Plus de la moitié des étudiants ne se sentent pas réellement en sécurité dans leur établissement, met en avant l'Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes (VSS), dans son dernier baromètre.
Les femmes et les personnes transgenres sont particulièrement concernées par ces difficultés.

"La situation stagne dans les établissements de l’enseignement supérieur et les violences perdurent. De nombreux étudiants sont, aujourd’hui encore, victimes de violences sexistes et sexuelles et de LGBT+phobies". D'emblée, le dernier baromètre de l'Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes (VSS) annonce la couleur. 

Selon l'institut, qui dit avoir interrogé plus de 10.000 individus, seuls 46% des étudiants se sentent "tout à fait en sécurité" dans leur établissement. Ce sont donc 54% des sondés qui ressentent une forme plus ou moins importante d'insécurité. Ce sentiment "est tout particulièrement le cas des femmes et des étudiants transgenres", note le rapport. 

Les événements festifs, "toujours le lieu privilégié des viols"

Dans le détail, six étudiants sur dix déclarent avoir été victime d'au moins une des douze violences sur lesquelles portent l'étude, de l'outrage sexiste au viol en passant par l'injure anti-LGBT+. Pire, 9% des étudiants disent avoir été victime de violence sexuelle depuis leur arrivée dans l’enseignement supérieur. De même, un étudiant sur vingt affirme avoir déjà été victime de harcèlement sexuel, et un étudiant sur dix en avoir déjà été témoin. 17% des étudiants ont, par ailleurs, déjà été témoins d’exhibition sexuelle.

Ces faits "se perpétuent aussi bien lors des événements festifs que durant la vie quotidienne des étudiants et s'étendent à tout type d’établissement, public comme privé. Ils sont commis par d'autres étudiants, mais aussi par des enseignants et des membres du personnel. Mais les événements festifs sont toujours le lieu privilégié des viols, de même que les résidences étudiantes", constate l'association créée en mai 2019 pour évaluer l'ampleur du phénomène des violences sexistes et sexuelles dans l'enseignement supérieur. 

Dans certaines formations, ce genre de violences semblent d'autant plus fréquentes. C'est notamment le cas dans les écoles de commerce, les écoles paramédicales, les écoles d'ingénieurs, les lycées (CPGE ou BTS), les écoles vétérinaires, ou encore les IEP.

Des dispositifs de veille et d'accompagnement insuffisants

Ce climat difficile a régulièrement un impact négatif sur la scolarité et la santé des victimes. "Près d’un tiers des victimes de viol ont eu peur d’aller en cours ou de participer à la vie étudiante et ont eu des difficultés à s’impliquer dans leurs études", met en avant le rapport. À cela s'ajoutent les symptômes de stress post-traumatique et de dépression. 

Près de la moitié des étudiants n'ont pas accès à des dispositifs d'accompagnement des victimes au sein de leur établissement
Observatoire des violences sexistes et sexuelles

Pour ne rien arranger, "près de la moitié des étudiants n'ont pas accès à des dispositifs d'accompagnement des victimes au sein de leur établissement (soit parce qu’ils n’en ont pas connaissance, soit car ces dispositifs n'existent pas)". Or, depuis 2020, les cellules de veille et d'écoute sont obligatoires sur les lieux d'étude, rappelle l'AFP. 

Ainsi, parmi les victimes et témoins de viol ayant fait remonter les faits à leur établissement, un tiers des étudiants n’a reçu ni soutien psychologique ni soutien juridique, déplore l'observatoire. Au lieu d'aider les victimes de viol, près de la moitié (44%) des établissements ont conditionné le déclenchement d’une enquête interne à un dépôt de plainte, fustige-t-il. Pourtant, "la loi est claire : les procédures pénale et disciplinaire sont totalement indépendantes l'une de l'autre. Au regard de l'ensemble de ces dysfonctionnements, on comprend pourquoi seules 12% des victimes de viol choisissent de signaler les faits à leur établissement", souligne-t-il. 

Face à ces tristes constats, les auteurs en appellent "aux ministères concernés et aux établissements de l'enseignement supérieur qui doivent déployer des moyens financiers, humains et politiques à la hauteur des enjeux".

*Sondage effectué par le biais d'un questionnaire en ligne auto-administré entre le 10 mai et le 27 juin 2022. L’échantillon final analysé compte 10.141 répondants.


M.G

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