Le 20h

VIDÉO - Féminicides : pourquoi ils passent à l'acte

V. Fauroux
Publié le 4 janvier 2022 à 10h23
JT Perso

Source : TF1 Info

TÉMOIGNAGES - 113 femmes ont été tuées par leur conjoint en 2021, selon le collectif "Féminicides par conjoint ou ex-conjoint". Le 20H de TF1 a rencontré le père d'une victime et une jeune femme qui a failli être étranglée par son mari. Souvent, la séparation est l'élément déclencheur.

L'année 2022 a à peine commencé que l'actualité met déjà à la Une trois cas de féminicide. Une militaire, âgée de 28 ans, tuée à coups de couteau dans le Maine-et-Loire aux premières heures du 1er janvier, ainsi qu'une femme de 56 ans retrouvée morte en Meurthe-et-Moselle. Plus tard dans la journée, ce même samedi, une femme de 45 ans a été retrouvée morte dans le coffre d'une voiture à Nice et son compagnon placé en garde à vue. Le décès serait dû à une strangulation.

En France, en 2021, au moins 113 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint, selon le terrible décompte qu'a publié l'association "Féminicides par compagnons ou ex" en cette fin d'année 2021. Ce chiffre est "évalué a minima", précise ce collectif. En 2020, elles étaient 102 à être victimes de féminicides, d'après les chiffres du ministère de l'Intérieur.

C'était insupportable pour lui de savoir qu'il n'avait plus d'emprise sur elle.

Lucien Douib, père de Lucie tuée à 34 ans

Julie Douib, 34 ans et deux enfants, a, elle, été tuée par balle le 3 mars 2019 par son ex-conjoint, à l'ile Rousse en Haute-Corse. C'est là que s'est rendu le JT de TF1 pour rencontrer son père, Lucien. Il raconte les douze ans de vie commune du couple, avec deux facettes radicalement différentes pour le compagnon de sa fille : à la maison et dehors. "Julie était très belle et il adorait la montrer. C'est-à-dire que quand il allait au restaurant, il adorait la montrer et puis à la maison, il redevenait le bourreau qu'il était. C'était sa chose : 'tu t'habilles comme ça, tu fais ça, tu restes à la maison pour élever les enfants'", détaille-t-il.

Ensuite, il y a les coups dont Lucien ne sait rien jusqu'à l'été 2018, quand Julie décide de quitter cet homme. C'est là que la violence décuple. Puis il y a les menaces de mort, la traque permanente jusque devant un petit immeuble où la jeune femme s'était installée. C'est là qu'il l'a assassinée quand il a compris qu'elle ne reviendrait plus. "Elle avait retrouvé du travail. On lui avait gentiment loué cet appartement et elle avait décidé de refaire sa vie. C'était insupportable pour lui de savoir qu'il n'avait plus d'emprise sur elle", poursuit Lucien.

J'étais terrorisée de la tête aux pieds (...) parce que je savais qu'il était capable de passer à l'acte.

Laura Rapp

L'emprise, c'est ce que l'on retrouve au centre de tous les féminicides. Laura Rapp peut en parler, elle a failli mourir étranglée par son conjoint il y a 3 ans. C'est d'abord l'éloignement avec les proches : "Au fur et à mesure, je ne vois plus trop mes amies", explique-t-elle face aux caméras de TF1. Après vient le dénigrement : "T'es grosse, t'es dégueulasse, t'es petite, t'as des petits seins", égrène-t-elle. Les violences physiques arrivent plus tard, souvent suivis de "je t'aime". Jusqu'au moment où Laura envisage de partir. 

"Il parle d'amour, mais avec le recul, c'est de la possession en fait. J'avais l'impression d'être une chose, d'être un objet. Je lui appartiens, je n'ai pas à partir avec la petite, on est une famille. Et c'est là, en fait, où il y a tout l'engrenage, où il me disait : 'tu pars, je te tue' ou 'si tu pars, tu n'as plus ta fille' ou encore 'je te crève les yeux et tu ne la verras plus grandir'. J'étais terrorisée de la tête aux pieds, ça coulait dans mes veines, parce que je savais qu'il était capable de passer à l'acte", dit-elle. Laura ne s'est pas trompée. La jeune femme doit sa survie à ses voisins. 

Que se passe-t-il dans la tête de ces hommes qui préfèrent tuer leur compagne plutôt qu'elles les quittent ? Marie-France Hirigoyen, psychiatre, spécialiste des violences conjugales, a une explication : "Ils ont besoin d'écraser la femme, de la dominer, pour rester dans leur image de la virilité. Pour exister tout simplement parce qu'ils sont vides. Alors, si cette femme leur échappe, ils n'existent plus, donc ils n'ont plus rien à perdre", analyse-t-elle.

Selon une étude, la séparation est l'élément déclencheur dans les deux tiers des féminicides. Pour éveiller les consciences, en Haute-Corse, une vingtaine de villages se mobilisent en installant des bancs rouges sur lesquels est inscrit le numéro vert, le 3919, à disposition 7j/7 et 24 h sur 24 pour une victime ou un témoin. 


V. Fauroux

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