À Strasbourg, le gérant d'un magasin de l'enseigne Geox a porté plainte ce vendredi 12 avril après avoir reçu des menaces de mort.
Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux le montre alors qu'il refuse de faire travailler une jeune femme intérimaire parce qu'elle porte le voile.
Mais que dit la loi à ce sujet ? Le 20H de TF1 fait le point.

Ce vendredi 12 avril, deux voitures de police étaient postées devant une boutique de chaussures Geox à Strasbourg (Bas-Rhin). À l'intérieur, trois vigiles étaient mobilisés car le gérant a été menacé de mort après la diffusion d'une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. Il y a quelques jours, une jeune femme voilée se présente dans le magasin pour travailler comme vendeuse intérimaire. À son arrivée, le gérant lui demande de retirer son voile, cette dernière refuse. 

Il appelle alors l'agence d'intérim pour s'en plaindre. Elle filme le commerçant qui déclare : "Vous n'avez pas la tenue adéquate. Je ne peux pas vous garder si vous ne souhaitez pas garder la tenue adéquate". La jeune femme publie ensuite la vidéo sur les réseaux sociaux. "Sur le contrat, ce n'est pas écrit que je ne dois pas mettre le voile", dit-elle sur les images. Le gérant est filmé à son insu, à visage découvert. Partager cette vidéo est normalement illégal. 

Tout dépend du règlement intérieur

Depuis, les commentaires virulents contre le commerçant s'accumulent sur Internet. Jeudi 11 avril, le magasin de chaussures est resté fermé plusieurs heures, indique France Bleu Alsace. Selon une information de RTL, le gérant a ensuite déposé deux plaintes, une contre la jeune intérimaire pour atteinte à la vie privée et enregistrement de données à caractère personnel, et une seconde contre les personnes qui le harcèlent pour diffamation, injures raciales et appels malveillants.

Pouvait-il refuser l'accès de cette employée ? Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la jeune femme se plaint, sur les réseaux sociaux, d'avoir été refusée par un employeur à cause de son voile. Selon la loi, dans les entreprises de service public, la laïcité s'applique : interdiction, donc, d'arborer des signes ostentatoires religieux. En revanche, dans les entreprises privées, comme c'était le cas ici, la loi laisse le choix à l'employeur de les autoriser ou non, sous conditions.

"Un employeur peut tout à fait décider d'interdire le port du voile dans l'entreprise, à plusieurs conditions cumulatives : il doit y avoir une clause prévue dans son règlement intérieur qui le prévoit, mais elle ne peut concerner que les salariés qui sont en contact avec la clientèle", détaille au 20H de TF1, dans le reportage visible en tête de cet article, Maître Maëva Achache, avocate en droit du travail. Une question reste donc en suspens ici : le règlement intérieur de cette boutique en particulier interdit-il le port du voile ? Si ce n'est pas le cas, le gérant est hors-la-loi. 

Il existe d'ailleurs des précédents sur cette question du port du voile en entreprise privée. En janvier 2015, la marque de prêt-à-porter Camaïeu licencie une employée lorsqu'elle revient de congé maternité avec le voile. Mais dans le règlement intérieur, rien n'indique l'interdiction. L'entreprise est alors condamnée pour discrimination par la Cour de cassation. 


L.H | Reportage TF1 : Lise Cloix, Amandine Creff, Khelian Yousfi

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