La Nouvelle-Calédonie, un territoire marqué par les révoltes

Publié le 15 mai 2024 à 18h44

Source : JT 13h Semaine

La Nouvelle-Calédonie est secouée depuis quelques jours par de violents affrontements, alors qu'une réforme électorale contre laquelle s'opposent les indépendantistes a été votée au Parlement.
Ce n'est pas la première fois que des révoltes éclatent sur ce territoire, colonisé par la France en 1853.
Retour sur les différents épisodes survenus sur l'archipel.

La Nouvelle-Calédonie va-t-elle réussir à retrouver le calme ? L'archipel français du Pacifique Sud est depuis ce lundi 13 mai confronté à d'importants affrontements, qui ont déjà fait trois morts et des centaines de blessés. Des violences qui ont éclaté alors qu'une réforme électorale à laquelle s'opposent les indépendantistes a été votée par le Parlement.

Si ces violences sont sans précédent depuis les années 1980, le territoire calédonien a été marqué par plusieurs révoltes depuis sa colonisation par la France, en 1853. Retour sur les différents épisodes de troubles survenus depuis.

La grande révolte kanak de 1878

La Nouvelle-Calédonie, baptisée de cette manière par le Britannique James Cook, en 1774, est proclamée colonie française en 1853. À l'époque, la France de Napoléon III cherche un territoire pour fonder une colonie pénitentiaire et renforcer la présence française de ce côté de la planète. Mais 25 ans après cette prise de contrôle française, une première révolte éclate. Les Kanak, premiers habitants du territoire, s'opposent à la spoliation de leurs terres comme à la privation de certains de leurs droits du fait de la colonisation.

Si ce mécontentement s'était exprimé à plusieurs reprises auparavant, en 1878, les Kanak du centre-ouest de l'archipel se rebellent. Les insurgés, conduits par leur chef Ataï, qui va donner son nom à cette révolte, attaquent le poste militaire de La Foa. C'est le début d'un conflit sanglant qui dure un an et qui est sévèrement réprimé. Quelque 600 insurgés et 200 Européens sont tués, des tribus rayées de la carte et 1500 Kanak contraints à l'exil.

Une révolte en pleine Première Guerre mondiale

Cette révolte n'empêche pas la France de poursuivre la colonisation de l'archipel où la population européenne croît peu à peu. En effet, la Nouvelle-Calédonie est décrétée lieu de bagne de 1864 à 1896, et une grande partie des bagnards, une fois leur peine terminée, décident de s'installer sur place. Parallèlement, la communauté kanak se réduit, traumatisée par la colonisation et le choc épidémiologique. Avec le début de la Première Guerre mondiale, en 1914, la France accentue la pression sur le territoire, ce qui mène à une deuxième importante révolte.

Les tensions sont notamment exacerbées par l'"engagement volontaire" de Kanak sur le front. D'autant que les pertes sont importantes. Sur environ un millier d'Européens partis combattre hors de l'archipel, 193 meurent, contre 382 des 900 tirailleurs kanak engagés dans les combats. En 1917, une partie de la population se soulève et à nouveau, la répression est forte. L'anthropologue Alban Bensa précise dans son livre qui raconte cette révolte que près de 300 Kanak sont tués.

"Les événements" des années 1980

Il faudra attendre 1946 pour que la Nouvelle-Calédonie ne soit plus considérée comme une colonie, mais devienne un territoire d'outre-mer. Les Kanak obtiennent alors la nationalité française puis le droit de vote. Mais cette intégration ne gomme pas les inégalités sociales et économiques nourries par la colonisation. Dans les années 1980, les indépendantistes se regroupent politiquement et en 1984, le Front national de libération kanak et socialiste (FNLKS) nait. 

Parallèlement, les épisodes de violences entre Kanak et Caldoches, qui désignent les descendants des colons blancs, se multiplient. Cette période de troubles, appelée "les événements" des années 1980, atteint son point culminant avec la prise d'otage et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988. Ce drame entraine la mort de 19 militants kanak et de deux militaires.

Un mois plus tard, les accords de Matignon scellent la réconciliation, au travers d'un rééquilibrage économique, notamment à travers le partage de l'exploitation de la filière du nickel, et d'un partage du pouvoir politique. Ils sont suivis en 1998 par l'accord de Nouméa qui dote l'archipel d'un statut unique dans la République française reposant sur une autonomie progressive. C'est dans ce cadre qu'un référendum en 2018 voit le non à l'indépendance l'emporter à 56,7%, sur fond de percée des indépendantistes, confirmée en 2020 (53,26% de non). En 2021, le non l'emporte à 96,5%, mais les indépendantistes contestent la validité du scrutin, marqué par une forte abstention en pleine épidémie de Covid-19.

Dans ce contexte, la réforme sur le corps électoral voit le jour, rencontrant la forte opposition des indépendantistes qui y voient un moyen de "minoriser encore plus" le peuple kanak. Depuis son vote au Parlement, la violence est de retour sur l'archipel après 40 ans de relative stabilité.


Aurélie LOEK

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