Les violences sexuelles sur mineurs coûtent 9,7 milliards par an à la société, selon la Commission inceste

par Y.R. avec AFP
Publié le 12 juin 2023 à 10h12

Source : Sujet TF1 Info

Dans son dernier avis, rendu public lundi 12 juin, la Ciivise chiffre le "coût du déni massif" de l'inceste et des violences sexuelles faites aux enfants.
Celles-ci sont évaluées à près de 10 milliards d'euros par an, selon les comptes de la commission d'enquête indépendante.

"Le coût du déni". Dans son dernier avis, rendu public lundi 12 juin, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) expose le coût encore "massif" causé par l'inceste et, plus largement, les violences sexuelles sur mineurs. Mobilisation de la police et de la justice, effets sur la santé tout au long de la vie, conduites à risque des victimes : selon la commission d'enquête, créée en mars 2021 par l'exécutif dans la foulée de l'émergence du mouvement #MeToo, "9,7 milliards d'euros, c'est ce que coûtent, chaque année, les violences sexuelles faites aux enfants."

"9,7 milliards d'euros, c'est ce que les agresseurs nous coûtent chaque année. 9,7 milliards d'euros, c'est le prix collectif que nous consentons à payer", se désole la Ciivise dans son propos introductif. "Formulé ainsi, cela contribuera peut-être plus efficacement à mobiliser les institutions et le corps social. Ce chiffre n'est pas avancé pour produire un effet de sidération. Il doit être un levier pour renforcer les politiques publiques de protection des enfants et de lutte contre l'impunité des agresseurs." Selon la commission indépendante, "160.000 enfants" sont victimes de violences sexuelles chaque année dans l'Hexagone et "5,5 millions d'adultes" ont été victimes dans leur enfance, "le plus souvent" dans le cadre intra-familial

Des conséquences à long terme au coût élevé

Pour faire ce chiffrage, la Ciivise s'est appuyé sur le cabinet Psytel, spécialisé dans les études de coûts en santé publique et la prévention des violences faites aux enfants et aux femmes. Cette coopérative d'experts indépendants a par exemple calculé le coût des violences conjugales (pour le compte de l'UE) et ceux de la prostitution (pour le Mouvement du Nid, association qui lutte contre la prostitution). Sur ces 9,7 milliards, 3 milliards sont des dépenses engagées en réponse immédiate et ponctuelle : accompagnement des victimes, services de police, de gendarmerie et de justice et prise en charge médicale immédiate. 

Mais le gros du coût total de ces violences est lié aux conséquences à long terme sur la santé des victimes, leur vie intime, sociale et professionnelle. Psytel évalue à 6,7 milliards le montant des dépenses induites par le psychotraumatisme et des richesses non créées, dont notamment : 2 milliards pour les troubles mentaux, 1 milliard pour les consultations médicales, 2,6 milliards d'euros de dommages liés à des conduites à risque. La perte de productivité - liée à la surreprésentation des victimes parmi les personnes au chômage ou bénéficiaires des minimas sociaux - est évaluée à 844 millions d'euros.

"Une priorité de politique publique"

"Il est possible de réduire ce coût annuel, d'abord par la prévention des passages à l'acte. (...) Sur ce plan, un engagement de grande ampleur est indispensable", juge la Ciivise. "Or, ce poste de coût est si minime qu'il n'a pu être pris en compte dans

l'estimation du coût annuel des violences sexuelles faites aux enfants." "Le présent perpétuel de la souffrance, dont la Ciivise parle incessamment, doit être pris en compte d'abord par respect pour les victimes elles-mêmes, mais aussi pour son impact social et économique. Réduire ces conséquences à long terme est donc une priorité de politique publique", enjoint-elle. 

Pour ce faire, dans cet avis, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants formule deux préconisations "réalistes, réalisables et engagées" : "organiser un parcours de soins spécialisés du psychotraumatisme pour les enfants victimes de violences sexuelles et les adultes qu'ils deviennent" et "maintenir la Ciivise pour continuer de lutter contre l'invisibilisation des enfants victimes, lutter contre l'impunité des agresseurs, et promouvoir une culture de la protection". 


Y.R. avec AFP

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