VIDÉO - Le combat d'une jeune femme pour déloger un locataire qui ne paie plus depuis des mois

M.L | Reportage TF1 Sébastien Hembert et Charles Yzerman
Publié le 3 novembre 2022 à 21h47

Source : JT 20h Semaine

Le coup d'envoi de la trêve hivernale a été donné le 1er novembre.
Jusqu'au 31 mars, il est impossible d'expulser les locataires même s'ils sont mauvais payeurs.
Dans la Somme, une jeune femme tente de récupérer sa maison occupée par un locataire qui ne paie plus son loyer depuis 15 mois.

Au-dessus du portail de la maison, donnant sur la rue, s'étire une large banderole blanche, sur laquelle est tracé le mot "squatteur" à la peinture rouge, tout comme au-dessus de la porte du garage. Les grilles de cette propriété de Fressenneville, près d'Abbeville, dans la Somme, fermées par un cadenas, sont émaillées de messages sur papier fluo : "Honteux", "squatteur au chaud", "propriétaire à la rue". Le montant de la dette du locataire, qui s'élèverait à 11.480 euros, a été tagué sur le métal. Parapluie à la main, la propriétaire cherche à riposter en squattant à son tour le trottoir devant son logement, où elle a disposé des tabourets. 

"Ma mère avait acheté cette maison il y a une quinzaine d'années, elle est décédée en février dernier et j'ai hérité de la maison, mais avec un locataire qui ne paie plus, depuis déjà quinze mois, déjà du vivant de ma mère", explique Mégane Lombard, dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. Selon le journal local L'Éclaireur, la jeune femme de 24 ans se retrouve même à la rue, ne pouvant pas se permettre de payer un loyer pour se loger elle-même, alors même qu'elle devrait en percevoir un de son locataire. Après avoir suspendu ses études, elle survit grâce à des petits boulots et est hébergée par des amis, mais ne peut plus tenir dans cette situation.

"Incompréhensible, inadmissible et scandaleux"

Mercredi, elle a filmé son locataire, en colère face aux messages affichés devant la résidence, commencer à arracher les pancartes et la banderole. Pourtant, l'homme avait signé un bail le 1er février 2020, et payé quelques loyers, en tout cas au début. En avril dernier, Mégane Lombard a saisi la justice pour le faire expulser et a obtenu un avis favorable. "On a démarré une procédure pour expulsion avec l'aide de la force publique, les gendarmes. Il restait un mois et demi pour l'expulser, mais la sous-préfecture a refusé de le faire quelques jours avant la trêve", déplore la jeune femme. 

Un revirement de situation qu'elle impute à un changement de sous-préfet, auprès de L'Éclaireur. Christine Royer, qui a pris ses fonctions le 24 octobre, explique au journal avoir refusé l'expulsion de cet homme pour ne "pas créer une précarité en période hivernale sans que nous puissions avoir une proposition de relogement pour le locataire, ce que je n’ai pas vu au dossier".

Cette trêve hivernale, applicable depuis le 1er novembre dernier jusqu'au 31 mars 2023, prévoit des exceptions. Il est toujours possible par exemple de déloger un squatteur au cours de cette période. Mais pas dans le cas de Mégane Lombard : "Un locataire qui se maintient dans le logement après la fin du bail et sans l'accord du propriétaire n'est pas un squatteur", explique le site du service public. Impossible donc de déloger cet homme avant le printemps prochain.

La propriétaire accuse les autorités de lenteur, et est soutenue par quelques voisins et habitants. "On lui apporte des friandises, des petits gâteaux, le soutien moral, on essaie de l'aider comme on peut", lance l'une d'entre eux. "C'est triste, incompréhensible, inadmissible et scandaleux", fustige un autre. Mégane Lombard va devoir faire preuve de patience : la procédure d'expulsion devra attendre la fin de la période, en avril 2023, pour être effectivement réalisée. Mais la sous-préfète assure qu'elle figure "en tête de liste, à la fin de la trêve hivernale". Une fois cette étape enfin passée, la propriétaire craint toutefois de retrouver la maison dégradée : auprès du journal, elle assure que l'une des fenêtres du logement reste constamment ouverte, et craint de devoir réaliser des travaux à son retour, qu'elle n'a pas les moyens de financer.


M.L | Reportage TF1 Sébastien Hembert et Charles Yzerman

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