Depuis 1935, six cépages hybrides sont interdits à la commercialisation en France.
En Lozère, certains vignerons vantent pourtant leur plus grande résistance.
Également mieux adaptés aux fortes chaleurs, ils constituent une source d'espoir pour la viticulture de demain.

Le "vin qui rend fou" s'apprête-t-il à faire son retour dans nos caves, 90 ans après son interdiction ? En Lozère, plusieurs viticulteurs ont décidé de reprendre la culture de différents cépages interdits, convaincus de leur qualité mais également de leur résistance face au dérèglement climatique. C'est le cas de David Flayol, vigneron à Molezon. À flanc de colline, il récolte précautionneusement des grappes de Jacquez, un cépage aux raisins noirs et aux arômes de cassis (orthographié Jacquet dans les Cévennes).

"Ce raisin, on a le droit de le faire en consommation personnelle, mais on ne peut pas le commercialiser. Ces cépages n'ont pas été arrachés et ne se sont pas perdus. Maintenant, on les retrouve un peu partout", confie-t-il au 20H de TF1. Un peu plus loin, au détour d'une rampe en pierre, Valérie Flayol a découvert un plant de vigne abandonné. 

On les récupère et on replante. Il va falloir attendre qu'il y ait du raisin pour savoir si c'est du rouge ou du blanc. Et c'est surement un cépage résistant, puisqu'il a résisté aux intempéries, aux maladies
Valérie Flayol, vigneronne en Lozère

À la fin du XIXᵉ siècle, le vignoble français est ravagé par le phylloxéra, une maladie générée par l'insecte éponyme. Vient alors l'idée d'hybrider les cépages français avec leurs cousins sauvages d'Amérique, beaucoup plus résistants, pour sauver une vigne française en danger de disparition. Noah, Clinton, Isabelle ou encore Othello... Les cépages qui en résultent s'illustrent par leur résistance aux maladies et aux insectes. Mais en 1935, alors que se professionnalise la viticulture, le gouvernement décide d'interdire ces six espèces hybrides, accusées de "rendre fou" ou aveugle. En cause ? Leur supposée trop haute teneur en méthanol, après fermentation du jus des grappes.

Un argument aujourd'hui vivement contesté. "On se rend compte que quand ils sont vinifiés dans de bonnes conditions, dans des caves modernes avec les techniques modernes d'œnologie, eh bien on obtient des raisins qui sont tout à fait qualitatifs", explique au 20H de TF1 l'œnologue Jérôme Villaret.

Ces cépages interdits suscitent désormais l'espoir en Lozère. Alors que les châtaigniers souffrent de la chaleur, le département, qui ne compte encore que cinq vignerons, espère une future levée de l'interdiction de commercialisation. L'objectif ? Cultiver à plus grande échelle ces raisins aussi bien résistants au mildiou qu'à la hausse des températures. 


J Fr | Reportage TF1 : Antoine Cazabonne et Jean-Vincent Molinier

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