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SEPT À HUIT - "On avait l'impression qu'elle rajeunissait" : elle raconte son périple avec sa grand-mère centenaire

M.L | Interview "Sept à Huit" : Audrey Crespo-Mara
Publié le 6 novembre 2022 à 20h55
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Source : Sept à huit

À 101 ans, on donnait à cette "Mémé" une semaine à vivre seulement.
Elle a pourtant parcouru aux côtés de sa petite fille 15.000 km dans un camping-car.
Fiona Lauriol a raconté cette leçon de vie hors du commun à Audrey Crespo-Mara, dans le portrait de la semaine de "Sept à Huit".

On ne lui prédisait qu'une semaine à vivre. La grand-mère centenaire de Fiona Lauriol ne s'est finalement éteinte qu'au bout de trois années intenses, passées sur les routes aux côtés de sa petite-fille. À bord d'un camping-car, toutes deux ont parcouru 15.000 km à travers l'Europe et déjoué les pronostics de l'Ehpad où la vieille femme était jusqu'alors prise en charge. "Quand j'ai récupéré ma grand-mère, un médecin a dit devant elle : 'elle en a pour une semaine, il ne faut pas s'attacher à ce genre de personne, il faut arrêter avec l'espoir, il ne fait pas vivre'. Mais c'est moi qui ai gagné. L'espoir a fait vivre", se réjouit la jeune femme dans le Portrait de la Semaine de Sept à Huit, diffusé ce dimanche 6 octobre et à retrouver en tête d'article. 

Dans son livre 101 ans, Mémé part en vadrouille (éditions Blacklephant), elle raconte ce périple hors du commun. Déjà vendu à plus de 10.000 exemplaires selon Le Journal du Dimanche, ce récit devrait être adapté sur grand écran.

"Cela fait six mois qu'on attend bêtement la fin"

C'est lorsque Fiona Lauriol apprend que sa grand-mère Dominique n'a plus que quelques jours à vivre que l'aventure débute : elle refuse de la laisser "mourir seule loin de tout le monde" et la retire de l'Ehpad où elle résidait jusque-là. Durant six mois, elle apprend à s'occuper d'une femme de 101 ans, incontinente, amaigrie et affaiblie. "Je suis entrée dans sa chambre, je l'ai vue regarder le mur blanc, l'air abstrait. Je me suis dit : 'mon Dieu, c'est ça la vieillesse'. On m'avait annoncé qu'elle en avait pour une semaine à vivre, mais cela fait six mois qu'on attend bêtement la fin", rembobine-t-elle. 

"Mémé, ça ne te dirait pas de partir en camping-car faire un tour du monde ?", propose alors la jeune femme. Sa grand-mère, "née en 1917, en Italie, dans un village", qui n'avait jamais vu un camping-car de sa vie, finit par se laisser prendre au jeu. S'ensuit un laborieux test de 40 jours, au cours duquel elle prend peur du fracas de la grêle contre les parois du véhicule ou encore "s'éclate le nez" en tombant et subit huit points de suture. Autant de mésaventures qui ne découragent toutefois pas la vieille femme de reprendre la route. "J'ai compris qu'elle avait pris goût au voyage", lance sa petite-fille.

"On m'a dit que c'était infaisable, mais finalement, elle trouvait ses marques, (...) ça coulait de source"

Fional Lauriol, autrice de "101 ans Mémé part en vadrouille"

En un an et demi, le duo parcourt environ 15.000 km, passant par Andorre, le sud de l'Espagne et sa côte méditerranéenne, puis le centre du pays, mais aussi le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. "On m'a dit que c'était infaisable, mais finalement, elle trouvait ses marques, elle se levait grâce aux meubles, tout était à sa taille, ça coulait de source", raconte Fiona Lauriol. Sur de nombreuses photos du souvenir du voyage, la grand-mère apparaît souriante, installée dans son fauteuil roulant et emmitouflée dans des couvertures, au bord de la plage ou sur des chemins de promenade. Dans le camping-car, elle souffle ses 102 puis ses 103 bougies. "Plus elle s'épanouissait, plus on avait l'impression qu'elle rajeunissait", poursuit-elle.

"Elle m'a fait aimer la vieillesse, tout simplement"

Le périple rapproche aussi les deux femmes. Par le passé, leurs relations ont pourtant été tendues. "C'est la vieille moche qui vient me chercher", avait lâché la grand-mère quand sa petite-fille s'était présentée pour la récupérer. "Pendant toute ma jeunesse, mon adolescence, ma vie d'adulte, on est passé à côté l'une de l'autre. Et au fur et à mesure, on a tissé quelque chose de génial", se réjouit Fiona Lauriol. "Elle avait perdu la tendresse, je lui ai réappris à aimer et on s'est apprivoisées." 

Ce road-trip insolite fascine aussi ceux qui croisent le chemin des deux voyageuses. "Cela donnait des perspectives incroyables aux gens : on peut encore voyager à cet âge-là, c'est encore magnifique. (...) À 102 ou 103 ans, on peut encore découvrir plein de choses", explique-t-elle. Fiona Lauriol, elle-même, ressort transformée de ce périple : "Elle m'a ouvert les yeux sur le monde de la vieillesse, m'a appris que l'on pouvait vivre, croquer la vie jusqu'au bout, et qu'il n'y avait pas de date de péremption. Elle m'a fait aimer la vieillesse, tout simplement"

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L'état de sa grand-mère finit tout de même par se dégrader brutalement, et en juin 2020, "elle est partie dans son sommeil, à 103 ans, trois mois et trois semaines", se souvient sa petite fille. Un départ paisible, "c'est comme ça que l'on devrait tous partir, avec ce sourire et cet air épanoui". Elle laisse derrière elle une petite fille fière de ces trois "folles" années. "Malgré mes larmes, j'avais un sourire moi aussi, parce qu'on avait réussi toutes les deux à faire énormément", témoigne la jeune femme.


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