage visible en tête de cet article.  

Même dispositif de remboursement pour tout le monde

En onze jours d'émeutes en juin dernier, après la mort de Nahel, tué par un policier, 16.400 sinistres ont été déclarés aux assureurs pour un montant de 793 millions d'euros. C'est ce que révèle le bilan dressé par la mission d'information du Sénat, mercredi. Un montant qui ne représente qu'une part des dommages aux biens et qui est déjà "quatre fois supérieur à celui des émeutes de 2005", a-t-elle précisé, évaluant au total les dommages à un milliard d'euros.

Du côté des plus petits commerces endommagés, l'ampleur des dégâts est parfois similaire. Maximilien Marrocco, opticien à Mons-en-Barœul, a été pillé cette même nuit d’émeutes. En tout, 1000 paires de lunettes ont été volées, soit tout son stock. Le préjudice est estimé à 280.000 euros. L’assurance lui a remboursé 180.000 euros et il a touché 6000 euros de l’État. Cependant, le montant de cette aide est identique pour tous les commerçants, peu importe la somme des dégâts. 

"Ça veut dire qu’une personne qui a eu un dégât de 15.000 euros a reçu 6000 euros, ce qui correspond aux aides Urssaf pour tous les commerçants de France. Mais quelqu’un qui en a eu pour 280.000 euros comme c’est mon cas, on n'a malheureusement eu que cette somme de 6000 euros. C’est-à-dire que les dispositifs ont été les mêmes pour tout le monde", regrette-t-il. À l’heure actuelle, Maximilien Marrocco a dû débourser 94.000 euros de sa poche, sans la certitude d’être un jour remboursé.


L.H | Reportage TF1 : Sébastien Hembert, Thierry Chartier

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