Affaire Peng Shuai : imbroglio autour du sort de la joueuse de tennis chinoise

Affaire Peng Shuai : la WTA suspend les tournois en Chine, Djokovic soutient "complètement" cette décision

RD avec AFP
Publié le 2 décembre 2021 à 6h49
JT Perso

Source : JT 20h WE

PRISE DE POSITION - Le président de l’Association des joueuses de tennis, Steve Simon, a annoncé mercredi 1er décembre la suspension de tous les tournois féminins en Chine, conséquence de l’affaire Peng Shuai. Si la joueuse portée disparue après avoir dénoncé une agression sexuelle commise par un ancien haut-dirigeant chinois a bien refait surface, des doutes demeurent sur sa situation.

Après les mots, les actes "quelles qu'en soient les conséquences financières" : la WTA (Women’s Tennis Association, l’Association des joueuses de Tennis) a annoncé mercredi 1er décembre la suspension des tournois féminins de tennis en Chine, en soutien à la joueuse Peng Shuai qui a accusé d'abus sexuels un ancien haut-dirigeant communiste de son pays.

Dans un communiqué au ton particulièrement virulent, le président de la WTA Steve Simon a annoncé cette mesure forte et a appelé les "dirigeants du monde" à le suivre. "J'annonce la suspension immédiate de tous les tournois WTA en Chine, y compris Hong Kong. En bonne conscience, je ne vois pas comment je peux demander à nos athlètes d'y participer à des tournois quand Peng Shuai n'est pas autorisée à communiquer librement et a, semble-t-il, subi des pressions pour revenir sur ses allégations d'abus sexuels", écrit Steve Simon.

"Au vu de la situation actuelle, je suis également très inquiet des risques que toutes nos joueuses et nos staffs prendraient si nous organisions des tournois en Chine en 2022 (...) Les dirigeants de la Chine n'ont pas laissé de choix à la WTA", ajoute-t-il. 

"Pour que justice soit rendue à Peng"

Aucun tournoi WTA n'était prévu avant la fin de l'année et le calendrier 2022 n'a pas encore été publié. Lors de la saison 2019, la dernière à ne pas avoir été impactée par le Covid-19, 10 tournois avaient été organisés en Chine, dont les Masters féminins de fin d'année qui, avec 14 millions de dollars, avaient été mieux dotés financièrement que leurs équivalents masculins. 

La WTA fera tout son possible pour protéger ses joueuses. Parallèlement à nous, j'espère que les dirigeants du monde vont continuer à se manifester pour que justice soit rendue à Peng et à toutes les femmes, quelles qu'en soient les conséquences financières

Steve Simon

Peng Shuai, 35 ans, avait disparu quelques jours en novembre après avoir publié sur le réseau social chinois Weibo un long message dans lequel elle accusait l'ex-vice Premier ministre Zhang Gaoli, de 40 ans son aîné et retraité depuis, de l'avoir abusée sexuellement avant d'en faire sa maîtresse. De nombreuses stars du tennis mondial, de Chris Evert à Novak Djokovic, et plusieurs pays occidentaux, notamment la France et les Etats-Unis, mais aussi l'Union européenne et l'ONU, ont demandé en termes diplomatiques à Pékin de faire la lumière sur le sort de Peng Shuai.

La jeune femme est finalement réapparue le 21 novembre dans un restaurant de Pékin et lors d'un tournoi de tennis organisé dans la capitale chinoise, selon des vidéos publiées par des médias officiels. Elle a aussi déclaré lors d'une visioconférence avec le président du Comité international olympique (CIO) Thomas Bach, être "saine et sauve à son domicile à Pékin" mais fait savoir qu'elle "aimerait que sa vie privée soit respectée". 

"Même si nous savons maintenant où se trouve Peng, j'ai des doutes sérieux concernant le fait qu'elle soit libre, en sécurité et qu'elle ne soit pas soumise à la censure, à la coercition ni à l'intimidation", a affirmé mercredi Steve Simon. "Les dirigeants chinois ont eu des occasions de lever la censure, de prouver de façon vérifiable que Peng était libre et en mesure de s'exprimer sans intervention extérieure ni intimidation, et de mener une enquête complète, juste et transparente sur ses accusations d'abus sexuels", ajoute-t-il en regrettant que Pékin n'ait pas "agi de façon crédible".

Djokovic déplore le manque d'informations sur Peng Shuai "et son bien être"

Parmi les premières à réagir à la décision du président de la WTA, la Tchèque Petra Kvitova a tweeté un émoji en forme d'applaudissement, tandis que la Française Alizé Cornet a tweeté "Quel leader !". Chez les hommes, Andy Roddick s'est également exprimé en soulignant le risque pris par le patron de la WTA : "Bien agir est bien plus facile quand ça ne coûte rien. Respect."

Le N.1 mondial Novak Djokovic lui-même a dit soutenir "complètement" la décision de la WTA. "Nous n'avons pas assez d'informations sur Peng Shuai et son bien-être", a-t-il déclaré en marge de la Coupe Davis. "Sa santé est de la plus haute importance pour le monde du tennis. Il ne s'agit pas forcément d'elle, ça pourrait être n'importe qui, un joueur ou une joueuse, quelque chose comme ça ne doit pas arriver."

La Fédération internationale (ITF) a de son côté souligné la droiture de la WTA dans une courte déclaration à l'AFP : "la WTA est restée ferme et fidèle à ses valeurs depuis le début et nous comprenons leur décision. Nous allons continuer de surveiller de près la situation."

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À ce jour, la seule réaction officielle de Pékin à toute l’affaire a été un appel lancé le 23 novembre par le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, à "cesser de délibérément monter en épingle cette question à des fins hostiles, et surtout d'en faire une question politique".


RD avec AFP

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