VIDÉO - Laïcité : après Samuel Paty et Dominique Bernard, comment l'enseigner aux élèves ?

par La rédaction de TF1info | Reportage : Delphine Sitbon, Julien Clouzeau
Publié le 10 décembre 2023 à 11h47

Source : JT 20h WE

Ce samedi 9 décembre est la date d’anniversaire de la loi de 1905 sur la laïcité.
Une date symbole, alors qu'il est de plus en plus difficile d'enseigner ce principe républicain dans nos écoles.
Notre équipe a suivi des professeurs qui refusent d'abandonner, après les assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard.

Arriver à l'école, passer le portail, rejoindre sa salle de classe, la même depuis douze ans, d'où elle domine la cour de récréation. Mais désormais, pendant qu'elle s'installe, les pensées de Véronique Triaille, professeur d'histoire-géographie au collège Henri Matisse à Nice, divaguent parfois. Elle songe souvent à l'assassinat de Dominique Bernard, ce professeur de français tué à Arras le 13 octobre dernier. "Le fait que l'agresseur ait demandé au départ un prof d'histoire, ça remémore Samuel Paty... Mais j'essaie que mon quotidien et mon travail ne soient pas altérés par ça", explique-t-elle dans le reportage de TF1 en tête de cet article. 

Les enfants savent ce qu'il s'est passé

Ce samedi matin, au jour du 118ᵉ anniversaire de la loi sur la laïcité, elle donne cours à des élèves de sixième. Chaque enfant doit écrire sur un papier ce que lui évoque le mot laïcité. Ils ont à peine douze ans, mais savent très bien ce qui s'est passé il y a quelques semaines au collège-lycée d'Arras. Quel est leur ressenti ? Comment les élèves ont-ils été touchés par ce drame ? Les professeurs et les conseillers d'éducation y sont particulièrement attentifs. "Les sixièmes, ça les touche un peu, les quatrièmes, je les sens moins touchés par ce genre d'évènement", estime un collègue de Véronique en salle des profs, "quand on discute avec eux, tout est banal, tout fait partie du quotidien".

En toute honnêteté, je n'ai pas eu peur, je n'ai pas peur et j'espère ne jamais avoir peur
Véronique, professeur d'histoire

Le 13 octobre, Véronique Triaille et sa collègue Emma Newman, professeur d'anglais, étaient en sortie scolaire. Cette dernère se souvient que "ne pas être entre les quatre murs du collège" à ce moment-là, ajoutait à l'impression "d'être à la portée de n'importe qui"

La première fois que nous avons rencontré Véronique Triaille, c'était il y a deux ans. La question se posait déjà, depuis la mort de Samuel Paty : avait-elle peur d'enseigner la laïcité à ses élèves ? "En toute honnêteté, je n'ai pas eu peur, je n'ai pas peur et j'espère ne jamais avoir peur", répondait-elle alors. Aujourd'hui, elle dit ne pas avoir d'angoisse profonde, et veut continuer à maintenir le débat autour de la laïcité ouvert avec ses élèves, comme elle l'a toujours fait.

Pourtant, dans certains établissements, enseigner certains pans de l'Histoire est devenu très compliqué. En 2021, l'État avait annoncé vouloir former tous les personnels scolaires à la laïcité, y compris les psychologues ou les infirmières. Parmi elles, Elena constate parfois des comportements extrêmes, notamment autour des fêtes religieuses. "Pendant le ramadan, je suis confrontée à des situations de refus de boire ou de prendre des médicaments, même s'ils sont malades", témoigne-t-elle. Les formations envisagent de nombreux cas de figure, comme la possibilité qu'un élève refuse d'entrer dans une église lors d'une sortie scolaire, ou qu'un autre conteste que l'homme descend du singe.


La rédaction de TF1info | Reportage : Delphine Sitbon, Julien Clouzeau

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